‹ Madame, mère du régentChapitre 219 sur 220 · DERNIERS JOURS DE MADAME · texte numérisé non relu

DERNIERS JOURS DE MADAME

vérole qu'elle eut, ratteignit un peu parce qu'elle n'avait pas voulu se soigner et qu'elle avait chassé les médecins. Ce qui surtout la fatiguait était ce corps énorme aux chairs flasques et rebondies. Un rien l'étouffait. Elle se plaignait à ses correspondants qu'elle était si lourde que la moindre course à pied lui faisait perdre la respiration ; puis la circulation du sang s'effectuait mal; elle écrivait le 22 janvier 1717 à la raugrave Louise : « quand je suis assise, il me semble que je me porte très bien, mais il suffit que je traverse deux pièces pour souffler comme un buffle : je n'ai plus de respiration. Tous les soirs mes pieds et mes jambes enflent. Je dors bien deux nuits et mal cinq ou six; je mange bien un jour et je suis ensuite plusieurs jours sans appétit ». Les médecins trouvaient qu'elle s'assoupissait trop, que c'était mauvais signe. En février 1721 elle était tombée gravement malade. On avait presque désespéré de sa vie et on l'avait purgée quarante et une fois en peu de jours, malgré ses protestations violentes; et encore les médecins n'étaient- ils pas contents. Elle n'en pouvait plus. « Je n'étais pas faite pour être martyre, gémissaitelle à M. de Harling, le 22 juin; il aurait fallu un miracle spécial pour me faire résister aux souffrances que les martyres ont supportées. » Elle s'indignait de l'abus des pratiques médicales des médecins français : « Les Français, disait-elle, ne savent pas que les remèdes de précaution ne conviennent pas du tout à une robuste Allemande et je ne m'y laisserai pas reprendre de sitôt. Aujourd'hui on m'a encore offert une médecine, mais j'ai demandé grâce. »

Elle traîna une année, s'alTaiblissanl peu à peu. En août 1722 on continuait à la traiter par des purgalions répétées, au point, disait-elle, que c'était à « en crever ». Elle mandait à M. de Harling : « Je suis fermement persuadée que mes heures sont comptées. Je remets tout aux mains du Dieu tout-puissant et ne me mets pas en peine de ce qui en arrivera. Ce serait une grande folie si les grands se figuraient que notre seigneur Dieu fera quelque chose de particulier pour eux. Je sais qui je suis et ne me laisse point tromper ». Ses sentiments religieux paraissaient maintenant sincères. Devant la mort elle semble les avoir toujours eus tels, car dans son testament olographe, rédigé par elle à Marly le 21 août 1706, elle disait de môme : « Comme chrétienne, je recommande mon âme à Dieu, le priant par les mérites infinis de N. S. Jésus-Christ, et Tintercession de tous les saints et saintes du Paradis, me faire miséricorde et part de sa gloire éternelle ' ! ».

A la fin de septembre elle se portait un peu mieux : Elle voulut aller en octobre au sacre de Louis XV à Reims et communia avant de partir. De retour à Saint-Gloud, en novembre, elle se trouva plus mal. Elle sentit que la fin approchait; on lui administra les sacrements. La 5 décembre, le roi vint la voir; le 8, elle s'éteignait doucement à trois heures du matin, ayant à ses côtés son fils qui la veillait depuis deux nuits. Elle avait soixante et onze ans.

Sur son désir, formellement exprimé, on l'enterra

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