LES ENFANTS
nous pour une franche libertine. Un jour qu'elle avait fait en public une violente sortie contre les « calotins » du haut clergé, Mme de Maintenon, devenue à cette époque une mère de TÉg-lise, écrivit au maréchal de Noailles : « On m'avait appris l'emportement de Madame sur les évêques dévots, et effectivement, c'est un grand abus de mettre dans de pareilles places des gens qui croient en Dieu. Mais, mon cher duc, nous sommes tombés dans cet inconvénient, et il faut prendre patience ^ » En résumé, la religion n'était pour Madame ni une discipline, ni un soutien, mais uniquement un rite machinal, héritage des ancêtres, et elle devait cet état d'esprit à sa famille d'Allemagne. D'autres, à sa place, ayant trouvé le ciel vide, se seraient réfugiées dans la maternité. Son instinct ne l'y portait pas. Ce ne fut pourtant pas une faillite comme la religion. Sans être de ces femmes que les enfants dédommagent de tout, Liselotte se montra mère excellente, et c'est une vertu qui porte sa récompense avec soi.
Au XVII* siècle, les enfants des grands sentaient d'ordinaire leurs parents très lointains. Ils les voyaient à peine, et seulement en cérémonie; on ne jouissait pas les uns des autres. Liselotte eut l'esprit de jouir de ses petits comme la dernière des bourgeoises. Elle pouponnait; cela est évident
i. Lettre du 12 septembre 1695. Correspondance générale de Mme de Maintenon, IV, 20.
à la façon dont elle parsème ses lettres à la tante Sophie, ou à Mme de Harling, de détails sur ses deux enfants, leurs premières dents, leurs premiers pas, leurs petites maladies, la première culotte du futur Régent, avec laquelle il était « si gentil ».
Grâce à elle, nous ne les perdons jamais de vue. La fille, Elisabeth-Charlotte ^ était fort laide, mais bien découplée. Pour la tenue, un franc polisson : c'est le nom qui veut ça, déclarait Madame. Elle se reconnaissait dans cette gamine tapageuse et ingouvernable, mais « très farceuse » et « très drôle ». Le garçon, le petit Duc de Chartres, était « beaucoup mieux de figure » et « un peu plus sérieux que sa sœur.... C'est un bon enfant, ajoutait sa mère, docile, qui fait tout ce qu'on veut^ ». A douze ans, son dressage de prince destiné à figurer dans les cérémonies monarchiques en avait fait un petit bonhomme qui prenait les révérences très au sérieux : « En cela, disait Madame, il ne me ressemble pas du tout.... Il a répondu l'autre jour à quelqu'un qui lui demandait s'il aimait les cérémonies et la parure : — Je ne les hais pas tant que Madame, mais aussi je ne les aime pas tout à fait autant que Monsieur^. » Madame l'adorait, et ne l'en fessait que plus rudement : — On doit la sévérité aux enfants, disait-elle. Les siens s'en aperçurent : « Quand mon fils était petit, écrivait-elle en