Saint-Simon, éd. de Boislisle, I
cacher, et il y eut des gens qui dirent qu'il avait été jusqu'à la pousser à maltraiter son fils. »
La future avait surmonté son embarras, et prenait la chose du bon côté. Un jour que Mme de Caylus lui parlait en badinant de son fiancé, cette petite fille de quinze ans repartit nonchalamment : « Je ne me soucie pas qu'il m'aime; je me soucie qu'il m'épouse' ». Mot qui contient toute la philosophie des mariages politiques entre princes et princesses.
Mme de Maintenon montra combien peu elle craignait Madame, en revendiquant, par une lettre à Mme de Ventadour-, l'honneur d'avoir travaillé à « cette affaire » de concert avec Mme de Bracciano, la future princesse des Ursins ^ : « Mme de Braquiane a fait le mariage de M. le Duc de Chartres pour être dame d'honneur; c'est une intrigue qu'elle a commencée avec moi..., et nous voyons aujourd'hui qu'elle ne veut pas être dame d'honneur*. » Suivaient quelques allusions obscures, un compliment sur le « bon esprit » de Madame, et elle poursuivait : « Vous savez que ma folie est de vouloir faire entendre raison; je vous assure que je le voudrais encore plus pour Madame dont vous m'avez dit tant de bien et qui a des qualités qui pourraient la rendre plus heureuse. Est-il possible que, ne pouvant éviter ce mariage, elle ne le fera
1. Souvenirs et Correspondance de Mme de Caylus. Éd. Emile Raunier, p. 172.