‹ Madame, mère du régentChapitre 2 sur 220 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Famille. — L'Allemagne après la guerre

de Trente ans.

Enfance et première jeunesse.

MADAME, Duchesse d'Orléans et mère du Régent, passait sa vie à écrire des lettres : à ceux de ses parents qu'elle connaissait et à beaucoup d'autres qu'elle n'avait jamais vus ; à ses amis, ses familiers, ses gens d'affaires et, suivant son expression, « tout ce qui se présentait». Dans sa jeunesse, elle s'était partagée entre son encrier et les plaisirs — ou les corvées — de la cour de Louis XIV. Avec les années, la correspondance lui dévora ses heures l'une après l'autre, et elle en vint à écrire jusqu'à dix ou douze lettres par jour, ayant chacune jusqu'à vingt ou trente pages d'un immense papier à la mode du temps. Il en partait pour l'étranger par tous les courriers et toutes les occasions sûres. Pour les

courtes distances, comme de Versailles ou de Saint-CIoud à Paris, il en partait du matin au soir, portées par deux ou trois jeunes pages dont c'était Tunique occupation. Ces innombrables paquets allaient apprendre à la France et à l'Europe, avec force détails et répétitions, de quoi Son Altesse Royale avait ri ou pleuré ce jour-là. Quelquefois, on y lisait aussi comment allaient les affaires du roi de France dans l'opinion de sa belle-sœur.

C'est par milliers que ses larges feuillets, couverts de son écriture décidée, se retrouvent aujourd'hui dans les archives publiques ou privées des différents pays. Nous n'en connaissons en France que des miettes; mais les Allemands sont mieux pourvus. Plusieurs des grandes correspondances de Madame, celles qui ne chôment jamais et où elle dit « tout ce qui lui passe par la tête », se trouvaient naturellement dans son pays d'origine, où elle avait sa famille et ses amitiés d'enfance. Il ne pouvait être question de les imprimer en entier; les redites continuelles et le flot des bavardages auraient rebuté le lecteur. D'un autre côté, rien de ce qui touche la mère du Régent n'est indifférent à ses compatriotes, parce qu'elle leur fait honneur, étant une figure originale, et aussi, — ils ne s'en cachent point, — à cause de l'âpreté de ses jugements sur la France et les Français. Ses éditeurs allemands lui ont donc fait la part belle. Ils ont tiré des lettres mises à leur disposition par des propriétaires généreux tout ce qui renseignait sur la vie de leur princesse, sur ses entours, ses joies et ses peines, ses idées, ses passions, ses haines vigoureuses et fidèles. A l'heure

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