LES PREMIÈRES ANNÉES HEUREUSES
facile ; les mœurs de ce prince laissèrent Madame indiiïérente. Les compagnons de débauche de Monsieur l'olTusquaicnt parce qu'ils étaient souvent méchants et dangereux, et qu'ils dévoraient l'argent de la maison. Leur dépravation la touchait si peu, qu'elle n'aurait demandé qu'à bien vivre avec ce vilain monde, et à convaincre son époux, toujours inquiet, qu'elle ne solliciterait jamais du roi le mot qui l'en délivrerait : « J'ai beau faire de mon mieux, écrivait-elle à l'Électrice Sophie, pour lui montrer que je ne veux aucun mal à ces garçons, que je cause amicalement et poliment avec eux, je ne parviens pas à le rassurer'. » Il avait tort. Ce qu'elle en faisait était si sincère, si peu par politique, que lorsqu'elle aura une fille à marier, elle désirera passionnément pour gendre un prince aussi pourri de vice que Monsieur, et insistera sur son « estime » pour lui.
En revanche, on ne peut que louer sans réserve sa perspicacité et son bon sens dans une question où il ne s'agit plus de vice, mais de crime. Monsieur avait-il empoisonné sa première femme? Saint-Simon rapporte que Louis XIV avait pris soin de tranquilliser sa nouvelle belle-sœur en lui fournissant la preuve que son mari avait ignoré ce qui se tramait : « Peu de jours, dit-il, après le second mariage de Monsieur, le roi prit Madame en particulier, lui conta ce fait-, et ajouta qu'il