ET LE CONSEIL
Dieu a fait une grâce immense à l'homme, en lui donnant dans le précepte, le moyen de connaître sa loi morale et de l'aimer ; c'était l'introduire dans le parvis du temple, lui en montrer l'harmonie et la maguificence extérieure.
Le conseil évangélique est une bien autre grâce encore, grâce de prédilection et de choix. L'homme ici n'est point arrêté au parvis. Dieu le
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prend par la main pour l'introduire dans le sanctuaire où cette même loi morale, conduite au plus haut développement, l'enchante par sa beauté.
Si Dieu avait donné le précepte ou le premier degré d'initiation morale à des âmes restées innocentes, c'eût été déjà un grand bienfait ; mais ce n'est pas à une race innocente que Dieu a donné le précepte , c'est à une race déchue et à des hommes qui, dès les premiers pas dans la vie, ont ajouté la prévarication de leur volonté à la prévarication antérieure et involontaire.
Cependant Dieu ne s'est pas arrêté là; à ces mêmes hommes , quand ils ne se détournent pas de lui, il propose le conseil, c'est-à-dire le complément, la plénitude de la loi morale sur la terre.
Dieu a donné à tous la conscience , à un trèsgrand nombre le précepte, au plus petit nombre l'inspiration de chercher en toutes choses et de suivre le conseil. Ces derniers sont tenus à une plus grande fidélité, s'ils veulent être en règle avec Dieu et en paix avec eux-mêmes.
Le précepte fixe dans la voie de Dieu , le conseil y marche toujours. Le précepte nous fait sujets de Dieu , le conseil nous fait ses enfants, ses amis. Qui pourrait dès lors mesurer ce que l'infidélité , même la plus légère 3 nous ôte de l'amitié de notre Dieu? qui pourrait dire de quelles faveurs elle nous prive? Dieu a promis qu'il pardonnerait toujours à la sincérité du repentir. En admettant ce repentir et le temps son auxiliaire, on peut compter sur une sorte de réintégration dans les droits généraux; mais est-il aussi certain que Dieu rende son intimité, son amour, le bonheur de sa familiarité à celui qui les a compromis, perdus et reperdus sciemment, volontairement?
Celui qui a goûté le bonheur de deviner la volonté silencieuse et à peine indiquée dans le conseil, le bonheur de suivre cette voie à peine tracée, sans borne milliaire, se contentera-t-il de la prosaïque et positive obéissance au précepte qui commande sous peine de châtiment?
Celui qui , après s'être senti appelé au conseil , retomberait sous le précepte, ne se sentirait-il pas déchu, déshérité? Ce qui lui resterait de richesse n'empoisonnerait-il pas sa pauvreté comparative? On ne se contente pas du moins, quand on a possédé le plus.
Ce qui suffit à presque tous les hommes , alors
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ne suffît plus : Dieu, je l'accorde, ne se rebute pas de nos chutes, mais que ne ferait-il pas pour un progrès !
Comment s'impose le conseil ?
Par l'amertume et le vide qui s'attachent à tout ce qui n'est pas lui, par une tendance vers lui qu'on sent venir de la grâce.
Il s'impose, quand tout ce qui est laissé libre par le précepte, se trouve livré au trouble, à l'impression du néant ;
Quand on est à l'étroit dans le précepte, et au large, seulement dans le conseil ;
Quand Dieu semble se retirer tout-à-fait, si nous n'allons pas à lui par tous les chemins qui nous sont connus ;
Quand nous souffrons de la petite faute, de notre indulgence pour elle , plus encore que nous ne jouissons d'un mouvement généreux ;
Quand un dégoût profond s'attache aux choses incompatibles avec l'observance du précepte, et que notre âme s'élève, se nourrit, se repaît du conseil ;
Quand, le précepte accompli, nous sentons néanmoins que Dieu n'est pas content, et qu'il demande encore ;
Quand, après tant de grâces reçues, si peu de nos fautes ont été expiées ;
Quand on est tout à fait à terre , dans la mêlée , en butte à tous les coups, sans défense, si toutes les forces ne se redressent et ne s'unissent dans le conseil ;
Quand enfin le jour baisse et que la nuit est proche.
Le conseil s'impose :
Si on fait toujours mal, jusqu'à ce qu'on fasse toujours mieux ;
Si des habitudes constantes, si des actes qui sanctifient, pures étoiles de la vie spirituelle, exigent que le fond même de l'existence s'y conforme ;
Si, sur tous les points de la destinée, la mortification se montre comme étant de rigueur ;
Si, dans le précepte, il nous est impossible de demeurer stationnaire ;
Alors, il faut bien tourner les yeux vers la sainte montagne, et attendre du conseil le secours qui ne peut yenir que de lui.
Il n'y a pas de petits dangers ; c'est l'imprévoyance qui nous perd et la vigilance qui nous garde.
Une fois le conseil choisi, qu'est-ce qui nous maintient dans ses voies? La vigilance et la prière.
La vigilance, vertu chrétienne qui est nécessaire à toutes les autres. La vigilance protège l'observance du précepte, mais elle est l'âme de la fidélité au conseil.
Sous la loi du précepte, certaines observances accomplies, certains écueils évités, la vigilance peut se reposer dans les intervalles ; tout ce qui est innocent , tout ce qui n'est pas le devoir positif, la laisse reposer.
Sous la loi du conseil il en est autrement. Pour le conseil il n'est pas de terrain vague ou neutre, point de champ inculte, tout élément s'y destine à la perfection. Durant le temps où la vigilance ne combat pas, elle prépare ses armes pour combattre. Dans le précepte, qui n'est pas contre
Jésus-Christ est pour lui; dans le conseil, qui n'est pas pour Jésus-Christ est contre lui ; ici l'absence du mal n'est pas le bien. Il faut que la vigilance tienne toujours son flambeau allumé, qu'elle signale tout acte, toute pensée, pour la réformer si elle est mauvaise, pour la rendre meilleure si elle est bonne.
Le précepte redresse et corrige , mais il n'a pas comme le conseil la puissance de transformation. Dans la vie du conseil la vigilance est toujours vivante , agissante , prévoyante , elle inspecte tous les points menacés ou non ; sorte de panoptique , prodige d'ubiquité , elle veille à tout ce qui est, à tout ce qui peut être, à tout ce qui n'est pas encore, car ce qui n'est pas encore , peut naître et devenir d'un prix infini.
La vigilance est la sentinelle du conseil, la prière en est l'âme.
C'est la prière dans sa sainte et intense sincérité qui enfante le désir du conseil ; c'est le conseil et
la fidélité à ses voies qui nourrissent la prière.
A chaque instant la prière remercie d'être dans la voie du conseil, demande d'en être rendue digne et d'obtenir d'y marcher.
Le conseil et la prière vivent de deux vies identiques. La prière prie par la parole, le conseil prie par l'action.
Dans les sommités où le conseil vous place, dans son air raréfié on ne respire que par la prière ; elle est la règle , la lumière , la chaleur , le vent qui enfle les voiles.
Dans la voie du conseil tout ce que fait l'âme elle le fait pour Dieu , par Dieu même , par l'effet de son étroite union avec lui. Il n'y a plus dès lors de parts faites, plus de tien ni de mien, il n'y a plus de générosité possible à celui qui a tout donné. Car dans la voie du conseil, on est un serviteur qui ne se réserve aucune heure de la nuit ou du jour. C'est l'ombre au corps, c'est l'écho du son, c'est la trace du pied divin au Golgotha.
Ce sont les ailes de la prière qui soutiennent dans la voie élevée du conseil.
L'unité, ce premier caractère de la vie heureuse, se montre bien davantage dans la vie du conseil que dans celle du précepte. Un des bonheurs 3 une des gloires de la vie du conseil , c'est l'unité.
Le précepte reste distinct du fond de l'existence, il s'y adapte comme sa règle ou sa parure , c'est une loi du Ciel qui s'applique à la vie de la terre.
Le conseil est une greffe divine qui change la sève de l'arbre et lui fait porter ses fruits.
Le précepte vient du dehors , le conseil du dedans ; l'un vient du législateur et du maître , l'autre du père et de l'ami Dieu , qui impose le précepte, implante en germe le conseil au fond du cœur et le fait se développer par intussusception.
Le précepte souffre deux centres, il n'absorbe ni ne détruit la nature humaine ; le conseil n'en laisse subsister qu'un seul. Principe divin, il s'as-
simile tout dans la vie intérieure de l'homme, ses rayons convergent sur un même point.
Le précepte prend et laisse la vie comme il la trouve, si cette vie est innocente et pure : il souffre la variété et même la bigarrure des éléments et des couleurs. Le conseil imprime à tout l'ensemble, une couleur propre et toute harmonieuse.
Il y a donc division sous l'empire du précepte et l'assimilation vraie ne se rencontre que dans le conseil. Le précepte lutte contre les envahissements toujours renaissants de la chair et du sang ; le conseil domine les puissances réduites, les ennemis ne sont plus que moraux et spirituels , et chaque épreuve est vaincue par l'habitude , familiarisé qu'on est avec la victoire.
La vie du précepte porte le joug du Seigneur qui est doux et léger ; la vie du conseil n'a plus ni joug ni entraves ; le précepte marche dans la route frayée , le conseil attend que Dieu lui trace la sienne. Ah! qu'elle est libre, qu'elle est heureuse, qu'elle est une, la voix du conseil ! C'est la vie après la mort, le jour après le crépuscule; la vie, selon les paroles de saint Paul, qui enveloppe dès ici-bas la mourante vie humaine. Que notre demeure céleste nous soit comme un second vêtement ce car nous ne désirons pas être dépouillés , mais seulement être comme revêtus , en sorte que
ce qu'il y a de mortel en nous soit absorbé par la
C'est tellement un bonheur de suivre la voie du conseil que, on peut le dire, c'est pour cette meilleure part que l'homme et l'univers ont été créés. Tout le plan de la création est là : le monde créé pour l'homme, et l'homme créé pour glorifier Dieu.
Or, il est évident que l'homme glorifie Dieu par sa soumission au précepte , mais il est également évident qu'il le glorifie bien plus entièrement, plus librement, par sa fidélité à la voix du conseil; que là seulement, il ne dérobe rien, parce qu'il rend tout à celui qui lui a tout donné.
C'est pour ceux qui aiment Dieu, que le soleil éclaire, que les sphères se meuvent , que les événements se succèdent et se combinent. Parmi ceux-là, les plus en butte à l'action divine, ceux qui aiment davantage, suivent la voie du conseil.
1 Saint Paul, II aux Corinthiens, ch. v, f 4.
Quel bonheur comparable au bonheur de compter entre ceux qui aiment davantage ! Déjà sur cette terre la transfiguration a commencé pour eux, de leurs sentiments transformés elle a passé dans leur situation; leur vie est devenue lumineuse et féconde dans chacun de ses détails. Tout y est comme par le passé et tout s'y trouve différent. La lumière qui pénétrait le corps du Sauveur, qui le divinisait sans le rendre méconnaissable , laissait subsister les mêmes traits, les mêmes contours, et pourtant l'homme était absorbé dans le Dieu. Dans la voie du conseil, mêmes actions, mêmes paroles, même caractère primitif , même donnée première que dans le précepte, mais purifiés, élevés, transformés.
Sur le Thabor, suspension des lois naturelles, gravitation vers le ciel, affranchissement de tout poids ; dans le conseil aussi , élan vers le ciel , affranchissement, et plus que sur le Thabor, permanente demeure dans les régions de Dieu.
0 voie sublime, voie admirable du conseil à laquelle Dieu appelle tous les hommes et dans laquelle marchent ses élus ! Pourquoi n'attiret-elle pas tout à elle ? Et ceux qui ont été prévenus, comblés par tant de grâces, d'où viennent leur pesanteur et leur paresse ? N'est-ce pas à ces âmes aussi que s'adresse le Sauveur quand il
pleure sur Sion : « Jérusalem, Jérusalem, si tu avais connu ce jour qui t'était donné , si tu connaissais ce qui peut te procurer la paix ! Combien de fois ai-je tenté vainement de rassembler tes pensées errantes, dispersées ! »
Le progrès incessant est un des bonheurs de la vie du conseil. La plus haute vocation humaine est dans la tendance vers la perfection. C'est dans cette voie que le chrétien se montre fidèle : sa persévérance est le progrès.
Tandis que le précepte est inflexible et stationnaire, le conseil, dans sa vivante et céleste souplesse, s'étend et grandit; il nous montre ses inspirations réalisées dans les saints, éclatants modèles qu'il nous engage à suivre et à imiter.
Quelque bas que la miséricorde nous prenne, du fond de l'abîme nous pouvons nous élever aux plus sublimes hauteurs : « II ira, est-il dit du juste, il ira de vertu en vertu jusqu'à ce qu'il jouisse du Dieu des dieux dans la céleste patrie, »
Ibunt de virtute in virtidem. videbitar Deus deorum in Sion.
Il ne dépend pas de nous d'ajouter une ligne à notre taille , une beauté à notre esprit ; mais si chaque jour le chrétien n'a point ajouté à sa vertu et à ses mérites devant Dieu , c'est par sa faute , par sa très-grande et très-douloureuse faute.
Au moment où il marche avec Dieu , tout passé coupable est déjà loin, tout ce qu'il pleure lui devient un appui, le fait descendre en lui-même par un amour sincère, et remonter au niveau des amis de Dieu, par l'humilité.
Voilà pourquoi, bien que dans la voie du conseil les taches soient plus apparentes , les fautes plus sensibles , les échecs plus nombreux , le labeur plus- difficile, le découragement ne vient jamais. Le précepte commence , le conseil achève. C'est pour terminer, on le sait, qu'il faut recommencer toujours.
L'esprit de sacrifice appartient à l'esprit du conseil.
L'esprit de sacrifice s'étendant, s'appliquant à
tous les objets de la convoitise propre, fait le vide, et par la connaissance du néant des choses créées, rend visibles et sensibles Dieu et le devoir, restés seuls debout.
Par l'effet de ce retranchement, lame, au lieu de se perdre oisivement dans mille recherches frivoles, se trouve ramenée sur elle-même, et comprend Dieu.
L'esprit de sacrifice est comme la négation du monde qui l'environne , il concentre les forces de l'âme dans le seul espace qui lui soit laissé libre ; cet espace, c'est le centre de la vérité.
L'esprit de sacrifice réduit au strict nécessaire tout ce qui ne germe pas pour Féternité ; il est la source de l'apaisement et de la paix , les désirs tombent avec les besoins retranchés, et les regrets disparaissent lorsque le renoncement est irrévocable.
L'esprit de sacrifice porte la cognée à la racine même de tout orgueil de la vie, il tranche toujours dans le vif, et il entraîne les détails, comme un fleuve majestueux entraîne les débris sans y songer.
L'esprit de sacrifice honore Dieu , parce qu'il est libre par essence au fond de l'âme, et relativement aux objets sur lesquels il s'exerce ; parce qu'il rend complet et embrasse d'une seule vo-
lonté , le nombre infini des renoncements faits en vue de Dieu. Ce qu'il donne , il le donne en entier sans se rien réserver , pas même le désir ou le regret.
Rien n'est si différent, soit pour le sacrifice en lui-même, soit pour les résultats qu'on en obtient, qu'une privation imposée par des obstacles naturels, une privation spontanément inspirée par des vues supérieures. Quand la privation est involontaire, ce qui vous manque dans le présent, vous avez toujours la ressource de l'attendre dans l'avenir ; lorsque, au contraire, c'est la conscience qui prononce le veto , toutes chances disparaissent avec la volonté qui les repousse. Lorsque vous êtes passif dans votre dépouillement, vous ne possédez pas, à la vérité , mais du moins vous désirez posséder, et vous vous dédommagez par l'imagination de ce qui vous manque en réalité. L'espérance prestigieuse, l'illusion ne vous manquent point, elles peuplent votre horizon de mille promesses fantastiques. L'esprit de sacrifice sincère et profond ne connaît plus ni oscillations, ni prestiges , pour lui tout est consommé dans le vœu tacite et sacré prononcé devant Dieu ; il demeure fixe dans sa sévérité, et à chaque moment de la durée, il renouvelle la totalité même des sacrifices qu'il pourrait faire.
Rien ne se ressemble dans le dépouillement forcé et le dépouillement volontaire, comme rien ne se ressemble dans les effets produits par la nature et par la grâce. La forme qui les exprime peut paraître identique extérieurement, mais c'est au fruit que l'on juge de l'arbre, et il n'y a pas à s y tromper.
Du moment où l'on aspire à la perfection, tous les consentements doivent être donnés, tous les projets doivent être formés, toutes les résolutions doivent être prises du point de vue du conseil.
Le conseil accepte bien des choses de l'inventaire du précepte ; mais il refait ou remanie , ajoute beaucoup et range le tout dans un ordre nouveau.
Le conseil, dès lors, n'est pas seulement notre point de départ, il est le point de comparaison, le terme de tous les jugements applicables à nousmêmes. Il est enfin la pierre de touche de notre fidélité à Dieu.
Après avoir essayé de suivre la voie du conseil, on n'a plus la liberté de retourner en arrière; les contacts et les usages permis par le précepte, nous donneraient sans cesse l'impression d'une mésalliance. Nous pourrions soutenir que nous ne sommes pas tombés, mais rien ne nous empêcherait de sentir que nous sommes descendus. Tout se résumerait à nos propres yeux en noire ingratitude, Dieu et la grâce seraient bientôt vengés.
Le précepte est la lumière comparée aux ténèbres de ceux qui sont assis à l'ombre de la mort ; mais cette lumière est à peine un crépuscule, si on la compare à la clarté chaude et rayonnante du conseil. A chaque degré ses délices, à chaque progrès sa saveur,
Le précepte s'accomplit sous l'invocation du maître absent; le conseil dans sa maison, sous son regard, son intime et sensible présence. On fait ce que Dieu veut, comme on ferait ce qui plaît, (( dans la joie d'être délivré de la puissance de nos ennemis, de servir Dieu sans crainte, marchant en sa présence tous les jours de notre vie. »
Et quelle autre voie que celle du conseil pour ceux qui le goûtent déjà ou qui aspirent à la vie puisée, renouvelée sans cesse dans les sacrements ?
Toute la miséricorde de Dieu, tous les droits de notre obéissance n'empêcheraient pas en nous la plus folle témérité, si en recourant souvent à l'absolution, en nous nourrissant du pain des anges, notre attention n'était pas sans cesse occupée à réduire le nombre de nos fautes et leur gravité.
Dieu vient en nous, et nous ne lui donnerions pas ce que nous avons de mieux, nous ne purifierions pas notre demeure, nous ne la parerions pas?
Ceux qui, pour se conformer au précepte, reçoivent Dieu en eux-mêmes une fois l'an, ne fontils pas un vide au milieu des soins et des préoccupations de la vie, ne pratiquent-ils pas une sorte d'oasis de silence, de prière et de parfum au milieu de la vie terne et commune? Parce que Dieu
aura multiplié ses faveurs, parce que d'un premier acte d'abaissement, il sera descendu à la familiarité intime, parce qu'il vient comme non prié, négligerons- nous, dans cette visite de père et d'ami, de préparer de notre mieux le cœur qu'il vient chercher et dont sa bonté se contente?
Le précepte fait fuir le péché mortel, comme Adam a fui devant l'épée flamboyante de l'ange gardien du paradis. Le péché véniel, les imperfections habituelles et tolérées, fuient non moins vite devant le conseil dont trop souvent ils entravent ou assombrissent les voies. A chacun son ennemi, à chacun son gardien : dans la région du précepte, le péché mortel et l'ange vengeur; dans la région du conseil , le péché véniel et Jésus- Christ veillant pour lui-même.
Quels que soient d'ailleurs lage, la position, les devoirs, la vie des sacrements est une consécration toute particulière ; leur fréquentation est l'expression la plus simple, la plus vivante de la voie du conseil, c'en est à la fois le complément et le symbole.
Si Dieu accepte vos empressements, y répond, descend à votre familiarité, c'est à la condition pour vous de donner toutes vos forces, toute votre attention à lui plaire. Il faut que toutes vos pen-
sées s'élèvent à la hauteur de la coupe que vous portez à vos lèvres, et qu'à votre bonheur presque quotidien, s'assimilent tous les mouvements de votre âme.
La voie du conseil a bien ses peines ; elles sont de deux sortes : les peines générales et les peines particulières à cette voie.
Dans l'économie de ce monde Dieu respecte son ouvrage en laissant subsister tout ce qu'il y a mis; il ne détruit pas, il transforme; la création compte encore aujourd'hui précisément le même nombre d'atomes dont elle se composait aux premiers jours.
Il en est ainsi de l'humanité sous le rapport des affections morales; sa régénération par la grâce la laisse sous les mêmes conditions d'épreuve et de souffrance; seulement ses peines relèvent et la purifient, leur impression est sans trouble et sans amertume ,
Les cœurs qui sont à Dieu souffrent donc, et comment voudraient-ils ne point souffrir! Mais la
soumission en eux s'élève jusqu'à la conformité de la volonté divine. L'aride élément de la nécessité a disparu, et il semble que tout en béniss^t la justice de Dieu, on soit déjà dans le secret de sa miséricorde.
Si le conseil laisse subsister les peines générales qui affectent tous les hommes, il en a de particulières et pour ainsi dire de spéciales : les offenses faites à Dieu et les nôtres en particulier ; le petit nombre de ceux qui le servent et par conséquent le grand nombre de ceux qui l'offensent; le petit nombre de ceux à qui l'on peut librement parler de lui avec l'espoir d'être entendu.
Le vif sentiment des grâces reçues qui enfante perpétuellement l'impression d'une trop tiède reconnaissance.
La crainte de se rendre indigne de l'appel; l'inquiétude de rester insensible aux fautes dont ne nous avertit pas le blâme d'autrui ou même une conscience délicate. L'Évangile, hélas ! s'étudie à nous montrer dans de nombreux exemples les excuses spécieuses punies d'une séparation éternelle.
Dans le conseil le sens intime est plus subtil, plus pénétrant; les ressorts sont plus flexibles, les fibres plus vibrantes. De là des alternatives plus vives d'ombre et de lumière, une sensation plus
délicate du poids de la vie et du désir d'union toujours si mêlé de tristesse.
On apprend dans la voie du conseil ce qu'on ne sait pas ailleurs, c'est que l'expiation soulage, que l'amour purifié par la souffrance devient plus vif, c'est que la douleur a ses délectations véritables.
La voie du conseil tend à nous unir à Dieu ; l'expiation nous en rapproche, elle enlève successivement les couches d'air épais qui nous empêchent de voir Dieu et d'entendre sa parole.
Quand on a un but chéri, unique, constant, il n'y a de bons, d'également bons que les moyens pénibles ou non, mais brefs et rapides, qui nous y conduisent. Or, c'est ce que fait l'expiation, c'est ce que font nos peines acceptées ou surajoutées de notre propre mouvement.
Dans la voie du conseil, par cela même qu'on est plus attentif à sa fln dernière, plus sourd ou plus indifférent au bruit du monde, le temps et
tout ce qu'il porte avec lui perd beaucoup «de son importance. Sa course, comparée à l'immobile éternité, devient si précipitée, que nos plus lourds fardeaux ne semblent que passer devant nos yeux.
La voie du conseil fait entrer si avant dans la nécessité de souffrir, elle voit l'action de la souffrance si productive, si libératrice, qu'elle se réconcilie avec elle et qu'il résulte de cette pieuse compréhension le sentiment d'un bonheur ininterrompu.
La voie du conseil est la voie de la justice. d'une plus haute et plus parfaite justice, qui loyalement appliquée à nous-mêmes , nous fait comprendre la justice de Dieu.
Si la voie du conseil nous tient plus émus des jugements divins, elle nous tient aussi plus près de Dieu: au milieu des travaux les plus pénibles, on sent sa consolation, sa touche, et l'on porte de meilleur cœur ses blessures et ses chaînes.
La voie du conseil n'a au fond d'autre mission que de nous montrer les choses, les personnes et nous-mêmes plus à découvert et sous leur plus vrai jour. À cette clarté, le mal dont on ne fait que souffrir s'adoucit prodigieusement, et le bon» heur qui en sera la récompense , se montre comme le seul qu'on puisse ambitionner.
En dernière analyse, la voie du conseil se réduit à n'agir qu'en vue de Dieu, à le servir en esprit et en vérité, à ne chercher que sa volonté, à dominer entièrement la nature par la grâce.
Ce qui lui est le plus opposé, ce sont les recherches, les pusillanimes compassions de nousmêmes , les susceptibilités d'amour-propre et de sensibilité, le désir de la sympathie, le goût de l'estime et de l'approbation.
La voie du conseil consiste à faire en toutes choses la volonté de Dieu, à vouloir sûrement et simplement ce que cette volonté nous propose.
Le conseil nra point d'esprit d'intrusion. Il est prudent , parce que l'imprudence tient à la vanité toujours légère et présomptueuse ; le conseil ne prend l'initiative sur rien, mais aussi il ne recule devant rien.
Dans les circonstances mêmes où les intérêts de Dieu se trouvent engagés, si nous sommes appelés à nous en mêler, nous devons le faire avec calme, avec le sentiment de notre pauvreté et de
notre infirmité, dans une modestie profonde et dans une désappropriation parfaite.
Le conseil fait tendre à l'obscurité, à l'oubli, au silence ; il nous apprend à être devant Dieu, et à expier d'avoir tant songé à paraître devant les hommes. Son dernier secret est, selon les paroles de l'Apôtre, de nous faire vivre comme ne vivant pas; sa dernière récompense, de ne nous faire mourir que pour atteindre la véritable et unique vie.
Le conseil nous place finalement dans une sorte d'impassibilité volontaire, forte, énergique, qui ne détruit rien et domine tout. Il nous rend semblables à ces représentations de saint Sébastien transpercé de flèches , dont le visage calme s'anime de la seule impression intérieure que l'art s'efforce d'exprimer sans pouvoir aller audelà. Des liens rendaient le martyr immobile à son poste ; au même supplice , le devoir peut garder volontairement le chrétien,
Dieu, Dieu seul, voilà ce que dit le conseil : a Que votre règne arrive, » voilà ce que nous demandons chaque jour.
Elle est passée l'époque des bonnes résolutions, des saints désirs ; après l'espérance doit venir la réalité. Sans le savoir, c'est le point vers lequel, à travers toute notre vie, nous avons tou-
jours tendu. Celui qui monte la route rocailleuse de la montagne n'a vu que son sommet; arrivé au plateau, l'horizon s'ouvre , des lignes incommensurables apparaissent et au-delà l'espace infini.
MÉLANGES
l'imagination. — Ce que la méditation doit redouter davantage, c'est l'imagination : la pensée pieuse n'est riche que de l'abondance du cœur. L'imagination, au contraire, n'est plus qu'une vapeur, une fumée, qui peut aspirer à des formes encore belles, mais d'une beauté fantastique, qui ondoie et caresse , au lieu de fixer et de pénétrer avant.
bénédiction des fonts baptismaux. — La bénédiction des fonts baptismaux le jour de Pâques est une de ces conceptions pleines de beauté dont l'Église a enrichi, avec tant de bonheur, son
culte. La résurrection de l'homme qui s'appuie sur la résurrection du Christ, se trouve admirablement symbolisée dans cette touchante cérémonie. Toute l'économie du christianisme annonce que pour revivre il faut avant tout renaître, et que cette résurrection du Christ , gage de notre résurrection possible, que cette eau du baptême, gage et moyen de notre renaissance volontaire, n'attendent de nous que cette coopération dont Dieu , dans nos propres destinées , n'a jamais voulu se passer.