Anne, fille de Uolaad de Foudras, comte de Châteautiers
Chacun, par respect, lui laissait le champ libre, et ne faisait que passer.... Nul ne fut assez hardi pour lui parler du mariage ^ »
Il fallut souper avec le roi : « Madame avait les yeux pleins de larmes, qui tombaient de temps en temps, et qu'elle essuyait de môme.... Monsieur son fils avait aussi les yeux bien rouges, et tous deux ne mangèrent presque rien. » Le roi avait beau se faire attentif et empressé, pour une fois il perdait ses soins; Lisclotte restait hérissée, intraitable; Liselotte le brusquait et le rembarrait. Sans se décourager, il la salua très bas lorsqu'on se sépara pour la nuit : en relevant la tête, il ne vit plus qu'un dos qui s'enfuyait. Telle était Madame, les jours où elle se contenait pour obéir à sa tante.
Le lendemain matin, 10 janvier, la Cour attendait dans la galerie le passage du roi se rendant à la messe : « Madame y vint : monsieur son fils s'approcha d'elle, comme il faisait tous les jours, pour lui baiser la main ; en ce moment, Madame lui appliqua un soufflet si sonore qu'il fut entendu de quelques pas, et qui, en présence de toute la Cour, couvrit de confusion ce pauvre prince, et combla les infinis spectateurs, dont j'étais, d'un prodigieux étonnement-. »
Le 11, le mariage devint officiel, et le marquis de Sourches nota dans ses Mémoires : « On ne peut pas s'imaginer quel fut le désespoir de Madame; il était si grand qu'elle ne songea pas même à le
1. Cette dernière ligne est tirée d'une Addilion à Dangeau, pour le 10 janvier 1692.