‹ Madame, mère du régentChapitre 178 sur 220 · Saint-Simon, op. cit., 1, p · texte numérisé non relu

Saint-Simon, op. cit., 1, p

tante Sophie : « (Saint-Gloud, le 14 avril 1688.) ... On m'a dit en confidence les vraies raisons pour lesquelles le roi traite si bien le chevalier de Lorraine et le marquis d'Effiat; c'est qu'ils lui ont promis d'amener Monsieur à prier humblement le roi de marier les enfants de la Montespan avec les miens, savoir ma fille avec ce boiteux de duc du Maine, et mon fils avec Mlle de Blois. La Maintenon, dans cette circonstance, est tout à fait pour la Montespan, car c'est elle qui a élevé ces bâtards-là, et elle aime ce vilain boiteux comme s'il était son enfant.... »

Tout, dans ce projet, blessait profondément Madame; tout lui était odieux : « Le duc du Maine ne serait pas l'enfant d'un double adultère, il serait un prince légitime, que je n'en voudrais pas pour gendre, non plus que de sa sœur pour bru, car il est horriblement laid et boiteux, et il a encore d'autres défauts : il est avare en diable, et n'a pas une bonne nature. Sa sœur, elle, a bon caractère, mais elle est effroyablement malsaine, et sa vue est si faible, qu'elle finira, je crois, par devenir aveugle. Ajoutez à cela qu'ils sont nés d'un double adultère, comme je vous l'ai déjà dit, et de la femme la plus méchante et la plus mauvaise que la terre ait portée. Je laisse à penser à Votre Dilection combien je dois désirer ce mariage.... Toutes les fois que j'aperçois ces bâtards, cela me fait tourner le sang. Je laisse à penser à ma tante bien-aimée ce que je souffre de voir mon fils unique et ma fille unique victimes de mes plus cruels ennemis.... » Madame s'alarmait à tort pour sa fille; M. le Prince se réservait le Duc

du Maine pour Tune des siennes; mais elle n'avait que trop raison en ce qui regardait son fils.

Vers le jour de Tan de 1692, le roi et Mme de Maintenon, qui n'avaient jamais perdu leur dessein de vue, jugèrent le moment venu de l'exécuter. Le chevalier de Lorraine fit ce qu'il voulut de Monsieur. De Madame et de ses colères, personne n'avait jamais cure. Restait le Duc de Chartres, qui avait juré à sa mère de ne jamais consentir. Mme de Maintenon manda en cachette l'abbé Dubois, et lui conseilla de se faire bien venir du roi en décidant son élève : « L'abbé Dubois se trompe fort, écrivait Madame dans sa vieillesse % lorsqu'il pense que je crois qu'il n'a pas contribué au mariage de mon fils. Je suis persuadée que lui seul l'a fait. Il est vrai qu'au commencement il était pour moi, mais après que la vieille l'eut mandé trois ou quatre fois auprès d'elle, il changea bien vite.... Monsieur était aussi mécontent de la chose que moi; mais le roi et sa vieille guenipe le firent menacer de chasser ses favoris ; cela le fit consentir à tout. » Dans une autre lettre : « Je sais combien de fois (l'abbé Dubois) s'est rendu la nuit chez elle, pour vendre et pour trahir son maître-. »

Il avait d'abord hésité ^ : « L'abbé, très perplexe, consulta le Père La Chaise, et Fénelon, précepteur du Duc de Bourgogne. Leur réponse fut que la

1. Lettre à la raugrave Louise, du 2 novembre 1717. Traduction Brunet.

2. Du 7 novembre 1719. Fragments de lettres originales, II, 267.

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