ARRIVÉE DE MADAME A LA COUR
deux lieues à pied, et qu'elle était guérie. Lasciamo la andai\ che fara buon viaggio. »
Le 27 novembre, Madame eut Thonneur de recevoir le roi à Villcrs-Cotierets. Elle ne hurlait plus. Elle n'était pas intimidée. Le roi fut conquis d'emblée par sa franchise savoureuse et son bon rire : « Il en revint si charmé, écrit la Grande Mademoiselle, que c'était la femme qui avait le plus d'esprit, d'agrément, qui dansait bien, enfin que feue Madame n'était rien auprès *. » C'était un jugement sans appel ; la cour de Saint-Germain ne le ratifia pourtant pas sans résistance : « Elle vint deux jours après, continue la Grande Mademoiselle; elle arriva avec un habit de brocart d'argent, parée plus que lorsqu'elle vit Monsieur; car il dit qu'il ne l'avait pas trouvée telle la première fois. Il faisait froid; elle n'avait pas mis de masque ; elle avait mangé des grenades, qui lui avaient fait devenir les lèvres violettes. Quand l'on vient d'Allemagne, on n'a pas l'air français. Elle nous parut fort bien, et Monsieur ne la trouva pas telle et fut un peu étonné. » Dans la langue du xvii'' siècle, étonné avait ici le sens de déconcerté, saisi. Monsieur avait été saisi, et désagréablement, du contraste que formait son petit sauvageon tudesque avec la cour de France. « Le visage et le rustre d'un Suisse- >>, déclarait Saint- Simon, en dépit de son respect pour Madame. C'était bien l'impression générale, et qui allait en s'accen tuant. « Le lendemain, dit encore Mademoiselle, on fut voir Madame, qui ne parut pas si bien
1. Mémoires de Mlle de Montpensier, édition Chéruel, IV, 310.