Lettre à Charles-Louis, du 10 octobre
question du trousseau : « L'on a fait vitement faire quelques habits et quelque linge, parce qu'il en fallait même un tout blanc pour le jour des épousailles. » Un peu plus loin venait l'article de la chambre de voyage. On sait qu'au xviF siècle, les grands emportaient avec eux un mobilier qu'on déballait chaque soir en arrivant à l'étape, et qu'on remballait chaque matin; précaution qui était pour beaucoup dans la lenteur de leurs voyages. La Palatine écrivait au sujet de la chambre : « Je prends la liberté de vous dire qu'il faudra un petit lit et une tapisserie pour la Princesse seulement pour jusqu'à Metz, car là nous trouverons deux chambres complètes pour le reste du voyage ». Elle ajoutait : « L'on prépare au Palais-Royal un appaj'tement magnifique pour Madame, et toute sa maison est déjà réglée. . . . Enfin elle trouvera tout prêt et magnifique, et sera très heureuse, s'il plaît à Dieu ».
Au reçu de cette lettre, Charles-Louis se mit en devoir de conduire sa fille à Strasbourg. Parmi les membres de la famille qui firent cortège à la fiancée figurait un jeune garçon de treize ans, le raugrave Garl-Lutz \ fils aîné de Louise de Degenfeld. Cette fois encore, l'Électeur n'avait point perdu de vue l'intérêt de ses bâtards. Puisque Liselotte allait être riche, et influente à la cour d'un grand roi, il comptait sur elle pour aider tous ces pauvrets, à qui leur pays faisait grise mine à cause de la bigamie de leur père, et il se préoccupait de les
i. 11 s'appdait en rcalilé Garl-Ludwig, Charles-Louis. On en avait fait Cail Lutz pour le distinguer de son père.
LISELOTTE EN FRANCE. 73
faire connaître en France. Seul des parents d'Allemagne, dont aucun autre n'allait plus loin que Strasbourg, Carl-Lutz fut désigné pour accompagner sa sœur jusqu'à Metz, où le maréchal du Plessis-Praslin devait épouser Liselotte au nom de Monsieur.
On trouva la Palatine au rendez-vous. Elle n'y était point venue seule : « Elle avait amené avec elle, rapporte Chevreau qui était du voyage, le Père Jourdan, jésuite, pour voir si rien ne manquait à la nouvelle conversion. Mais les choses étaient en si bon état, qu'il ne trouva rien à faire pour lui de ce côté^ » Chevreau avait le droit d'être fier; ce n'était pas son métier d'enseigner la religion.
Les adieux commencèrent. Charles-Louis fit promettre à Liselotte d'aimer fidèlement les enfants de Louise de Degenfeld -, et la mit en voiture avec sa tante. Elle partit inondée de larmes, qui tournèrent en hurlements. On lit dans sa première lettre à sa tante Sophie : « Mme de Wartenberg a dit vrai..., j'ai tant crié, que j'en avais le côté enflé; depuis Strasbourg jusqu'à Châlons, je n'ai fait que crier toute la nuit ». Jamais elle n'oublia l'horreur de ce voyage vers l'inconnu et vers le mariage. Vingtcinq ans après, elle en parlait encore : « Depuis que je suis en France, je mange trois fois moins qu'auparavant. Je crois que cela vient du chagrin effroyable que j'ai eu à Strasbourg en quittant Votre Dilection, papa et feu mon frère; car j'ai été