LA RECONCILIATION
vint galamment à son aide : « Il veut, nota Dangeau le 28 juillet, que Madame soit de tout; il dit (pfelie est ici dans sa famille, et qu'ainsi il faut qu'allé n'y soit pas retirée. » Ce fut le roi qui l'entraîna à la chasse, en tôte à tête, dans la voiture légère, aux quatre petits chevaux rapides, qu'il conduisait lui-même ; Mme de Maintenon suivait dans une autre voiture. On se représente la joie intense de Liselotte en filant sous les voûtes de verdure, comme aux jours radieux de leur jeunesse, avec le prince qui tenait une si grande place dans sa pensée. Ce fut encore le roi qui, sachant son chagrin d'être sevrée de théâtre, la fit inviter par Mme de Maintenon à voir jouer chez cette dernière par une troupe d'amateurs, une « tragédie sainte », où Madame eut le plaisir de « pleurer comme une folle* » et d'admirer son fils en roi David.
L'Électrice Sophie et les raugraves s'étonnaient de la savoir encore à la cour de France. Elles s'étaient figuré, ses lettres sous lesyeux, que Liselotte devenue libre, n'aurait rien de plus pressé que de fuir ce monde odieux, et sa conduite les déroutait. Pourquoi leur avoir fait mystère du rapprochement avec Monsieur? Pourquoi avoir continué à se plaindre de lui et de ses favoris? Un mois après son veuvage. Madame avait écrit à sa tante Sophie brusquement sans autre explication : « (7 juillet.) Si Monsieur avait vécu, j'aurais pu mener une existence paisible ; j'étais arrivée à me faire craindre des favoris, le
1. Lettre du 5 février 1702 à Philippe V, roi d'Espagne. La pièce s'appelait Absalon, trmjédie sainte par Duché de Vancy. La représentation eut lieu le 24 janvier.
pauvre homme commençait à devenir dévot : il s'était donc amendé et ne me faisait plus de mal ' ». Elle répéta cette même information, avec de légères variantes, à plusieurs correspondants. Par exemple : « Ces trois dernières années, il était tellement revenu pour moi, que ses favoris ne me pouvaient plus nuire, et pour lui plaire j'avais fait avec eux un sincère accommodement-. » Ou encore, longtemps après : « Trois ou quatre ans avant la mort de Monsieur, mon époux, je me réconciliai pour lui faire plaisir avec le chevalier de Lorraine. Depuis, le chevalier ne m'a pas donné aucun sujet de plainte*. » Ainsi de suite. Pourquoi ne l'avoir pas dit au moment même?
Le raccommodement avec Monsieur n'empêchait pas la cour de France d'être peuplée de méchants et de pervers qui en rendaient le séjo-ur intolérable à une honnête Allemande. Qu'attendait Madame pour la fuir? La raugrave « Amelisse » hasarda une question qui fut mal reçue : « (15 juillet 1701.) Je n'ai jamais pensé, répliqua Madame assez sèchement, à me mettre dans un couvent. La vie de couvent n'est pas du tout mon affaire. » Elle avait mieux à sa disposition, s'il lui convenait de quitter Versailles. Son contrat de mariage lui assurait, en cas de veuvage, « le château de Montargis, garni de meubles comme il convenait à sa qualité, pour son habitation et demeure sa vie durant^ ». Une