LE PALATINAT AU XVII'' SIÈCLE
mémoire des choses disparues s'effaçait déjà. Charles-Louis avait quitté sa patrie tout enfant et y revenait en étranger. Aucune des personnes qu'il interrogea ne put lui dire, quelque incroyable que cela paraisse, comment le pays était administré et gouverné du temps de son père. « On en avait complètement perdu le souvenir », affirme Hausser; on n'avait plus « aucune idée de ce qui avait été auparavant ». Plus tard, une fois l'ordre rétabli, ces ténèbres s'éclaircirent, grâce à d'anciens documents découverts çà et là; mais, sans ces trouvailles, Charles-Louis ne serait jamais parvenu à connaître les revenus et les dépenses de ses États trente ans plus tôt. Il aurait toujours été dans la situation d'un colonisateur qui a tout à créer sur un sol neuf, sans précédents ni points de repère.
Il avait jugé que le plus pressé était d'avoir des sujets. Au nombre des expédients qu'il employa pour en attirer du dehors figurait l'établissement de la liberté religieuse dans ses États. Charles- Louis était un esprit très libre, en dépit de son éducation calviniste. Sa jeunesse errante et difficile de prétendant besogneux l'avait dressé à considérer toutes les questions, môme les spirituelles, au point de vue utilitaire, et il n'admettait pas, pour le moment, que l'unité de foi fût nécessaire au bon gouvernement d'un peuple. Il pensa différemment dès que ses intérêts ne furent plus les mômes, et nous le verrons pratiquer une autre politique, en compagnie d'autres princes allemands protestants pour qui la religion était aussi une marchandise d'échange ; mais, en attendant de travailler à la réu-
nion des Églises protestantes avec Rome, Charles- Louis ouvrit largement ses frontières à toutes les confessions. Il entreprit de faire vivre en bonne harmonie, au lendemain de la guerre de Trente ans, des réformés, des luthériens, des catholiques, et des schismatiques de dénominations diverses, à qui leurs maîtres naturels avait rendu l'existence intolérable. Le succès récompensa ce bon exemple; sans être toujours parfaite, la paix fut suffisante pour que le Palatinat se repeuplât rapidement. C'était le principal.
Le rétablissement des finances était aussi une affaire urgente. Charles-Louis eut le mérite, très grand chez un prince sans le sol, de comprendre que le meilleur moyen de s'enrichir était de demander le moins d'argent possible à un peuple aussi parfaitement ruiné. Il mit des impôts très légers et s'arrangea pour se passer de revenus. L'Electeur Palatin venditsongibier, fit raccommoder ses vieux souliers, comme Corneille, veilla au beurre et à la chandelle, et paya trois florins la dédicace d'un poète. Il était tellement à court d'argent, qu'en 1652, ayant à faire un voyage indispensable, il fut obligé de demander à quelques-unes de ses villes de lui avancer 50 florins sur leurs impôts. Charles- Louis ne laissait pas de tenir son rang avec honneur dans les occasions importantes; pour rencontrer l'empereur, ou pour se rendre au Reichstag, il avait sa cour et son train. Rentré chez lui, il se hâtait de congédier les bouches inutiles et de revenir à la bienfaisante parcimonie qui permettait aux vieux habitants de réparer leurs maisons, aux nouveaux