Lettre à Charles-Louis, du 6 février
combattus par ceux de la nature' ». Sénèque et Épictète avaient cédé la place à Rabelais. Un jour que son frère lui avait parlé de ses tracas, la duchesse Sophie lui répondit : « Je suis très marrie de voir que vous prenez les choses tant à cœur.... On ne vit qu'une fois, pourquoi donc se chagriner tant, quand Ton peut manger, dormir et boire, dormir, boire et manger- ? » Elle pratiquait ce qu'elle prêchait. Le jour où elle s'aperçut que son mari désirait la tromper, elle lui facilita gentiment les choses et ne lui en voulut point. On lit dans ses Mémoires : « Le saint nœud du mariage n'avait pas changé l'humeur galante de M, le duc; il s'ennuya de posséder toujours une même chose^... ». Suivent leurs petits arrangements.
L'amour est de tous les temps. Il n'en est pas de même do la gloutonnerie, et nous avons peine aujourd'hui à nous expliquer la place d'honneur qu'elle occupait au xvn'= siècle dans les plaisirs des hautes classes. Quand la duchesse Sophie écrivait à son frère : « c'est un des plus grands plaisirs que j'ai à présent, de bien manger* », elle ne faisait pas allusion à une chère délicate, mais à une chère copieuse. On se crevait de mangeaille au château de Hanovre comme au palais du Louvre, ni plus ni moins; il n'y avait de différent que la cuisine, et c'est une chose dont l'on ne peut pas plus disputer que des couleurs. Éléonore d'Olbreuse^ racontait