LISELOTTE A DIX-HUIT ANS
l'avenir, cherchait partout un mari pour sa nièce et, en attendant de l'avoir trouvé, se faisait conciliante :«Pour Liselotte, je suis fâchée que vous ne soyez pas satisfait de son éducation.... Liselotte est de très bon naturel, mais le jugement ne vient qu'avec l'âge, et la princesse de Danemark sera mieux pour la Signora (Mlle de Degenfeld), étant d'une humeur plus posée et nullement agissante ni causeuse, bonne tout à fait *. »
Cette dernière lettre est de 1670. Liselotte avait alors dix-huit ans. Elle était fort petite, « sèche comme un copeau- », et d'une laideur éclatante, mais point banale, ni ennuyeuse. Elle avait de très petits yeux, un gros nez de travers, de grandes joues plates et pendantes, une fraîcheur appétissante de blonde et d'Allemande, et, illuminant cet ensemble fantasque, un pétillement de vie et de gaieté qui résistait à tous les ennuis. On peut dire qu'elle sauvait le coup d'œil par sa bonne humeur : « Je me suis moquée toute ma vie de ma laideur, écrivait-elle à la fin de sa vie ; je n'ai fait qu'en rire. Sa Grâce monsieur notre père ^ et notre défunt frère m'ont dit souvent que j'étais laide; j'en riais et je n'en ai jamais eu de chagrin. Mon frère m'appelait nez de blaireau.', j'en riais de tout mon cœur. » Au fond, cela ne lui était pas aussi indifférent qu'elle se plaît à le dire, puisqu'elle évitait