SCENE V
MONGODIN, LUCIENNE, ROBERT.
MONGODIN, entrant, une plume à la main. Hein? Quoi ? Qu'est-ce qui a ouvert ça?
LUCIENNE
C'est François. J'avais à vous parler, et...
MONGODIN.
Mais ta tante, petite malheureuse, si ta tante...
LUCIENNE
Pas de danger... elle est sortie!...
MONGODIN.
Tu es bien sûre ?... Alors, parle vite !
Vous ne dites pas bonjour à 'SI. Robert?
MONGODIN.
Fougerolles !... Ah ! ce cher ami !... enchanté de vous voir! c'est-à-dire, non!... si ma femme vous trouvait ici, elle qui ne peut pas vous souffrir... pas enchanté du tout, mais enchanté tout de même... Enfin, vous comprenez?...
ROBERT
C'est vrai, madame Mongodin ne m'aime pas... et je cherche vainement pourquoi ?
MONGODIN.
Qwe voulez-vous ? A ses yeux, vous avez deux grands défauts... D'abord^ vous êtes peintre...
ROBERT
Oh !... peintre !... peintre amateur tout au plus.
MONGODIN.
C'est égal, elle a ses idées là-dessus... Pour elle, les peintres sont des êtres dangereux... mal élevés, qui ont toujours la pipe à la bouche... comme Rubens.
ROBERT, riant.
Oh I vous me flattez I
MONGODIN.
Sans compter qu'un jour elle a vu un de vos tableaux... et dame... c'était un peu... ou plutôt ça n'était pas beaucoup... ça représentait la Charité.
LUCIENNE
Eh bien I mais, c'est un sujet moral.
MONGODIN.
Je ne dis pas... Seulement, votre Charité était si peu vêtue...
ROBERT
Parce qu'elle avait tout donné.
MONGODIN.
Ce n'est pas une raison... Madame Mongodin est très charitable aussi, et pourtant... mais ce qu'elle vous reproche le plus, c'est d'être un parisien, un de ces êtres sans pudeur, qui répandent dans nos provinces l'air vicié de la capitale, se faisant ainsi