Lettres du 20 juillet 1666 et du 24 septembre
2. Du 14 juillet 1702, à la raugrave Louise, demi-sœur de Madame.
3. La lettre, du 22 juin 1719, est adressée à la raugrave Louise.
de se voir dans une glace et qu'elle fuyait les regards : « Je me suis toujours trouvée si laide*, même toute jeune, que je n'aimais pas à être regardée et que je n'ai jamais demandé quoi que ce soit en fait de parure, car les bijoux et la parure ne servent qu'à attirer l'attention sur vous. » On ne peut pas exiger d'une femme de se réjouir d'être laide. Liselotte en avait pris son parti; c'était déjà beaucoup.
La conscience qu'elle n'aurait jamais aucun succès de femme avait contribué à la rendre peu féminine dans ses goûts et ses idées. Elle ne concevait pas que l'on pût avoir envie de se marier : « Quand une femme, disait-elle, se fouri'e dans la tête qu'il lui faut un mari, c'est un coup de folie. Être estropiée d'une main est un malheur, avoir un mari en est un autre », quel que soit le mari, car « le meilleur ne vaut pas le diable ». La sottise des sottises est de se marier par amour : « C'est un miracle qu'un mariage d'amour réussisse; c'est très rare.... D'ordinaire, il en advient de la haine -. » Le xvii"" siècle était nettement, et presque unanimement, de l'avis de Liselotte sur ce chapitre. Un dicton allemand, plus énergique qu'élégant, justifiait en ces termes l'opinion générale : « L'amour est comme la rosée ; il tombe aussi bien sur une bouse de vache que sur une feuille de rose. » Faire un mariage d'amour, c'est s'exposer à fonder une
1. Cité par Schiitz, Leben und Character der Elisabeth-Charlotte, p. 53.
2. Lellres aux raugraves, des 8 mars 1715, 4 septembre 1697, 15 juillet 17iy, 10 mai 1713, 16 février 1702.