Degcrando
qu'une lettre n'arrivait pas, vous ayez en effet douté de moi ? Votre confiance en mon cœur après tant d'années tient-elle donc à une infidélité de la poste? 0 funeste progrès du scepticisme des temps ! — Vous me parlez d'une manière trop flatteuse de quelques faibles travaux. Je ne sais s'ils eussent été à d'autres époques dignes de voir le jour. Mais je crois tout à fait que l'obscurité leur convient dans ce siècle d'autres succès et d'autres gloires. Il me suffit qu'ils puissent quelquefois intéresser des cœurs d'amis, occuper utilement mes loisirs, me préparer à l'éducation de mes enfants, grand et doux but de ma vie privée. Que dites-vous de l'ami1 dans la vie publique? de ce terrible éloignement? J'en suis tout consterné. Voilà mon projet de voyage avec ma femme cruellement troublé ; cependant je n'y renonce pas encore. Quelle consolation si à leur défaut je vous trouvais! Il me semble que cela ne peut tarder, que votre ostracisme doit toucher à son terme. Sans doute j'écris quelquefois à l'amie dont vous me parlez : je la plains profondément, car elle a plus de douleur que vous et