MADAME REGRETTE LOUIS XIV
j'aurais tous les jours trop de monde; mais cela ne me va pas du tout; je ne suis pas habituée, comme Mme d'Orléans, à cette familiarité; j'aime mieux me passer de compagnie. » Et elle s'en passait. Que lui restait-il? Le théâtre? Elle ne l'aimait plus. Elle n'allait à l'Opéra, disait-elle, que pour conduire des personnes qui, ainsi, n'avaient pas à payer leurs places; ou pour se montrer de temps en temps au public afin que celui-ci ne crût pas qu'elle vivait en ♦( loup-garou ». Puis le théâtre la fatiguait. La chasse? « Je pense aussi peu à la chasse que si je n'avais jamais chassé », écrivait-elle à M. de Harling, le 11 mars 1721. Il ne lui restait rien, et elle s'ennuyait.
« Je dois avouer, chère Louise, répète-t-elle à la raugrave, que je n'ai été de ma vie plus triste que maintenant. » « On ne peut pas mener une vie plus ennuyeuse, plus misérable et plus maussade que la mienne I » Elle pouvait bien mourir, elle ne regretterait rien en ce monde; elle était « rassasiée et lasse de tout. » Alors, par un retour singulier des choses, elle se prenait à songer au règne du feu roi et elle regrettait le passé disparu. Son esprit chagriné se remémorant mélancoliquement l'époque brillante d'autrefois, elle s'attendrissait. « Quand je vois notre jeune roi, dans le grand carrosse où je suis allée si souvent à la chasse avec notre roi, disait-elle, et où j'ai fait si gaiement tous les voyages, les larmes me viennent aux yeux; que serait-ce du pauvre Versailles! » Elle n'était pas revenue à Versailles depuis la mort de Louis XIV : lorsqu'elle revit le château, le 18 juin 1722, elle
ne put se contenir : « J'ai dû avaler mes larmes, disait-elle, pour m'empêcher de pleurer quand je me suis trouvée dans la chambre du roi où j'ai parlé pour la dernière fois à Sa Majesté et où elle m'a témoigné tant d'amitié. Gela m'a rendue très triste! A mon retour je n'ai pas pu manger une bouchée, h Et cependant quelle différence avec autrefois! Elle n'était pas aujourd'hui une princesse secondaire menacée d'ôtre envoyée dans son douaire de Montargis; elle était la mère de celui qui gouvernait le royaume ; elle voyait son fils sur la plus haute marche du trône, à peine séparé de celui-ci par l'éventualité d'un accident fortuit! Rien n'y faisait, elle regrettait Louis XIV. « Plût à Dieu que le roi fût encore de ce monde, écrivait-elle (22 novembre 1721), j'avais plus de consolations, plus de plaisir en un seul jour que je n'en ai eu dans les six années de la régence de mon fils ; c'était une Cour et non pas une vie bourgeoise à laquelle je ne peux pas m'habituer, ayant beaucoup vécu à une Cour depuis le jour de ma naissance. » Le fin mot était que Madame vieillissait, que sa santé déclinait et, qu'à mesure, ses humeurs noires s'épaississant, elle trouvait tout affreux. « Depuis la mort du roi, et notre vie bourgeoise à Paris, déclarait-elle (26 mars 1722), je suis devenue très misanthrope; je suis dégoûtée de tout! »
Elle s'était longtemps bien portée, tant qu'elle avait pu respirer de l'air et se remuer. Elle avouait à peine à M. de Harling en 1715 quelque douleur dans le genou et des crampes dans les pieds. La petite