LA RELIGION DE MADAME
Le sentiment religieux avait toujours fait défaut à Liselotte. Elle était la première à dire qu'elle ne comprenait pas le « mistiqiie », et aucun des éducateurs de sa jeunesse ne s'était trouvé propre à lui en faciliter Tintelligence. Son père et sa tante Sophie en étaient bien incapables, n'y comprenant rien eux-mêmes. D'ailleurs, ils l'auraient pu, qu'ils ne l'auraient pas voulu, par scrupule : ils considéraient la religion comme une maladie : « La religion fait plus de mal que de bien dans ce monde, déclarait la duchesse;... les nations les plus stupides y adhèrent le plus*. » Et elle ne tarissait pas en railleries. Charles-Louis se rendait mieux compte de l'importance sociale des Églises. Il s'occupait des âmes de ses sujets avec la même conscience que de la levée des impôts ou de l'entretien des forteresses, quoique avec infiniment moins de sympathie; c'était l'une des corvées de son métier de prince.
Il aimait à dire des impiétés, et la présence de ses enfants ne l'arrêtait point. « J'avoue, écrivait Madame en 1709 à Etienne Polier, son ancien précepteur, que les plaisanteries que j'avais ouï faire (à) mon père même, avaient fort ébranlé ma foi -. » Une autre lettre à sa sœur Amélise, contient un passage encore plus significatif sur les irrévérences paternelles : « Feu notre papa s'est toujours gaussé