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Le baron do Vogt

très-douce compagnie; j'ai eu presque constamment une belle température, et aujourd'hui même un temps admirable qui m'a permis de contempler la Méditerranée de la route, comme de la promenade élevée de Montpellier. — - Vous m'aviez permis de vous adresser de cette ville une faible marque de souvenir. — J'ai expédié des petites bouteilles d'eau de rose et des meilleurs sachets à ma femme que je prie de vous les faire passer. Ces parfums traverseront une immense distance sans rien perdre de leur force ; je pourrais y trouver quelque emblème de ma fidèle amitié, mais je ne veux pas être trop poétique, même en revenant de Vaucluse. Je ne suis qu'exact en vous disant que cette distance, que cette longue séparation sont un des principaux et presque uniques inconvénients de ma nouvelle position. J'éprouve la même chose à l'égard d'une autre amie, à qui j'ai écrit en passant à une quarantaine de lieues d'elle. Je me sentais le cœur serré de ne pouvoir profiter de ce rapprochement; j'attends avec impatience les nouvelles de son établissement à la campagne; j'espère que vous en avez de votre côté, mais que vous mettez la même discrétion admirable dans cette correspondance; j'espère que vous êtes

toujours ce mélange de dignité et de raison à qui j'ai payé de si sincères hommages; donnez-m'en quelque certitude directe ; ne me laissez rien ignorer de ce qui vous regarde et du moindre changement qui surviendrait. Mes vœux les plus constants, les plus sincères vont vous chercher; nous touchons à un temps plus consacré à la prière, les vrais amis n'y perdent rien, faites en sorte de le bien employer et surtout de le bien terminer. Moi, je vais me reposer de mon voyage dans une société bien raisonnable ; j'espère être arrivé après-demain et y recevoir de vos nouvelles. Recevez encore tous mes tendres hommages. »

LA COMTESSE DE BOIGNE A Mme RÉCAMIER.

m Samedi, 28 mars 1812.

« Votre amie a la bonté de se charger d'un petit mot de moi ; je sens bien qu'il perdra beaucoup à être porté par elle, mais je veux pourtant profiter de cette occasion de vous parler de ma très-tendre amitié. Adrien me dit toujours que vous lui mandez des choses charmantes pour

moi; je demande à voir vos lettres, il le promet et puis il prétend qu'il ne peut pas les montrer, et je lui dis que c'est une fatuité pour excuser un oubli. Nous nous querellons et puis nous nous raccommodons en parlant de vous, à qui, toute fatuité à part, il prend un bien vif et bien tendre intérêt. Nous avons longtemps retourné l'idée de ce qui convient le mieux à votre position et voici la pensée qui me paraît réunir le moins d'inconvénients pour vous. Mais c'est pour vous, pour vous toute seule qu'il faudrait calculer, et vous n'avez malheureusement que trop prouvé que cette jolie Juliette, à laquelle tant de gens s'intéressent, n'entre que pour bien peu dans vos projets. Pour en revenir à mon plan, je vous dirai qu'à votre place j'irais m' établir à Vienne.

« Vous y seriez reçue avec transport et vous vous trouveriez dès le premier abord en pays de connaissance. Le prix du change augmenterait votre faible revenu de manière à vous y donner toute l'aisance nécessaire à une étrangère, c'està-dire un petit ménage et une voiture. Dans le premier moment il faudrait aller dans le monde plus qu'il ne convient à vos goûts; mais quand vous aurez montré que vous valez mieux qu'une

jolie femme, que vous vous serez fait une société, vous pourrez reprendre vos habitudes, bien sûre qu'une fois connue le coin de votre feu ne serait jamais désert. Voilà ce que me dicte l'intérêt le plus vrai. Quant à votre projet de voyage en Italie, il me paraît tout à fait déraisonnable. 11 ne faut pas vous y tromper, le vrai besoin de votre vie c'est la société et la conversation. En Italie l'une et l'autre sont nulles, surtout à présent que les étrangers qui seuls l'animaient y sont fort rares. Vous aimez les arts, oui, comme objets de distraction et parce que vous avez un goût sur et fin que vous cherchez à exercer. Mais je vous le demande à vous-même, les arts et même un beau pays suffiront-ils pour intéresser votre cœur et votre imagination? Non, sans doute. Hé bien! vous ne trouverez que cela en Italie; d'ailleurs vous seriez bien vite ennuyée d'errer de ville en ville sans but et sans projet. Un voyage peut être une fantaisie agréable lorsqu'une patrie chérie, des espérances douces, des liens qu'une courte absence doit resserrer se présentent comme le terme sur lequel la pensée se repose au retour ; mais soyez sûre que voyager pour tuer le temps est le plus mauvais de tous les partis. L'agitation

du corps augmente l'inquiétude de l'esprit, il semble qu'on est plus mal parce qu'on se persuade qu'en changeant de lieu on sera mieux, et toujours l'endroit où l'on se trouve est celui où l'on se déplaît le plus. Témoin cette pauvre duchesse de Chevreuse, qui par parenthèse est on ne peut plus mal. Mais Mme de Gatellan vous contera tout cela. Je ne vous parle pas de nous parce que je suis sûre que vous la questionnerez avec bonté et qu'elle vous répondra de même; mais je n'ai voulu m'en rapporter à personne pour vous parler de vous et de mon inaltérable amitié. »

CAMILLE JORDAN A Mme RÉCAMIER.

« Lyon, 15 février 1812.

« Chère Juliette, j'ai d'abord reçu votre lettre qui a fait du bien à mon cœur. J'ai vu ensuite arriver l'ami1 qui avait passé près de vous et qui m'en a longuement parlé. Je voulais chaque jour vous répondre lorsque bien des peines se sont succédé et m'ont absorbé. — Une cruelle

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