Dépôche du 5 février 1072. — Archives du Vatican
pusse recevoir en ma vie. — Eh bien! dit le roi, je veux vous faire ce présent. Il reviendra: je vous le redonne, et veux que vous m'ayez toute votre vie cette obligation, et que vous l'aimiez pour l'amour de moi. Je fais plus, car je le fais maréchal de camp de mes armées ». Là-dessus, Monsieur se jeta aux pieds du roi, lui embrassa longtemps les genoux et lui baisa une main avec une joie sans égale. Le roi le releva et lui dit : « Mon frère, ce n'est pas ainsi que des frères se doivent embrasser, et l'embrassa fraternellement ^ »
C'est la seule fois que Louis XIV ne se soit pas conduit en galant homme cjivers Liselotle. Sans doute Monsieur avait donné quelque ombrage, ne s'était pas « ployé » assez bas devant son redoutable frère, et celui-ci, roi avant tout, avait jugé prudent de le replacer sous la férule de son favori. Les familles régnantes sont coutumières de ces misères. Un hasard sauva Madame, du moins pour le moment, des conséquences de cette sorte de trahison. Monsieur n'eut pas autant de plaisir à retrouver le chevalier de Lorraine qu'il s'en était promis de loin; Monsieur avait pris d'autres habitudes. Le chevalier essaya des reproches, et s'aperçut que cela ne réussissait plus. Ils passèrent des années à se disputer et à se bouder, et ce fut autant de gagné pour Madame : Monsieur était occupé, Louis XIV tranquille, et Liselotte comblée de faveurs, car son illustre beau-frère ne lui voulait que du bien, pourvu qu'il n'en coûtât nul ennui, si