‹ Madame, mère du régentChapitre 195 sur 220 · Saint-Simon, éd. de Boislisle, VL · texte numérisé non relu

Saint-Simon, éd. de Boislisle, VL

dernière à sa tante Sophie; le roi, le roi et la reine d'Angleterre, toutes les princesses, tous les membres du clergé, tous les courtisans, jusqu'aux gardes et aux Suisses, tous les ambassadeurs, le peuple, en un mot, tous, tous ont versé des larmes amères, excepté M. le Dauphin, qui n'en a pas versé une seule, et qui regardait tout comme s'il était au spectacle*. » Mademoiselle ne laissait pas de regrets : sa mère l'avait tenu de si court qu'on la connaissait à peine; mais ainsi le voulait l'usage, et les yeux secs du Dauphin avaient offensé Madame : « Si c'était par raison qu'il n'a pas pleuré, disait-elle, j'approuverais... mais c'est parce qu'il a mauvais cœur et qu'il aime à voir les gens tristes et affligés". » Il est curieux que l'on parle toujours de la sensiblerie et des torrents de larmes du xviiP siècle, et jamais de ceux du xvii^.

Vers le même temps, il se fit dans l'esprit de Monsieur un revirement qui fut gros de conséquences pour Madame. La santé de ce prince déclinait, et son confesseur, le rude Père du Trévou, ne manquait pas une occasion de lui répéter « qu'il prît bien garde à lui, qu'il était vieux, usé de débauches, gras, court de col, et que, selon toute apparence, il mourrait d'apoplexie, et bientôt^ ». Monsieur en conçut une peur épouvantable du diable, se fit dévot, et les favoris reçurent leur congé. D'autre part, il était en froid avec le roi. Louis XIV lui avait promis monts et mer-

Page 1