‹ Madame recoitelle? comedie en un acteChapitre 1 sur 3 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MADAME DE LIVIÈRES accoudée à la cheminée, une lettre . ouverte à la main* Elle lit»

» Ma chère Adrienne, mon oncle est arrivé ce matin de Versailles. Plaignez-moi ; je ne pourrai pas aller vous voir de toute la journée.

» A demain et A toujours.

» Adhémar de Norly. »

C’est la troisième fois depuis quinze jours que son oncle lui arrive ainsi de Versailles. Que peut-il lui vouloir?

(Elle jette la lettre au feu et regarde la pendule.) DeUX faeures I Que le

temps va me paraître long ! Oh! les habitudes!... (euo va

s’asseoir au boshonr du jour, ouvre un livre de comptes et s’apprête & j

THÉÂTRE DES GENS DU MONDE

transcrire des notes réunies en paquet.) Dép6nseS. C6<]Ue C’eSt pourtant que la vie d’une femme! (EUe écrit.) Modiste... 648 francs. (Parlé.) Ma vieille tante me fait épouser M. de Livières que je ne connais pas... alors que je connaissais déjà M. deNorly...que j’aurais bien voulu épouser. M. de Livièresineurt. (EUe écrit.) Couturière... 5,286 francs 75 centimes. (Parlé.) M. de Norly vient chaque jour prendre de mes nouvelles. Le temps s’écoule rapidement. Tout est convenu. (Écrivant. ) Bijoutier... 15,865 francs. (Parlé.) Enfin l’année est révolue!... Et M. de Norly ne vient plus à son heure!. . . Son oncle arrive de Versailles. Mais si c’était un prétexte? S’il posait ainsi les préliminaires d’une rupture? Je ne le connais que trop. Il est d’une timidité révoltante. Il hésite toujours. Plus de doute ! Il aura cédé aux insi nuations de sa famille qui ne m’aime guère. Mon Dieu ! mon Dieu!... que triste est la vie! (Fermant la livre.) Je me suis mariée à, vingt ans. J’étais veuve à vingt-deux. Voilà un an que j’attends; j’ai donc vingt-trois ans. Mais si je suis obligée d’attendre encore, l’année prochaine, j’aurai vingt-six ans, vingt-huit ans... Que sais-je !... On vieillit si vite à se morfondre !... Ah! c’est affreux! (eho a'aasioJ & la table.) Mon enfant, me disait la supérieure dd couvent, une pieuse lecture est le remède souverain aux fiévreuses agitations de l’âme. (Elle prend im journal.) La Patrie dément formellement... Dernières nouvelles: rien de nouveau... Le thermomètre de l’ingénieur Chevalier... La première cote fonds anglais... » (Parlé.) Après tout, je m’alarme peut-être à tort. Adhémar m’aime, j’en suis sûre. Il m’en a donné tant de preuves... Je n’ai aucune raison sérieuse.. (i.isani.) Faits divers: M. Maxime de Montmyran est de retour à Paris (Parlé.) Je ne le connais p.as; mais j’en ai beaucoup entendu parler, (conunuant aa lecture.) Cet intrépide jeune homme vient de traverser l’Afrique centrale, enl courant les plus grands dangers. (Parlé.) Pauvre garçon

, (LUant.) La Revue des Deux Mondes publiera prochainement le récit de ses aventures qui sont un véritable roman, (parlé.) M. de Montmyran n’est pas un homme ordinaire. Au lieu de promener son désœuvrement dans les cercles et les enceintes du pesage, il a su,*au péril de ses jours, être utile à... à la géographie en découvrant des pays inconnus. Oui, certes, je lirai le récit de ses aventures, et si jamais je le rencontre dans le monde...

LE DOMESTIQUE, annonçant.

M. de Montmyran.

MADAME DE LITIÈRES, surprise.

Ah!

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