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M1"8 Octave de Ségur, fille de la marquise d'Aguesseau

elle sans que j'eusse l'air de vous en avoir parlé. Elle est toujours souffrante, mais douce et résignée; moi qui ne suis pas dans les confidences, je ne sais que ce que je vois, et je ne lui crois pas de nouveaux motifs de chagrin.

u M. Hochet vient quelquefois chez moi ; il a rendu de grands services à mon père clans cette affaire de mine qui traîne encore : j'ai pensé avec plaisir que c'était à vous que nous le devions. Il y a un autre de vos amis qui est moins bien disposé en notre faveur, c'est M. Degérando. Il paraît décidé à être contre mon père dans la section de l'Intérieur.

a Convenez que je me dédommage bien de mon silence: j'ai presque honte de ce bavardage et de toutes les niaiseries dont il se compose. Savezvous qu'on annonce le retour de M. de Nesselrode? M. de Tchernichetï1 me l'a appris en m'assurant qu'il pouvait le dire parce qu'il ne le savait pas officiellement : cela est, j'espère, assez ministériel. — J'ai reçu des nouvelles de Tuffialun %

1. M. de Tchernicheff était alors ambassadeur de Russie à Paris; il était question de son remplacement par M. de Nesselrode.

2. Le prince Tuffiakin, grand seigneur russe, frère, je crois, de la princesse Dolgorouki, qui aimait passionnément Paris, l'a habité longtemps et y est mort. Il allait beaucoup chez Mmc Récamicr.

de Moscou ; en lui répondant, je lui ai beaucoup parlé de vous. Bonjour, chère Madame : battezmoi donc pour me faire taire. — Tous les miens vous chérissent et vous regrettent, et par ces deux sentiments je me mets à leur tête. »

MATHIEU DE MONTMORENCY A Mme RECAMIER. a Montmirail, ce 48 janvier 4812.

« Vous êtes aimable de me faire des reproches; c'est moi qui étais tenté de vous en adresser et de trou ver que vous me négligiez bien dans votre correspondance ; le motif que vous m'en donnez répare tout. Moi-même je comptais vous aller surprendre ce soir sur les six ou sept heures. Mes paquets étaient à peu près faits : toutes mes lettres précédentes ne me permettaient pas de douter que je ne reçusse par le courrier d'hier ce qui m'est nécessaire pour me mettre en route ; rien n'est arrivé, j'attends à demain pour partir lundi, du moins suivant toute vraisemblance. Cependant ne vous inquiétez pas si vous ne me voyez pas arriver ce jour-là. Je renvoie à ce moment, tou-

jours très-doux à espérer, bien des choses que j'ai toujours à vous dire.

a Permettez-moi, aimable amie, de vous demander un petit service d'obligeance : c'est de vous informer tout simplement et naturellement dans mon auberge de Ghâlons, dimanche ou lundi matin, d'un ou de deux messieurs de Reims, qui doivent passer et à qui j'ai affaire. Je voudrais qu'avec beaucoup d'excuses on les engageât à m'attendre jusqu'à mardi. Adieu, je vous offre mille et mille tendres hommages. Sosthène, qui est à Paris, a laissé sa femme avec moi jusqu'à mon départ, ce qui est un nouveau motif, pour ne pas les séparer trop longtemps, de partir du moment que je le pourrai. J'ai bien la confiance qu'on ne me fera pas attendre de Ghâlons. Adieu jusqu'à lundi, j'espère. »

M. de Montmorency reçut enfin l'autorisation demandée ; il passa trois jours à Châlons et se dirigea vers le midi de la France, d'où il écrivait :

Béziers, ce G janvier 1812.

« Et moi aussi j'ai été voir la fontaine de Vaucluse. Je ne vous en envoie pas de description : je

sais, aimable amie, soit dit sans vous le reprocher, comment vous les lisez; et il ne faut pas d'ailleurs en ce genre répéter ce qu'ont dit les autres. Cependant, quoique j'aie eti le privilège, presque unique, à raison des jours commandés de mon voyage, de visiter par une pluie affreuse ce site pittoresque et vraiment mémorable, il m'a inspiré beaucoup d'intérêt. Vous n'avez pas pu y être oubliée, aimable amie, comme Vous ne pouvez jamais l'être : j'avais déjà parlé de vous avec notre ami lyonnais1, qui m'a mené chez Madame votre belle-sœur : je me faisais un plaisir de reprendre le même sujet de conversation avec notre baron2 à Avignon; mais il ne m'y avait pas attendu, et il est allé chercher un soleil plus chaud, et habiter quelque temps Marseille. J'ai retrouvé quelques-unes de ses traces; cependant il avait été peu dans le cas d'être connu et apprécié par les personnes que m'a fait voir une cousine à moi, dont j'ai reçu en ce pays l'hospitalité la plus aimable; enfin j'ai voyagé avec votre souvenir comme avec celui des amis vraiment intimes. Ces pensées et mes livres m'ont tenu une

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