MISE EN SCÈNE
Madame la comtesse Céleste de Vauxchamps , qui était alors penchée à sa fenêtre, se recula tout à coup avec le geste effrayé d'une femme qui aperçoit une araignée ; puis, se laissant tomber sur un fauteuil, où elle demeura comme immobilisée par la terreur, elle s'écria :
« Ah ! mon Dieu ! »
Le comte, très occupé à boutonner son gant, se retourna au cri de sa femme , et , s'approchant d'elle, il lui dit doucement :
« Qu'avez-vous, Céleste? »
La comtesse leva sur son mari ses beau;c yeux , et d'une voix faible elle lui répondit :
(c II va pleuvoir. »
Le comte courut à la fenètro , et dans le ciel , dix minutes auparavant d'une sérénité éblouissante , il vit s'avancer de grands nuages noirs pareils à des fantômes aériens. Au même moment , un violent coup de tonnerre ébranla l'immensité, et de larges gouttes d'eau tachèrent la cour sablée de l'hôtel. Le comte ferma la croisée avec violence, et, se retournant près de la cheminée , il agita une sonnette.
Un domestique se présenta.
(f Faites dételer, lui dit M. de Vauxchamps, nous n'irons pas à la campagne. »
Puis , se rapprochant de sa femme , devenue plus pâle à mesure que le temps devenait plus sombre, il lui dit d'une voix brève qui semblait étrangler ses paroles :
« Vous avez raison, Céleste, — il va pleuvoir. » Et il se mit à marcher à grands pas dans l'appartement. Gomme il passait devant une glace , sa femme aperçut son visage tout décomposé. Un étrange sourire plein d'ironie effleura ses lèvres blêmes, et, levant le poing vers le ciel, il s'écria :
« Enfin ! . . .
— Qu'avez-vous , Félix ? lui demanda sa femme avec inquiétude.
— Ne m'appelez plus de ce nom , il va devenir une ironie », répondit le comte.
Et, s'asseyant près de la comtesse, il de^neura, comme elle , muet et morne , dans l'attitude d'un homme subitement frappé des foudres de la fatalité.