ACTE TROISIEME
sais-tu que voilà trente ans que je ne t'avais vu!... Et par quel hasard?
BEKNERET.
Ce n'est pas par hasard, c'est exprés... Depuis que nous nous sommes quittés, j'ai beaucoup voyagé, vois-tu... je reviens d'Amérique où j'ai amassé une petite fortune que je vais manger à Paris... Mais en passant prés d'Alençon je me suis rappelé que j'y possédais un vieux camarade et je m'y suis arrêté... pour te serrer la main. Je repars à onze heures quinze.
MONGODIN.
Ce cher Bernerct.
BERNERET.
Et toi, qu'est'Ce que tu es devenu? Toujours garçon?
MONGODIN.
Pas précisément.
Marié, ah diable !
MONGODIN.
Oui, marié... Ahf tu pars ce soir... moi je pars demain...
BERNERET.
Ah bahl Et où vas-tu?...
MONGODIN.
Dans la Beauce.
BERNERET.
Qu'est-ce que tu vas faire par là ?
MONGODIN.
Une cure... Ga m'est ordonné.
BKRNERET.
Ça doit t'ennuyer de quitter Alençon... une ville si gaie, si pleine de distractions?...
MONGODIN.
Ah I ça, par exemple !
BERNERET.
Si, si, je sais ce que je dis... Du moins, autrefois...
Autrefois?
BERNERET.
Ouil... Et même pour être franc, en dehors du plaisir de te voir, c'est un peu ça qui m'a poussé à m' arrêter ici.
MONGODIN.
Ça, quoi?
BERNERET.
Un souvenir, une aventure charmante...
MONGODIN.
Et c'est à Alençon, que...
BERNERET.
Parfaitement, il y a vingt ans de cela... Je n'y ai passé que trois heures à Alençon, mais ces trois heures-là, je ne les oublierai jamais. J'allais à Brest, et, à Chartres, la Providence avait fait monter dans mon compartiment une petite femme
Hein ?
Quoi?
MONGODIN.
BERNERET