Du prince Alphonse Pignatelli
« Lyon, 7 septembre 1807.
Chère Juliette, au retour d'un voyage h Grenoble, je trouve votre lettre du 27 août. Je déplore que la réponse ait inévitablement tardé de quelques jours et je ne perds pas un moment pour vous dire combien je suis touché de votre persévérance à revenir par Lyon et des motifs si aimables pour moi de cette persévérance ; il est fort heureux que vous m'ayez prévenu, car j'allais partir pour notre campagne de Bresse, qui est à dix lieues de Lyon. Je puis à la rigueur suspendre ce départ de huit jours, après quoi il me faut absolument aller y passer quinze jours pour affaires urgentes. Tâchez donc de venir sur-le-champ ou de ne venir que dans trois semaines. Ma Julie, qui répond tout à fait à l'attrait que vous paraissez avoir pour elle, partage tout mon empressement de vous voir, et si, vous bien aimer, vous entourer de soins complets et affectionnés est un accueil qui vous suffise et vous plaise, vous serez sûrement contente du nôtre. Vous devez savoir d'ailleurs quel plaisir vous ferez à toute votre famille et combien ils sont
restés charmés de la jeune et ingénue pensionnaire, malgré quelques liaisons un peu suspectes qui faisaient branler la tête aux graves parents. Pour moi, votre complice, je vous félicite et vous envie fort d'être à Coppet et je m'y serais bien échappé de Grenoble si je l'avais pu. Comment, étant à la Grande-Chartreuse, n'êtes-vous pas descendue dans la ville, où une tribu entière1 de mes parents vous eût reçue, adorée et peut-être fait passer quelques moments agréables? Vous ne me parlez plus de votre santé, mais le baron 2 m'en donne des nouvelles qui me plaisent fort,
« Dites je vous prie à ce cher Baron que je lui enverrai demain le ruban qu'il m'a demandé, — A Mathieu, s'il est encore là, que j'ai reçu sa lettre à Grenoble et déplore bien qu'il ne retourne pas par Lyon, — à Mme de Staël, que je lui écrirai bientôt et pense souvent à elle : à tout ce qui l'entoure et surtout à mon cher Auguste, beaucoup d'amitié. »
1. Les Périer à Vizille. On sait que la mère de Camille Jordan était issue de cette forte race et sœur de Claude Périer, chez lequel se réunit, en 1788, l'assemblée des États du Dauphiné.