‹ Madame, mère du régentChapitre 54 sur 220 · LE TROUSSEAU DE MADAME · texte numérisé non relu

LE TROUSSEAU DE MADAME

partout la plaisanterie qu'elle n'avait pas de chemise à meitrej et ces choscs-Ià nuisent à tout.... L'aflection de Monsieur et icstime du roi, c'est là le solide.... Cependant songez au linge... il sera honteux denvoyer une fille de l'Électeur à un frère du roi de France avec six chemises. Il y a une douzaine de ce qui peut rendre ce mariage utile aux intérêts de Monsieur l'Électeur, pourvu qu'on n'y gâte rien. Je prendrai le même soin de la conservation que j'ai fait pour mettre les choses en l'état où elles sont, mais il faut que chacun y contribue de son côté. Madame se conduit admirablement bien et est admirée et aimée de toute la cour * >k Transmise à Heidelberg, cette lettre produisit l'effet désiré. Madame eut des chemises, et ne rencontra partout que des sourires de bienvenue.

Il est convenu en Allemagne que Madame a été extrêmement malheureuse pendant tout le demisiècle qu'elle vécut en France. Ce n'est pas exact; mais la légende a pour elle, de l'autre côté du Rhin, presque tous les hommes en droit d'avoir une opinion. Fustel de Coulanges disait que l'érudition germanique est « patriote ». Le mot est toujours vrai. C'est par patriotisme que les écrivains allemands ont adopté Madame pour être un exemple éclatant de l'incompatibilité qui existait déjà, au xvn^ siècle, entre son peuple et le nôtre ; entre une « nature foncièrement allemande ^ », remplie des

1. Briefwechsel der Herzogin Sophie von Hannover, etc., p. 471.'

2. Préface des lettres do Madame à l'Électrice Sophie, par M. Edouard Bodemanu, p. 11. M. Ed. Bodemann a emprunté presque textuellement ce passage à Hausser, l'historien du

vertus sérieuses de sa race, et le milieu « frivole et corrompu » où la princesse Liselotte avait été reléguée par son mariage avec un prince français. Plus on appuyait sur ces souffrances, plus le contraste s'accusait, et plus rincompatibilité devenait évidente. Mon dessein n'est pas d'entrer dans une discussion sur les droits comparés de la patrie et de la vérité; il suffit d'avoir indiqué que c'est ici un cas où ceux de la vérité ont pâti. Madame a eu en France — on en verra les témoignages en leur lieu — une existence mêlée de bon et de mauvais, comme la plupart des êtres humains. Il nous semble aujourd'hui, à cause du déclin de l'idée monarchique, que le mauvais fut plus mauvais que le bon ne fut bon; les contemporains de Madame en jugeaient différemment, d'après des éléments qui commencent à nous échapper. L'Électrice Sophie, si maternelle pour sa nièce, écrivait au plus fort des chagrins de celle-ci : «. Madame a aussi des tribulations... mais dans le poste où elle est, il me semble qu'il y a de quoi se consolera » Les premières années furent heureuses. Le plus difficile aurait dû être de prendre son parti d'être la femme de Monsieur. Ce fut au contraire le plus

Palatinat, vol. Il, p. 716. En opposition à ces partis pris, il est juste de signaler, pour son impartialité et la justesse de ses jugements, une conférence sur Madame faite à l'Université de Ileidclberg, le 19 mars 1895, par M. J. Wille, et publiée depuis en brochure (lleidelberjr, Gustav Kœster).

1. Lettre du 4 juin 1(588, au raugrave Carl-Lutz (Publicalionen ans den K. Prcussischcn Staatsarchiven ; Briefc der Kurfurstin Sopliic von Hannover un die Raugrafinnen und Baugrafcn :ii PJ'alz, éd. E. Bodemann. Hirzel, 1888, Leipzig).

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