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Madame mère (Napoleonis mater)

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MADAME MERE D'aprésie Camée de Morelli à Rome

(NAPOLEONIS MATER)

Tandis que Napoléon espère conquérir la paix de l’Europe, sa mère s’inquiète pour la France et pour lui des dangers de la guerre. — Lucien la prie de lui fournir les moyens de passer en Amérique. — Le pape et l’empereur, eu dissentiments sur le concordat, cèdent à de graves hostilités. — Le cardinal Fesch, par excès de zèle pour l’un, offense l’autre qui le relègue dans son diocèse. — -Madame Mère s’attriste de ce regrettable incident. — Le cardinal désire la rejoindre à Aix. — Établissement des sœurs hospitalières. — Lettre de la reine Catherine. — Mort de M. Guien, secrétaire de S. A. I. — Il est remplacé par M. Decazes. — Lettres ; du cardinal à Jérôme, à -Madame Mère et à M. de Quélen; de l’impératrice à sa belle-mère. — Départ de Madame retardé pour Aix. — Napoléon, essayant de préparer la paix, se rend auprès de son allié, le roi de Saxe. — L’empereur de Russie, se croyant menacé, malgré ses sympathies pour Napoléon, lui déclare la guerre. — La fatale campagne, compliquée de l’incendie de Moscou et suivie de la fausse conspiration Mallet, se termine par la désastreuse retraite de Russie. — Autant de sujets d’alarmes pour la 1* rance. — Madame Mère revient à Paris embrasser son malheureux flls, en lui offrant un million de ses économies.

Le temps prospère du règne de Napoléon semblait dépasser l’année 1811 et atteindre, dans les premiers II. 1

mois de 1812, l’apogée de sa gloire. L’empereur se croyait heureux et en voie de conquérir la paix de l’Europe. Mais sa prévoyante mère s’inquiétait de l’apparence d’une si grande prospérité, en s’effrayant de la réalité d’une nouvelle guerre.

S. A. l’archiduc Charles-Louis d’Autriche, voulant expliquer, à cet égard, la pensée de Madame Mère, se rappelle un mot prononcé par elle, A^ers ce tempslà. 11 s’agissait de la gloire croissante de son fils ;

« Pourvu que cela doureî » disait, avec sa prononciation habituelle, l’illustre matrone, vénérée par les étrangers qui la connaissaient le mieux.

Lucien, en réponse à une lettre de la princesse Stéphanie, l’informe qu’il a écrit plusieurs fois à Madame, sans avoir de ses nouvelles (1). H était encore à Londres et sollicitait de sa mère la somme dont il avait besoin pour entreprendre son voyage projeté aux États-Unis. N’obtenant rien, il pouvait en conclure que ses lettres avaient été interceptées, si le silence de sa mère n’était pas un blâme.

Le désaccord certain entre l’empereur et le pape sur le nouveau concordat, loin d annoncer une réconciliation prochaine, entraîna la découverte d une bulle d’excommunication menaçant Napoléon, qui dut en interdire la publicité et s assurer, pour garantie, de la personne de Pie VII (2). Pendant ce temps, le cardinal Fesch, dans sa mission à Rome,

(1) Vente d'autographes, par Charavay, 7 avril 1847.

(2) Voir V Appendice.

n’avait pas su rallier l’adhésion du saint-père à l’autorité impériale. 11 fît trop, en voulant faire mieux, et, au regret de sa sœur, il se déclara pour la cour de Rome contre Napoléon, dans un langage dégagé de reconnaissance envers l’empereur. Ce langage fut, en un mot, assez acerbe pour froisser les sentiments maternels et les idées libérales de Madame. Elle en fît à, son frère des reproches mérités. Le panégyriste du cardinal Fesch (1) ne manque pas, au contraire, de le féliciter d’avoir menacé Napoléon de la colère divine. L’empereur, après avoir écouté son oncle sans l’interrompre, mais à bout de patience, finit par lui dire sévèrement : « Assez, prophète de malheur! Assez! je n’ai pas besoin de vos leçons; retournez dans votre diocèse et vous n’en sortirez pas avant que je vous le demande! » Cet ordre impératif lui fut donné le 1" mars, et bientôt après le cardinal se rendait à Lyon. Madame Mère, témoin attristé de cet incident, s’alarma davantage des éventualités d’une guerre avec la Russie, dont elle espérait 1 alliance, en rattachant à ses craintes pour Napoléon et sa dynastie la prévision des malheurs de l’empire.

Elle reportait sa pensée maternelle vers Lucien, réfugié à Londres, où il était à peu près captif de 1 Angleterre, et elle attendait une occasion sûre pour répondre à sa demande renouvelée. La retraite

(1) Histoire du cardinal Fesch, par l’abbé Lionnet.

MxVDAME MÈRE,

de Louis à Tœplilz, depuis son abdication, troublait davantage le cœur de sa mère, sacluint ce fils-là éloigné, malade et privé des soins de la famille. Les autres enfants de Son Altesse, princes ou princesses, vivaient aussi plus ou moins loin de leur mère, en lui adressant par lettres leur souvenir, pour l’aider à subir son isolement. Sa seule compagnie était l’humble gouvernante Saveria. destinée à vieillir et à mourir auprès de sa maîtresse.

Madame s’inquiétait enfin de son fils aîné Joseph, roi d’Espagne malgré lui, au milieu de ses sujets révoltés, formant la coalition des guérillas; mais elle espérait que son frère le cardinal, disgracié par sa propre faute et par la sévérité du souverain, saurait se réhabiliter auprès de lui. En eflet, sa première lettre AÛnt suppléer à sa présence, en montrant de sa part un caractère de dignité soumise, approuvée d’abord par Madame Mère et ensuite par 1 empereur.

Le cardinal écrit de Lyon, à sa sœur, le 31 mars, dans les termes suivants (1) :

Depuis huit jours, je suis à Lyon; je ne inO suis occupéque de mon église, et je n’ai pensé à vous que pour vous recommander à Dieu. — Aujourd’hui, la solennité de Pâques étant passée, je vous écris pour vous exprimer les sentiments pénibles que j’ai éprouvés, en vous quittant, et le bonheur qui renaît en moi en revoyant mon église. Ce bonheur serait sans nuages, si vous ne m’oubliiez pas et si vous jouissiez, d’une bonne santé.

D) Registre de correspondance du cardinal Fesch.

N’ajoutez pas à vos peines, en pensant aux motifs de mon départ de Paris ; je les ai mis au pied de la croix : Dieu sera ma force; en lui repose toute ma confiance. Je ne regretteiai jamais un séjour où je n’ai pu faire le bien que je désirais et où j’étais éprouvé par de continuels tourments de toutes sortes; châtiments mérités peut-être de mon obstination a demeurer si longtemps hors de mon diocese et de ma pi esomption à me croire utile à l’Église. Oui, je regarde comme un bienfait de la Providence l’ordre qui me fut donné, deiant vous, le premier dimanche de ce mois et qui me fut expressément renouvelé, le 23, en présence du prince de Neuchâtel. — Ainsi, me voilà donc consolé, parfaitement en paix et ne désirant que félicité, honneur et gloire à l’empereur et môme du bonheur à ceux qui... Le temps viendra où il les verra tels qu’ils sont et ce qu’ils valent.

Si vous étiez décidée à venir prendre les eaux d’Aix-en- Savoie, vous en parleriez à l’empereur. Rappelez-vous alors de lui demander la permission que je vous y accompagne. Malgré qu’Aix soit situé aux confins de mon diocèse et dans ma province ecclésiastique, jo ne m’y rendrai pas sans qu il y consente.

.Adieu, embrassez pour moi tous vos enfants et vos petitsenfants et donnez-m’en des nouvelles détaillées.

Tout à vous pour la vie,

J. Fesch.

La fondation par l’empereur de diverses œuvres de bienfaisance et de charité fut, au début de 1812, une rassurante pensée pour Madame Mère et l’apaisement des controverses, au sujet du nouveau concordat.

L’établissement des sœurs hospitalières dans différentes villes de France, précédant la déclaration de guerre de la Russie, eut de salutaires effets. C’était, à la fois, relever les croyances religieuses abattues par les excès de la Révolution, appeler au soulagement

(les malades, les femmes les plus dignes de s’y dévouer, par vocation et par désintéressement. G’élait enfin assurer aux pauvres, dans les lujpitaux, la précieuse assistance des soins les plus attentifs, sous la direction des praticiens les plus éminents. Voilà ce que représentait l’institution des sœurs liospilaliôres, rétablie par Napoléon, selon les vœux de sa noble mère, qui semblait en avoir eu l’inspiration.

Une autre femme bien digne de comprendre et d’imiter Madame Mère, qu’elle aimait tendrement, la reine Catherine de Westphalie, lui adressait une lettre touchante d’affection liliale (1) ;

• Cassel, 28 avril 1812.

Ma chère maman,

J’ai reçu fort à propos votre lettre du 10 avril, car j’étais bien inquiète et bien triste de n’en pas recevoir depuis quelque temps. Vos bontés, à cet égarcî, m’ont gâtée, et lorsque vous êtes longtemps sans m’écrire, j’éprouve mille espèces d’inquiétudes, dans la crainte que vous ne soyez ou incommodée, ou que vos sentiments pour moi ne soient diminués. Vous savez, ma chère maman, que je vous aime comme un de vos propres enfants et que cet attachement me fait désirer aussi, de votre part, un tendre retour.

Je partage, à bien juste titre, ce quevous pouvez éprouver, dans le moment actuel et je ne recouvrerai la tranquillité qu’au retour de Jércime. Je reçois souvent de ses nouvelles ; il se porte bien. — Il est encore à Kalisz, eu I^ologne. Quand vous voudrez lui écrire, ma chère maman, vous n’aurez qu’à m’envoyer vos lettres, car j’ai, d’ici, des moyens de les lui faire passer très promptement, et moi-môme je suis dans le

(1) Copie faite et collationnée sur l'original autographe, par M. Faugère. Voir VAppendice.

cas de lui écrire tous les jours. Des affaires dont il in a chargée exigent que je lui en rende un compte presque journalier, et d’ailleurs je ne voudrais rien prendre sur moi.

Je suis bien satisfaite de ce que vous me dites de votre santé et je vous prie bien instamment de continuer à m’eu parler, ainsi que de vos projets pour l’été.

Veuillez, ma chère maman, quand vous en trouverez l’occasion, parler de moi à l’empereur et à l’impératrice ; et dire mille choses aimables, de ma part, à Caroline et à Pauline.

Croyez que rien n’égale le tendre et respectueux attachement de votre dévouée fille,

Catherine.

Le cardinal écrit, le il mai, de Paris, au roi Jérôme (1) :

Votre mère attend toujours que vous lui mandiez si l’empereur ne trouverait pas de difficulté qu’elle partit pour les eaux, au commencement de juin. Elle croit fort inutile de rester à Paris, pendant les fêtes, puisqu’elle n’y assiste pas ; elle a d’ailleurs grand besoin des eaux. On dit à Paris que l’empereur l'engagera à lui donner une fête. Elle n’en sait encore rien et voudrait être prévenue. Elle souhaiterait que cette fête fût une des premières, afin de ne pas laisser passer la saison des eaux.

Votre mère est souvent tourmentée de sa migraine, etc...

Fesch.

La maison de Madame Mère se trouvait alors plus triste ou plus sévère que jamais ; et le séjour en était difficile, soit à ses dames, soit à ses officiers. Elle se sentait affaiblie par les épreuves physiques et morales, en se décidant, d’après l’avis des médecins

(I) Registre de correspondance du cardinal Fesch {de môme pour les lettres suivantes).

et les instances de son frère, à partir pour Aix-en- Savoie, et à y prendre les eaux.

Elle devait y rencontrer, à son insu et sous d’autres influences de tristesse, l’ex-impératrice Joséphine, abandonnant le domaine de Navarre et sa retraite de la Malmaison, pour des sites plus pittoresques. Son existence, depuis le divorce, paraissait si malheureuse, qu’elle devait inspirer à Madame Mère une véritable compassion.

L’empereur le savait et cherchait à préparer la paix en multipliant, en France, les fondations de bienfaisance et de charité si appréciées par sa mère. Telles furent, pendant son séjour à Saint-Cloud, dans le courant d’avril, l’institution des sœurs de Saint- Joseph, à Lyon et la création de dépôts de mendicité dans divers chefs-lieux de département.

Napoléon essaya ensuite d’obtenir la paix internationale, et alla, en premier lieu, chez son allié le roi de Saxe, qui l’accueillit avec cordialité, à Dresde, en l’entourant d’une cour de rois et de princes de l’Europe.

Pendant ce temps et jusqu’cà son départ pour Aix, Madame Mère s’était retirée dans la solitude de sa maison de campagne à Pont-sur-Seine. Elle priait Dieu, chaque jour, pour la paix de la France et pour le salut de son fils, en le préservant des malheurs de la guerre. Puis elle attendait des nouvelles des siens, en écrivant à son frère de venir la rejoindre à Aix, avëc autorisation de l’empereur.

Le cardinal, en tournée, lui répondait (1) :

Saint-Laurent-de-Chaïuouny, le 16 mai 1812.

D’après la permission que l’empereur vous a donnée, j’irai vous retrouver à Bourbonne-les-Bains, dans le mois de juillet, espérant vous ramener passer quelque temps, à Lyon, avec moi. Je ne serai libre de partir d’ici quà la fin de juin, à cause que j’ai annoncé à dilTérents cantons que je les visiterais, etc. Ces raisons m’empêchent de me rendre, sur-lechamp, à Pont, comme vous m’y engagez.

Cependant je crois que les eaux de Bourbonne ne devraient pas vous convenir; consultez bien vos médecins et, dans le cas où les eaux d’.\i.x-en-Savoie vous seraient.plus propices, écrivez-moi sur-le-champ.

Suit, deux jours après, une nouvelle lettre du ■cardinal à Madame Mère :

Lyon, le 18 mai 1812.

La reine de Naples est arrivée, ce matin, à quatre heures. Elle se porte bien; j’espère qu'elle passera avec moi deux ou trois jours. Elle me dit que la princesse Pauline, ainsi que la reine d’Espagne viennent aux eaux d’Aix-en-Savoie. 11 serait bien mal à vous de ne pas vous y trouver, avec une grande partie de votre famille. Je vous presse de me répondre que vous préférez ce parti, et dès lors, j’expédierai une personne à Aix, pour trouver l’habitation convenable et pour arrêter la location. Lorsque la chose sera faite, j’enverrai des chevaux, de l’argenterie et même de la batterie de cuisine, s’il est nécessaire, ainsi que du vin.

Je vous propose môme de vous servir de ma maison, tant pour la cuisine que pour l’office de mes valets de pied, et peut-être du cocher et du piqueur. Je ne tiens pas à ce qu’ils portent ma livrée ; vous pouvez envoyer la vôtre qu’ils endosseraient. Quant aux valets de chambre, les vôtres et les miens

(1) Registre de correspondance du cardinal Fesch.

sont habillés de niéincj ainsi, vous pourriez vous dispenser d’emmener ces gens-là.

Je ne vous parle pas de la dépense; vous savez que je ferai tout ce qui vous plaira. 11 serait nécessaire que vous me donnassiez la note des maîtres, leurs qualités et le nombre de domestiques que vous emmènerez. La qualité des maîtres serait nécessaire, afin que celui que j’enverrais, puisse destiner les appartements à une plus grande ou plus petite proximité, si on ne pouvait trouver une maison qui contint tout le monde. Je serai heureux de me réunir a vous et de passer avec vous une partie de l’été.

Pendant ce temps une entrevue de deux empereurs alliés précédait l’heure des hostilités de la Russie.

Le cardinal mande, le 5 juin, de son archevêché de Lyon, à M. de Quélen, que Pasqualini est allé retenir une habitation pour Madame Mère et sa suite, dans la ville d’Aix-en-Savoie. Il a loué, au prix de deux louis par jour la maison Domanget.

On pensait que Madame partirait avant le 15 juin et s’arrêterait à Lyon, chez son frère, pendant deux ou trois jours. Elle ne vint qu’un peu plus tard à Aix, pour passer une saison de bains, mais elle dut rentrer plus tôt à Paris, pour de sérieux motifs.

Le plus rapproché, ou le plus regrettable, fut, à la date du 6 juin, la mort de M. Guien, secrétaire des. commandements de Madame Mèi-e. Il était remplacé, dès le lendemain, par M. Decazes, conseiller à la cour impériale de Paris. Telle fut l’origine de la carrière politique du célèbre homme d’Étal, qui en dut quelque chose à la mère du souverain et à ses bons services auprès d’elle.

La première lettre écrite par M. Decazes, au nom de Madame Mère, s’adressait, le 8 juin, à l’impératrice Mai'ie-Louise, avant que Madame quittât Paris, le 22, pour se rendre à Aix-en-Savoie, où son frère devait la rejoindre, après avoir encouru la disgrâce de l’empereur.

Elle i*edoutait la nouvelle guerre et ses fatalités, sans savoir encore que la grande armée passait le Niémen, le 24 juin et que le lendemain, 25, la déclaration de guerre était prononcée par l’empereur de Russie.

Ce fut à la même date du 25 juin que Marie- Louise adressa une réponse pleine de quiétude à sa belle-mère, lui apprenant du moins les préliminaires de cette campagne lointaine, bientôt transformée, par l’intensité du froid, en une désastreuse retraite.

Ici se place la lettre autographe de l’impératrice Marie-Louise (signée) à Madame, mère de l’empereur (i).

Prague, le 25 juin 1812.

Jla chère maman,

Quoique cette lettre ne vous trouvera plus à Paris, et que je ne sais pas si elle vous parviendra exactement, je m’enpresse de vous témoigner toute ma reconnaissance pour votre aimable lettre du 8 juin, que j’ai reçue il y a peu de jours. Vous êtes trop bonne de vouloir m’excuser parce que je ne vous ai pas écrit aussi souvent que mon cœur le désirait ; mais je n’ai pas une minute de temps à moi. Ma famille me dérobe chaque minute et môme, dans ce moment, je suis

(1) Le Château de la Malmaison, par M. de Lescure, vol. in-8,

entourée de mes sœurs qui font un tel vacarme, qu’il faut que vous ayez de l’indulgence pour toutes les fautes d’orthographe que vous remarquerez dans cette lettre.

Je fais bien des vœux pour que les eaux d’Aix-en-Savoie vous fassent tout le bien que vous en attendez. S’ils vous font tout celui que le cœur de votre tille vous désire, vous serez bientôt entièrement guérie. Je partage bien vivement la satisfaction que vous éprouverez, dans ce moment, de revoir le cardinal, car on m’a dit qu’il viendrait vous voir aux eaux.

L’empereur se porte à merveille. 11 est toujours dans les environs de Kœnigsberg, toujours occupé, toujours à cheval, mais il ne s’en porte que mieux, et la seule consolation que j’éprouve, pendant son absence, est de pouvoir penser que ses fatigues ne me donnent pas lieu de craindre pour sa santé. 11 m’écrit bien souvent, et chaque jour où je reçois une lettre, est un jour de bonheur pour moi.

Je vous suis bien reconnaissante, ma chère maman, des nouvelles que vous me donnez de mon fils. Il me tarde bien de le revoir, ainsi que vous, pour vous remercier de toute l’amitié que vous me témoignez et que je n’oublierai jamais.

Ma santé est très bonne, j’engraisse même, mais rien ne peut me consoler de l’absence de l’empereur, pas môme la présence de toute ma famille, qui est ici et qui me témoigne une tendresse touchante. Je vais voir les environs; le temps me seconde, car il fait bien beau. Je crois que je partirai, sous peu de temps, d’ici, pour retourner à Paris; mais je vous marquerai encore, plus tard, le jour de mon départ.

Je vous prie de me donner de vos nouvelles et d’être persuadée de la tendre et respectueuse amitié avec laquelle je serai toute ma vie, ma chère maman, votre très attachée et obéissante fille.

Louise.

Malgré les sentiments d’affection filiale exprimés dans cette lettre et les protestations de tendresse de l’impératrice, Madame Mère éprouvait peu de sympathie pour Marie-Louise. L’empereur en paraissait

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blessé, mais devait reconnaître, un jour, que sa mère avait eu trop raison. Madame se sentait gênée, non seulement auprès, mais encore loin de sa belle-fille. Madame, en effet, tenue à l’écart de la politique, par ses goûts et ses habitudes, comprenait bien qu’elle ne pouvait prétendre émettre son avis sur certaines questions des affaires de l’État, et elle savait s’en abstenir, ne fût-ce que sous le prétexte pour elle, des difficultés de la langue française. Mais aussi elle comprenait qu’avec le plus simple encouragement de l’empereur, à dire ce qu’elle pensait de telle ou telle situation délicate mise à sa portée, elle serait à môme d’en exprimer nettement sa pensée.

Il n’en était pas ainsi, dans ce temps d’agitation européenne ou d’une guerre déclarée par l’empereur de Russie, le souverain le plus sympathique à Napoléon. Madame Mère s’en trouvait loin, par les idées personnelles de son fils à son égard, quoiqu’il eût dit d’elle, peu d’années après (1) : « Ma mère était faite pour gouverner un royaume ! » Elle aurait représenté pour lui, en France, ce qu’était alors, en Russie, l’impératrice, mère du Czar.

Telle n’était pas toutefois la situation de Madame Mère, à cette époque de son histoire. Elle croyait même avoir encouru, comme son frère le cardinal et comme ses fils, Joseph, Lucien et Louis, une part du mécontentement de l’empereur et elle ne se

(1) Souvenirs de la captivité [Correspondance de Napoléon /“■■).

MADAME MÈllE.

trompait pas. fout an reconnaissant, par exemple, les torts de la résistance opposée par le cardinal à la volonté du souverain envers le pape. Madame Mère ne méconnaissait point les droits de cette volonté suprême. Elle savait mieux que personne ce qu’avait fait l’empereur pour l’élévation rapide de l’abbé Fescb aux plus hautes dignités de l’Église, et elle ne l’oublia jamais.

Ce fut seulement du 2 au 3 juillet que Son Altesse put arriver à Aix, où le cardinal vint la retrouver. La princesse Pauline, toujours soutirante, l’y rejoignit, de son côté, ainsi que la reine Julie. Peu de monde, du reste, entourait ces dames. Vivant, le jour, très retirée, Madame Mère était obligée, le soir, d ouvrir son salon à des visiteurs, qui n’auraient pu, autrement, l’approcher. Sa dame d’honneur, la baronne de Fontanges, l’avait suivie, avec son nouveau secrétaire et le comte de Beaumont, son premier écuyer. Diverses personnes de la cour, restée déserte à Paris, des femmes d’officiers généraux et autres, recevaient de leurs maris des lettres de la grande armée, en Russie ; ces nouvelles, apportées à Madame, intéressaient toute la France.

La déclaration de guerre avait donc été faite par l’empereur de Russie, en date du 2o juin, et le 6 juillet. Napoléon y répondait, en entrant sur son territoire. La nouvelle en fut transmise à Madame Mère, plus anxieuse qu’aucune autre femme d’apprendre la réalisation de ses pressentiments.

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Elle ne pouvait y faire diversion (jue par d autres inquiétudes, présentes auprès d’elle. C’était la santé de la princesse Pauline, atteinte de plus graves accidents, à Aix. Les premières lettres adressées par iMadame Mère au prince Borghèse lui paraissaient rassurantes, mais cette espérance se trouvait détruite par d’autres renseignements plus autorisés. Le mari de Pauline écrivait, à son tour, au cardinal Fescli, une lettre datée de Turin, le 18 juillet, lui exprimant ses craintes. Madame fut môme obligée de prolonger son séjour à Aix, pour y assurer les soins nécessaires à sa fille, pendant plus d’un mois encore, et, le25 août, le cardinal adressait à l’abbé Lu cotte ces quelques mots seulement : « Madame partie d’ici, avant-bier, en bonne santé, sera, cette nuit, à Pont. »

Elle ne s’attendait pas, pourtant, à trouver le repos moral à sa maison de campagne, car, à dater du mois d’août, jusque vers la fin de l’année, ses inquiétudes maternelles vont suivre les nouvelles et les récits de la guerre, depuis son origine jusqu’à l’incendie de Moscou, à travers toutes les souffrances de la désastreuse retraite. Chacun des événements de cette fatale campagne, annoncé à Madame Mère, jetait l’émoi dans son cœur.

Le 23 septembre éclatait à Paris, pour avorter aussitôt, la conspiration dite du général Mallet^ annonçant la déroute de l’armée française, la mort de l’empereur et les fausses conséquences de cette catastrophe supposée. Mallet et ses complices, tra-

(luits devant un conseil de guerre, étaient, peu de jours après, jugés, condamnés et fusillés. Ni Madame Mère, ni l’impératrice n’avaient plus à s’alarmer^ tandis que la reine Hortense adressait, le 25 octobre, à son frère le prince Eugène, une lettre affectueuse pour le rassurer, en ajoutant ; « C’est surtout le bruit de la mort de l’empereur qui a consterné Paris (1). »

Madame attendait avec anxiété le retour de son fils, obligé comme tant d’autres, par l’intensité du froid, de faire une partie de la route à pied, en s’exposant à devenir le prisonnier des cosaques. Telles étaient les nouvelles parvenues en France, nouvelles sinistrea (jue l’on s’efforçait d’atténuer auprès de la mère du malheureux souverain.

Napoléon rentrait enfin à Paris et arrivait aux 'Puileries, le soir du 18 décembre, exténué de fatigue et dans le plus triste dénuement. Il n’eut pas besoin, comme on l’a prétendu, de faire appel aux économies de sa mère qui, spontanément, lui offrit un million, pour ses dépenses les plus pressantes, et se trouvait heureuse de revoir son fils sain et sauf, après cette fatale campagne de Russie.

(1) Lucien Bonaparte et ses mémoires, t. III.

Intervention de Madame Mère, pour réconcilier le chef de l’État avec le chef de l’Église. — Ses lettres a la princesse Élisael à son lils Louis. — Réponse de Louis. — Rapport du nouveau secrétaire des commandements. — Deux lettres de la princesse Pauline à M. Decazessur le collier de diamants, dont elle veut offrir le prix à l’empereur. — Coalition étrangère contre la France. — Napoléon confie la régence à l’impératrice. — Dévouement conjugal de la reine Catherine. — Mort du maréchal Duroc. — Lettre de Marie- Louise à Madame Jlère. — Lucien offre ses services à Napoléon. - Rencontre de l’empereur d’Autriche à Dresde. — Encore la généalogie. — Visite de la reine Catherine à Pont. — Lettre de Madame à la princesse Élisa. — Anniversaire du 15 août aux Tuileries, et le 25, fête de Marie-Louise, la veille de la bataille de Dresde. — Lettres de dames hospitalières à Madame Mère — Lettres du roi Jérôme à sa mère. - Visite de la Co7itemporav.e, apportant des nouvelles de la princesse Élisa. — Lettre de .Madame au cardinal.

Le premier jour de l’année 1813 fut, pour les gens superstitieux, un jour néfaste. La pauvre Joséphine y retrouvait les impressions de son origine créole et le contraste de son bonheur passé avec son malheur présent. Cette année s’ouvrit néanmoins, sous de meilleurs auspices, grâce au bon génie de Madame

Mère et à sa fervente intervention auprès de l’empereur, pour rapprocher de lui le cardinal, et pour réconcilier le chef de l’État avec le chef de l’Église, retenu plutôt que détenu au chAteau de Fontainebleau.

L’empereur, à l’occasion du nouvel an, et grâce à l’intervention de sa mère, envoya un chambellan au pape, afin do le complimenter et vint en personne, avec l’impératrice, lui témoigner des égards qui semblaient oubliés. Le pape s’en montra louché. Il était bon, généreux et sympatbique au souverain qu’il avait offensé, en se voyant olfensé à son tour. Dans ces conditions et sous de tels auspices, furent entamées, suivies et conclues, les négociations favorables au nouveau concordat. Madame Mère croyait à peine que son intervention si simple dans les préliminaires de ce grand acte de paix, entre l’État et l’Église, eût contribué à sa promulgation. Il donnait à la religion de sérieuses garanties, en rétablissant et en alTermissant des croyances fort ébranlées jusque-là.

La lettre suivante de Madame Mère à sa fille aînée la princesse Élisa, lui annonce la réconciliation de l’empereur et du pape, sans en faire valoir, de sa part, la moindre influence. Elle informe sa fille du rappel du cardinal, pour assister, avec Leurs Éminences, ses collègues, à la déclaration officielle du concordat de Fontainebleau. La lettre de Madame commence par des souvenirs du nouvel an, et finit

par des vœux illusoires pour le couronnement du roi de Rome (1 ).

Paris, le 28 janvier 1813.

Ma chère fille,

J’ai reçu la jolie corbeille que vous m’aviez annoncée. Vous ne pouviez m’envoj'cr rien qui me fût plus cher. Votre portrait, à la vérité, n’y est pas bien ressemblant, mais celui de Napoléon l’est d’une manière frappante. J’en ferai l’usage que vous désirez.

Par la môme occasion, j’ai aussi reçu la petite caisse de cédrats, que j’ai trouvé excellents. Je vous l’eraercie bien de l’une comme de l’autre. Ma santé est assez bonne, malgré la continuité du mauvais temps.

L’empereur et l’impératrice sont attendus, de retour de Fontainebleau, d’aujourd’hui à demain.

Je suppose que vous avez déjà connaissance de l’accommodement avec le pape, qui s’est fait à Fontainebleau, dans ces derniers jours. C’est une des meilleures nouvelles dont nous puissions nous réjouir. Elle me procurera, en outre, le plaisir de voir ici votre oncle. L’invitation est déjà partie, pour qu’il ait à se rendre, de suite à Fontainebleau, avec les autres cardinaux et un certain nombre d’évèques.

Je ne sais si j’aurai la satisfaction de vous embrasser vousmôme, ici, au prochain couronnement du roi de Rome. Vous ne doutez pas de toute la consolation que j’en éprouverais.

Pauline me mande qu’elle commence à aller un peu mieux.

J’ai des nouvelles de Louis, des premiers jours de ce mois. Sa santé se soutient.

Adieu, ma chère fille, je vous prie de dire mille choses affectueuses au prince, d’embrasser ma chère petite Napoléone et d’être bien persuadée de toute l’affection et de la tendresse

Delhi vostra affecl^'^ Madré.

(1) Copie de la deuxième des lettres (sur neuf) communiquées de la part de S. M. l'impératrice Eugénie, en 1884.

Madame Mère à son fils Louis (d).

Mon cher fils,

Paris, 20 février 1813.

Vos lettres du l®'’ et du 2 janvier m’ont été remises par l’empereur. 11 m’a communiqué, en même temps, celle que vous m’adressiez pour lui. Je ne peux pas vous dire combien j’en ai éprouvé de satisfaction et de contentement.

Je bénis le ciel, du fond démon àme, de vous avoir inspiré cette démarche dans la circonstance actuelle. Elle fait honneur à votre cœur, aussi bien qu’à votre esprit ; et je vous en aimerais davantage, si ma tendresse pour vous était susceptible d’augmentation. Mais ce n’est pas assez, mon cher fils, d’avoir fait un premier pas; il faut ne pas se rebuter et couronner l’œuvre.

L’empereur m’a fait lecture de la réponse qu’il vous a faite. Autant que je peux en juger, à part l’article de la Hollande, vous devez en être content. Il finit par vous engager fortement à le venir rejoindre à Paris, et je joins mes instances aux siennes pour Amus prier de ne pas vous refuser, cette foi.s-ci, à son invitation. Je vous le demande, au nom de tout ce que vous avez de plus cher et comme la plus grande preuve que vous puissiez me donner de votre attachement : Je vous l’ordonne, s’il est nécessaire, comme votre mère.

Si je pouvais confier au papier tous tes motifs puissants qui vous appellent à Paris, je suis sûre que vous n’hésiteriez pas un instant à quitter votre exil et à vous rendre au sein de votre famille ; mais c’est assez de vous dire que votre présence ici est de toute urgence, et beaucoup plus nécessaire que vous ne pouvez l’imaginer de loin. Mettez de côté toutes les raisons qui pourraient encore votre tenir loin de nous : N’écoutez que la A'oix de la nature; rendez-vous à votre famille qui a besoin de vous dans ce moment. La circonstance d’ailleurs ne peut pas être plus favorable pour

(1) Archives de la cour d’Autriche. Copie de lettre adressée par le baron d’Arnelh,

vous. Votre retour, dans cette crise, excitera la même admiration dans l’Europe, qu’a excité votre fermeté de caractère, depuis trois ans. Le public applaudira à votre noble dévouement.

Et puis, quelle consolation n’éprouverez-vous pas de revoir vos enfants, de surveiller, de près, l’éducation de votre Napoléon, qui est si aimable, si intéressant et qui donne déjà tant d’espérance! 11 vous fera oublier, je n’en doute pas, tout le passé.

Je ne vous répéterai pas ce que je vous ai dit mille fois sur mon compte. Je vous devrai le calme et la tranquillité de mon âme, si vous revenez; dans le cas contraire, vous vous aurez à vous reprocher d’avoir abrégé les tristes restes de mes jours et de m’avoir fait descendre .au tombeau, sans regretter la vie.

Ma santé se soutient passablement jusqu’ici. Paulette me mande qu’elle commence à aller mieux. Votre oncle est toujours à Lyon où il jouitd’une bonne santé. I^a reine d’Espagne vous donne de ses nouvelles directement. L’empereur, l’impératrice et le roi de Rome se portent bien.

L’empereur a oublié de me remettre vos poésies; mais je vais les lui demander et vous en parlerai dans ma première lettre.

Adieu, mon cher fils ; ne me faites pas désirer votre réponse, et qu’elle soit conforme aux vœux de mon cœur. Je vous embrasse de toute mon àmc.

Vostra affecL^^ Madré.

Lettre de Louis à Madame Mère (i).

Grœtz, 7 mars 1813.

J’ai reçu votre lettre du 2ô février, avec celle de Julie. Si je suis resté longtemps à vous répondre, c’est parce que cela

(1) Archives de ta cour d'Autriche. Copie transmise par le baron d’Arneth.

lient à des choses qui m’affectent trop pour que j’en puisse parler tranquillement.

Pourquoi, ma chère maman, me faire toujours redire les mêmes choses? Je ne puis rester qu’en Hollande, devenue, malgré moi, mon pays, depuis 1806. Je consentirais à redevenir Français, si mon frère voulait rendre la Hollande à mon fils et consentir à ce que je devinsse simple particulier. Que puis-je faire? Aller en France, y voir des Hollandais infidèles et paraître remercier, par ma personne, mon frère de ce qu’il m’a ôté, ainsi qu’à mes enfants, le trône qu’il avait tant contribué à me faire obtenir? S’il ne peut ou ne veut convenir

que j’ai été forcé d’abdiquer, et soutient que j’ai quitté mon royaume par ma seule volonté, peut-il disconvenir que mon fils au moins n’a point abdiqué? 11 n’avait rien fait pour qu on le déshéritât, ainsi que son père! Non, ma chère maman, je souffrirais mille fois plus, en restant à l’étranger ; je souffrirais plutôt mille morts, que de faire ce qui est contre ma conscience et mon devoir. Ne m’en parlez plus. Cependant si jamais mon frère pouvait reconnaître la vérité, soyez assurée que je ne perdrais pas une minute pour me placer dans une situation naturelle, seule faite pour moi. Mais je crains que nous ne soyons trop près de grands et terribles événements, contre lesquels les intrigues de ses ennemis et l’amour-propre d’un grand homme l’empêchent de combattre et d agir efficacement, ou de chercher à les prévenir, ainsi que cela serait si nécessaire.

Adieu, mes amitiés à Julie et ses enfants; j embrasse Pauline et mon oncle.

Votre très mal et résolu fils.

Le rapport suivant, adressé à S. A. I. Madame Mère par le secrétaire de ses commandements, pourrait s’analyser en peu de mots, s’il n’offrait de l’intérêt par la multiplicité des demandes soumises à Madame

Mère.

Madame,

Je prie Votre Altesse Impériale de daigner me donner ses ordres sur les diverses demandes ci-jointes qui lui ont été adressées :

t“ Les administrateurs de l’hospice de Tournon demandent que Votre Altesse Impériale sollicite du gouvernement 3000 fr. pour la confection des bâtiments de l’hospice.

2“ La supérieure des filles de la Charité de Saint-Pont, département de l’Hérault, demande que Votre Altesse obtienne pour sa communauté un secours annuel de 400 francs pour avoir un aumônier.

3“ La supérieure des sœurs de la Présentation, à Joinville, demande à être autorisée à acheter une maison et ù quitter Joinville. Elle demande aussi à quitter l’habit bleu pour le noir.

4° La fille Kenem expose qu’elle désire entrer dans une communauté, mais qu’elle n’a pas de quoi payer la dot, ou elle demande à en ôtre dispensée.

Le sieur Gobert, passementier, demande une recommandation à M. François, pour une dame Demant qui désire un bureau de tabac.

6“ Les administrateurs de l’hospice de Fontenay demandent à Votre Altesse Impériale des secours pour leur hospice.

7“ Même demande de la part de ceux de Romoranlin et lettre d’envoi du préfet.

8° Les autorités de Bagnères demandent deux sœurs de la Charité (29 février 1812).

9° Même demande de celles de Chatou.

10“ Les religieuses augustines de la ville de Valognes (département de la Manche) se plaignent de ce qu’on leur fait loger des gens de guerre.

11“ Les religieuses de l’hospice de Roanne, du diocèse de Lyon, sont en dispute avec le curé. Elles adressent à Votre Altesse Impériale un mémoire pour Mgr le cardinal, leur archevêque.

12“ Les sœurs de Saint-Charles d’Angers demandent un secours extraordinaire du gouvernement.

13° Le ministre des linanccs fait connaître qu’il n’a point trouvé de maison plus grande pour le chef delà communauté des sœurs de Saint-Vincent de Paul.

14“ Le ministre de l’intérieur assure la première place vacante aux Sourds-el-Muets à mademoiselle de Vilette.

15“ Votre Altesse Impériale me fait connaître ses ordres sur la demande du prieur du Mont-Cenis.

16“ Le ministre de l'intérieur a fait ce que Votre Altesse désirait pour les sœurs ursulines de Dôle.

17“ Le sieur Soeff, ancien portier de Votre Altesse Impériale, implore ses secours.

18“ Même demande de la veuve Le Préfet, veuve d’un lieutenant colonel tué à Eylau.

19“ Même demande du sieur Le Brun, ex-religieux.

20“ M. d’Orvillier demande que la rente due (à lui) soit affectée à sa commune et non à celle de Meaux.

21“ D’après les ordres de Votre Altesse j’ai recommandé à M. le comte de Montalivet M. Ducoudray, et à M. le comte Duchatcl, M. Bardarier, etc.

Deux lettres adressées au duc Decazes, secrétaire des commandements de Madame Mère, par la princesse Pauline, exposent, avec des détails précis, la valeur considérable d’un collier de diamants bien connu du joaillier Picot (1). La première lettre recommande de porter ce collier h Madame Mère, avec le prix d’estimation, de 2H 000 francs. La princesse indique 100000 francs comptant et le reste en billets : cet argent lui servirait à acquérir un château en Westplialie, où la princesse désire se retirer. La seconde lettre adressée par elle au duc Decazes, pour être soumise aussi à Son Altesse

(1) Ve/ites d'autographes, par Étieuue Charava}', 1859 et 18G6.

Impériale, lui signale onze pièces relatives à ce collier. L’énumération de ces pièces comprend deux lettres, des notes estimatives, un dessin du collier de diamants, l’appréciation de leur valeur et la facture de vente. Une lettre confidentielle de la pauvre princesse, retombée malade, recommande le secret sur les détails donnés par elle relativement à ce collier, en demandant qu’il soit présenté à Madame Mère. Elle se proposait enfin, dans la prévision des catastrophes de la guerre, d’offrir la valeur de ce collier à l’empereur, qui pourrait en avoir besoin dans une adversité prochaine. Pauline savait qu’un argument pareil auprès de leur mère serait décisif, pour obtenir ce qu’elle lui faisait demander, sous le sceau du secret.

Une coalition formidable se déclarait contre la France. L’armée russe unie à l’armée prussienne, dès les premiers jours de mars, par une alliance entre les deux nations, arrivait en vue de Dresde et les forces hostiles déclaraient privés de leurs États les princes qui ne se joindraient pas à cette coalition.

L’empereur Napoléon annonçait, le 23 mars, au Corps législatif, qu’il allait se mettre à la tète de l’armée et en prescrivant les préparatifs nécessaires, à la défense du pays, il donnait un ordre salutaire pour le service des ambulances et des hôpitaux.

Il pouvait, à la veille de soutenir cette nouvelle campagne, en redouter les suites, après la désastreuse retraite de Russie. Il se décida donc à constituer une

régence et à la confier à l’impératrice, dont il voulait consolider le pouvoir par l’expérience de l’archichancelier Cambacérès.

Napoléon n’avait pas, alors, de tendance à désigner l’un do ses frères pour guider la régente, quoique Joseph, l’aîné de la famille, lui offrît, à cet égard, les garanties les plus désirables. Telle était l’opinion de Madame Mère sur le choix à faire de Joseph, certain de son estime et de son affection maternelles. Madame seule, de sa famille, à défaut de son fils aîné, aurait pu faire intervenir, auprès de l’impératrice régente, l’autorité de son âge et de son rang, la sagesse de sa raison et la fermeté de son caractère. C’est à de tels titres, avec de si hautes qualités, que Son Altesse Impériale eût dignement occupé la place de régente honoraire de l’empire.

Napoléon ne méconnaissait pas tous les titres de sa mère à cette haute mission; mais il pouvait craindre, de sa part, le libre arbitre de son jugement et l’impartialité de ses opinions. Il ne lui assigna qu’un l’ang secondaire à la régence et il dut le regretter plus tard, dans la solitude ou l’isolement de ses souvenirs. Sans la nommer régente honoraire de l’empire, il chercha néanmoins à donner un témoignage public de sa déférence pour Madame Mère, en l’appelant, le 30 mars, au palais de l’Élysée, à prendre place dans le conseil de cabinet, avec mission d’instituer la régence de 1 impératrice Marie- Louise. Les femmes dignitaires siégeant auprès d’elle.

étaient : la reine d’Espagne, la reine de Hollande et S. A. I. et R. Madame, mère de l’empereur et roi.

Après lecture du décret instituant la régence, l’impératrice Marie-Louise jura d’accomplir dignement comme régente, la triple mission de bonne épouse, bonne mère et bonne Française, selon les lois et la constitution de l’empire, et de rendi’e ses pouvoirs, dès que son époux le voudrait.

Il faut rappeler, à l’égard de Madame Mère, un noble exemple de dévouement conjugal qui mérita toute son admiration. L’empereur était à la veille de partir de Saint-Cloud, le 15 avril, pour aller, à Mayence, prendre le commandement de son armée, tandis que le roi de Saxe refusait noblement d’entrer dans la coalition contre la France. La reine Catherine de Westplialie, en résidence au cbîUeau de Meudon, avait écrit, le 14 avril, à son père, le roi de Wurtemberg, une lettre de tendre affection, et n’oubliait pas Madame Mère qu’elle aimait beaucoup. Elle disait (1) : « Je vais quelquefois A'oir l’empereur et l’impératrice ; mon devoir et mon inclination m’y portent ; quelquefois aussi Madame Mère, qui me comble d’amitié. »

Telle était la situation de la reine Catherine, ayant dû abandonner Cassel, au moment de la déclaration de guerre, dans l’espoir de revoir, en France, son époux le roi Jérôme. Le frère de la reine, le^

(I) Correspondance de la reine Catherine, t. II.

prince royal de Wurtemberg, et le roi lui-môme, méconnaissant leur alliance avec Napoléon, voulurent obliger la reine Catherine à se séparer de son mari. Elle écrivit sans délai à sou père une lettre touchante et digne, témoignant sa tendresse pour Jérome, sa fidélité à ses devoirs d’épouse, et refusant avec fermeté de se séparer de son mari : « Ma résolution, écrit-elle, est inébranlable là-dessus; elle m’est inspirée par le sentiment et par l’honneur... » Et elle tint parole. Madame, jusque dans les derniers temps de sa longue existence, se rappelait avec émotion, cette noble conduite de sa belle-fille.

L’empereur allait déplorer déjà la mort de l un de ses compagnons de guerre les plus dévoués, de l’un de ses amis les plus vrais. Le maréchal üuroc, bien connu de Madame Mère, était blessé mortellement, à la bataille de Würlzen, par un boulet de canon qui tuait, en même temps, le général Kirschner. Et si Napoléon en personne, exposé au feu, n’éprouva pas le môme sort, c est que sa destinée n’était pas là.

Fort affligé de la mort de Duroc, expirant auprès de lui, l’empereur recevait, en môme temps des nouvelles de IMadame Mère, et par un hasard providentiel, une lettre touchante de Lucien, lui donnant encore une preuve de son attachement. Lucien lui offrait de le rejoindre à l’armée, en sortant de sa détention en Angleterre. Napoléon, ému de la lettre de ce frère disgracié par lui, ne pouvait mieux y

répondre qu’en adressant à leur mère un tendre remerciement.

« Madame pleura de joie, dit madau)e d Abrantès(l), en lisant cette lettre. Elle y voyait enfin la cessation de cette lutte fraticide qui lui coûtait des larmes, depuis dix années. » Son éloge renouvelé, à ce sujet, par l’auteur des Mémoires, réfute une fois de plus les critiques des gens qui ne savaient pas appréciai Madame Mère comme elle mérilait de l’être. Et môme temps que la lettre de l’empereur relative à Lucien, Madame Mère recevait de l’impératrice Marie-Louise la lettre suivante (2) :

Saint-Cloud, 25 mai 1813 7 heures du soir.

Ma chère maman.

Je viens de recevoir la nouvelle que l’empereur a gagné une bataille à Bautzen; il se porte bien et ne s’est pas exposé un instant. J’espère que cette seconde bataille aussi décisive, nous amènera la paix et le retour de l’empereur.

J’aurais bien des choses à vous dire encore, ma chère maman, mais je ne veux pas retarder d’une minute le plaisir que vous causeront ces bonnes nouvelles.

Je vous prie de croire à. tout mon tendre attachement, ma chère maman.

Votre très attachée fille,

Louise.

Cette lettre fait supposer que Marie-Louise ne savait pas le danger couru par l’empereur, le 20 mai,

(1) Mémoires de la duchesse d’Abrantès, t. XVI.

(2) Lettre extraite de la collection Morisson {de Londres) et transtnise par M. Thibaudeau.

à Baulzen, où il resta exposé au feu de l’ennemi, pendant toute la durée de la bataille, comme un simple combattant.

Ce n’était pas assez qu’en 1810, après le mariage de Marie-Louise, l’empereur d’Autricbe eût fait rechercher les titres officiels constatant l’origine ancienne et .nobiliaire de la famille Bonaparte en Italie. L’empereur François, se rencontrant à Dresde, en mai 1813, avec l’empereur Napoléon, voulut lui démontrer de nouveau, d’après des pièces authentiques, la souveraineté ancienne de la famille Bonaparte à Trévise. « On se trompe, lui dit encore Napoléon, en riant, ma noblesse ne date que de Marengo. » La réponse était brève et plus directe que la précédente. Madame Mère, la trouva définitive, dès qu’elle en eut connaissance.

La reine Catherine, invitée par Son Altesse Impériale à venir, dans le courant de mai, passer quelques jours à Pont, en donne des nouvelles à son père, dans une lettre datée de xMeudon, du S juin 1813 (1) :

Mon très cher père,

Je suis Je retour de Pont depuis avant-hier; mon voyage aurait été beaucoup plus agréable, si le temps m’avait mieux secondée; mais nous en avons eu un ici détestable. Madame Mère m’a reçue à merveille, elle est très bonne femme et comme elle me témoigne toujours beaucoup d’amitié, je ne puis que m’être très bien trouvée chez elle.

(I) Correspondance de la reine Catherine, 1887, t. II.

Lettre de Madame Mère à la princesse Êlisa (1).

Pont-sur-Seiiie, le 2S juin 1813.

Ma chère fille,

Je reçois votre lettre du 14 de ce mois, avec colle que Napoléone (fille de la princesse) m’a écrite, dont j|ai été fort contente. Je suis bien aise de savoir que vous n y avez pas touché et que c’est en entier son ouvrage. Je trouve qu’elle fait des progrès rapides et sensibles et je vous en félicite.

Je me console d’apprendre que vous jouissez tous d’une bonne santé, dans ce moment, et j’applaudis à votre projet d’aller prendre les bains de mer. C’est une des choses que je regrette bien de ne pouvoir me procurer dans ce pays-ci et qui merappclle souvent la Corse, dans cette saison.

Je n’irai aucune part, cette année. Je suis à Pont, depuis le 20 du mois dernier. Ce séjour convient à ma santé, aussi bien qu’à mon caractère. J’y suis libre et tranquille, et m occupe à faire travailler à un jardin à l’anglaise, plus encore pour donner du pain aux habitants du pays, que dans 1 espoir de jouir de mon ouvrage.

Pauline a quitté Nice pour se rendre aux eaux de Grévaux d’où l’on me mande quelle est arrivée heureusement et sans accident. Elle espère beaucoup l’efficacité de ses eaux. La reine d’Espagne est partie pour altéra Vichy. La reine de Westphalie a renoncé à aller aux eaux de Forges; elle les prend à Meudon. Elle est venue passer ici huit jours avec moi, et me fait espérer qu’elle y reviendra encore, après les eaux. Votre oncle le cardinal doit être de retour de. sa visite pastorale à Lyon.

Vous avez vu, dans les papiers publics, l’accident affreux arrivé à une des dames de la reine llortense. Il y a longtemps que je n’ai pas de nouvelles de Louis.

Nous attendons ici, avec anxiété, l’issue de la médiation de l’empereur d’Autriche pour le congrès proposé à Prague.

(I) Copie de la troisième des neuf lettres communiquées par S. M . l'impératrice Ewÿénie (j uillet 1884).

Fasse le ciel qu’il ait lieu et qu’il nous amène aussi la paix ! Je sais que l’impératrice et le roi de Home se portent bien. Je suis inquiète du silence de Caroline.

Je vous embrasse de tout mon cœur avec Napoléon et le prince.

Vostra affecl'°^ Madré.

Cette lettre de Madame Mère à sa ülle aînée caractérise bien sa correspondance familiale, donnant, en peu de mots des nouvelles de chacun des siens et se terminant par le vœu qui résumait tous les autres, pour chacune des guerres de l’empire : l’espoir de la paix.

Dans une lettre à ses deux petites-filles, les princesses Zénaïde et Charlotte, filles de Joseph, Madame Mère met bien à leur portée l’expression toute simple de sa tendresse pour elles deux (1) :

Pont-sur-Seine, 18 juillet 1813.

J’ai reçu, mes chers enfants, la lettre que vous m avez écrite, le 12 de ce mois et suis bien aise de savoir que vous jouissiez d’une bonne santé, l’une et l’autre. Je vous engage à continuer de me donner de vos nouvelles qui me sont toujours bien chères. Votre maman m’a donné des siennes de Vichy, et me dit qu’elle commence à éprouver du bien de ses eaux.

Je me porte assez bien et vous embrasse, comme je vous aime, toutes les deux bien tendrement.

La vostra Buona <Mama.

(I) Correspondance du roi Joseph, communiquée par le comte Primoli.

Madame Choûeul de Stainville, ancienne abbesse du chapitre Saint-Louis à S. A. I. Madame Mère (1).

-Aletz, 31 juillet 1813.

Madame,

Permettez que je recoure à Votre Altesse Impériale pour la supplier de s’intéresser à la conservation de l’église de l’hospice général de Saint-Nicolas de cette ville qui est menacée d’être démolie... etc. pour être remplacée par une chapelle...

Madame de Clioiseul démontre, à son point de vue, combien cette décision serait regrettable pour le culte, pour l’édification des malades, etc., et sollicite avec instance Madame Mère de protéger cette église, en assurant son maintien. La lettre est bien faite, mais peut se réduire à cette courte analyse, assez applicable à beaucoup de lettres du môme genre, suivant les attributions de Madame. Telle serait une lettre datée du IS septembre, pour l’hotel-Dieu de Château-Thierry.

On célébrait, le Ib août, la fête de l’empereur, avec l’éclat accoutumé, sans la présence aux Tuileries du chef de l’État, redevenu le chef de l’armée combattant la coalition. Madame Mère n’assistait pas non plus, à la fête, qui était aussi la sienne. Elle vivait si retirée, dans son domaine de Pont-sur- Seine, qu’elle reportait toutes ses pensées d’inquiétude vers son fils et ne pouvait s’en séparer que par l’obligation de ses devoirs, de ses prières et de ses œuvres de charité.

(I) Lettre communiquée par le duc Decazes.

La fête de Marie-Louise, régente, suivit celle de l’empereur, du 15 au 25 août, jour de la Saint-Louis. L’impératrice présida, dans le jardin des Tuileries, le cérémonial de l’ouverture du grand bassin. La souveraine parut triste, préoccupée du présent, à ces deux solennités. Madame Mère le fut davantage, de l’avenir, dans sa retraite solitaire.

Le 26 et le 27 août, l’empereur livrait et gagnait la bataille de Dresde, succédant à celles de Lutzen, de Bautzen et de Würtzen. C’était la dernière grande victoire annoncée à Madame Mère. Cette victoire entraînait à la fois, la mort d’un transfuge, le général Moreau, tué par un boulet de canon français qui lui mutila les deux jambes en traversant le ventre de son cheval. Un autre incident singulier fut raconté à Madame Mère : ce fut le retour immédiat dans les lignes françaises du chien qui avait suivi son maître le général Moreau.

De nouvelles défections entraînèrent la bataille de Leipzig, fatal précurseur d’une dernière invasion.

Une lettre des hospitalières de l'hôtel-Dieu de Château -Thierry à Madame Mère (1) fait à propos diversion à ces graves événements.

15 septembre 1813.

Madame,

Votre Altesse Impériale a daigné, il y a deux ans, honorer de son intérêt, l'hôtel-Dieu de Château-Thierry, et het hospice, dont on avait ordonné la suppression, a été conservé. Il a

(1) Communiquée par le duc Decazes.

reçu, par le concours de toutes les autorités, des améliorations, môme des accroissements, qui, en complétant scs moyens de service, l’ont rendu toujours plus digne de sa destination, et lui promettent la protection plus particulière de son auguste bienfaitrice.

Cependant, Madame, leprojct que votre haute sagesse a fait proscrire, se reproduit sous des modifications qui ne sont qu’apparentes; et Votre Altesse Impériale en sera facilement convaincue.

Proposer d’établir des prisons sur le terrain qu’occupent la basse-cour et les jardins de l’hôtel-Dieu, c’est revenir en effet, à proposer la destruction de cet hospice, que la pudeur et l’humanité préservaient de ce hideux rapprochement. Nous supplions Votre Altesse Impériale de se faire rendre compte des observations que nous déposons à ses pieds.

Enhardies par les premières bontés de Votre Altesse Impériale, nous osons la supplier de faire remarquer à Son Excellence le ministre de l’intérieur, combien est favorable le vœu des administrations locales réunies, dans l’intérêt de l’État et des pauvres, en repoussant de toutes les forces de la vérité et de la justice, les efforts renouvelés d’un déplorable esprit de destruction.

Nous avons l’honneur d’être, etc.

Le roi Jérôme à Madame Mère (1).

nr , , Casse), 18 septembre 1813.

Ma chère maman,

J étais occupé à faire peindre, pour vous, une petite boîte en ernail, depuis trois mois, on y a travaillé et j’espère qu’elle ■vous sera agréable; je vous prie de l’accepter comme une inarque de ma tendresse pour la meilleure comme pour la plus chérie des mères.

Nous sommes toujours dans l’attente de grandes nouvelles

UC té de Berlin; il parait que l’on se repose un peu du côté

(Ij Mémoires et correspondance du roi Jérôme, 18G5, t. VI.

de la Bohême ; l’empereur doit être arrivé à Torgau; que Dieu nous accorde bientôt la paix, c’est le souhait de tout le monde et le besoin de chacun.

Adieu, ma chère maman, je vous embrasse de tout mon

cœur.

Votre affectionné et dévoué fils,

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