‹ Madame Swetchine: Journal de sa conversion; médiations et prièresChapitre 14 sur 63 · LE RICHE N A-T-IL PAS BESOIN DE PLUS DE PRIÈRES QUE · texte numérisé non relu

LE RICHE N A-T-IL PAS BESOIN DE PLUS DE PRIÈRES QUE

le pauvre? — Aux prières qui s'élèvent autour de la tombe du riche , on pourrait le croire aussi privilégié pour l'autre vie qu'il l'a été dans celleci. L'Évangile, en nous parlant des immenses obstacleb que rencontre le salut du riche, fait évanouir cette apparente disproportion ; c'est alors que, dans ces puissants moyens d'intercession-, nous voyons à peine de quoi répondre aux difficultés passées et aux nécessités qui peuvent s'y rattacher encore.

sévérité et indulgence. — La sévérité est une des vertus de la jeunesse, l'indulgence une des nécessités de l'âge mûr. Quand on est jeune, on puise la loi dans ses propres forces, et on l'impose aux autres dans la rigueur du commandement. Plus tard, quand l'enseignement de sa propre faiblesse n'a pas été trop stérile, c'est par les lumières de l'esprit qu'on arrive à l'indulgence : la notion du mal reste absolue, mais la culpabilité devient relative aux yeux du bon sens; alors apparaît le principe divin : « Ne jugez pas » ; alors se confondent dans une même réserve , l'intelligence qui se reconnaît impuissante, et le cœur qui, par sa propre misère, apprend chaque jour à ne point condamner.

combattre le mal par le bien. — Une des manières les plus sûres et les plus efficaces de combattre le mal en nous, c'est de développer, d'alimenter , de fortifier les bons penchants qui existent simultanément avec lui. Tout se tient en nous, nous n'avons qu'une certaine somme de force et d'activité ; ce qui s'ajoute au bien est ôté au mal. La vie plus libre et plus animée d'un seul

bon sentiment, est souvent l'arrêt de mort de plusieurs sentiments coupables.

Surmontez le mal par le bien, dit l'Apôtre; la méthode des contrepoids est peut-être la seule qui s'applique avec succès à la grande œuvre de l'amélioration humaine. Redresser, maintenir l'équilibre , est peut-être , au moral comme au physique, la seule voie ouverte à d'utiles efforts. Combattre corps à corps les mauvais penchants de l'homme , opposer de froids raisonnements à la passion qui entraîne, vouloir de vive force en extirper le germe,. combattre l'erreur en se transportant sur son terrain, subir le désavantage d'une situation qu'on n'a pas choisie, offrirait peu de chances d'un triomphe absolu. Tant que durera le monde, les deux ennemis seront en présence. Le mal, devenu un des caractères de la nature humaine, doit durer jusqu'à son entière réhabilitation, sous d'autres cieux, glorieux et chastes. Nous ne saurions donc rêver ni sa disparition entière , ni son continuel abaissement dans un combat direct et positif. Ce que nous pouvons, c'est de chercher à attirer la vie , qui fait la seule force du mal, sur d'autres points, dans une direction bonne et utile, et de lui ouvrir une issue au lieu de lui fermer la retraite. Ne nous acharnons pas tant contre l'erreur, laissons-la pour ce qu'elle

est, mais ne nous lassons pas d'élever près d'elle la vérité ; souffrons le mal que nous ne pouvons empêcher; quelquefois tolérons-le , mais hâtonsnous de faire le bien.

retour et fragilité. — En dépit des vains arrêts d'un monde impitoyable , les plus coupables des hommes peuvent revenir de leurs erreurs, guérir, s'amender, enfin reprendre tous leurs droits à l'estime. Il est également vrai qu'arrivés à cette réhabilitation, la fragilité de la nature les expose et peut les entraîner encore. Dieu et l'homme sont tout entiers dans ces deux vérités : Dieu agissant par la grâce victorieuse sur les coupables ; l'homme retombant du sein de la vertu et de la paix reconquises dans les périls qui sont partout et surtout en lui-même. Confiance en Dieu, méfiance de soi, sainte frayeur et plus sainte espérance, c'est par un seul et même acte que le chrétien se redoute lui-même, et qu'il espère en celui qui lui a dit d'espérer.

la vertu n'est pas la piété. — Cette terre est la pépinière où Dieu choisit et élève ses saints , la mine où il les exploite , le creuset où il les purifie , le lieu où se font leurs premières armes pour l'éternité. Ce monde est fait pour eux ; il est le marche-pied d'où ils s'élancent aux voûtes célestes. Dieu a voulu tout partager avec ses saints ; il est venu souffrir avec eux et pour eux sur la terre, et il les appelle à régner avec lui dans le ciel.

Les vertus appelées humaines , l'ordre , la prudence, l'honneur, doivent se manifester comme les autres dans la vie du chrétien, mais l'humain doit être accompli par des vues surnaturelles , c'est-à-dire de foi. Dieu a voulu qu'une entière confiance en lui s'ajoutât aux vertus humaines sans en remplacer aucune , qu'on exigeât tout de soi, et qu'on attendît tout de lui.

La vertu n'est pas la piété ; faire bien sur cette terre n'est pas encore désirer le ciel, qu'on ne mérite qu'en le désirant. Dans l'un et l'autre cas, les centres sont différents : L'homme, dont le point d'appui est placé ici-bas, peut, en faisant bien , n'être nullement préparé à ses destinées futures ; l'homme, qui enfonce ses racines dans le ciel, est sûr de porter des fruits dignes du ciel.

dans le christianisme. 217

charité. — Toutes les vertus sont inspirées par le christianisme, mais il en est qui manifestent plus complètement son immortelle essence ; toutes les vertus sont portées sur la tige sainte, elles sont toutes sœurs, mais la charité est de toutes ses filles, celle qui ressemble le plus à son père. Heureuse fille de ressembler à un tel père !

Prier avec ceux qui prient, se sentir coupable avec les coupables , pleurer avec ceux qui pleurent est tâche facile ; mais où sont-ils les cœurs assez généreux pour que leur propre malheur les laisse se réjouir avec ceux qui se réjouissent? Ce mouvement d'une ardente charité est la vraie pierre de touche. Quelqu'heureux que l'on soit, la source des larmes est toujours bien près ; les pleurs que réclame l'infortune d'autrui peuvent être aussi un retour sur nos vicissitudes passées ; mais un cœur absorbé par la douleur, nie la joie partout où il l'aperçoit, sur la terre, dans le ciel même , et s'il y croit un instant, une affreuse révolte vient le saisir ; voilà la nature. « Réjouissezvous avec ceux qui se réjouissent, » est bien audessus d'elle ; voilà aussi pourquoi Dieu a parlé î Lui seul pouvait ordonner ce que lui seul donne la force d'accomplir.

Il y a une lacune dans la charité des gens les plus sincèrement pieux, les plus zélés, qui m'a

toujours extrêmement frappée; c'est de les voir, dans l'hypothèse d'une persécution qu'ils subiraient si volontiers, ne jamais penser aux persécuteurs. Les pauvres bourreaux! Il n'y a jamais de martyrs sans qu'il y ait de grands coupables , et nous est-il permis de jouir sans mélange de ce qui nous sauve au prix de ce qui les perd?

pardonnez-nous , seigneur. — Dieu seul sur la croix pouvait dire : Pardonnez-leur, Seigneur ! Le plus juste, le plus simple d'entre les hommes ne peut dire que : Pardonnez-nous ; il n'a pas le droit de se séparer des coupables , lors même qu'il est leur victime, car les crimes qu'il n'a pas commis, il aurait pu les commettre. Sainte solidarité d'ignominies , d'expiations et de remords , vous êtes chère au cœur contrit et humilié !

l'amour désintéressé. — Quoi qu'on dise, ce n'est pas de l'utile que sort le beau, mais du beau que ressort l'utile. Tous les calculs sont dans la vertu, et la vertu ne sera jamais le fruit d'un

calcul. Ainsi dans cet intérêt, le plus haut, le plus spiritualisé , le plus désintéressé, à force d'être pur , celui du Ciel , je conçois que l'amour ardent dont on bannit l'espérance porte en lui-même quelque chose de chimérique , la pensée ayant peine à concevoir un état pour l'âme, dont l'amour fait la vie, avec l'exclusion du bonheur que l'amour donne.

Qu'est-ce que devient le pur amour avec la séparation de Dieu? D'une autre part, il est bien vrai que ce n'est point uniquement, ni avant tout, le désir sensible du bonheur, qui fait la force de la tendance de l'âme vers le Ciel. Elle semble plutôt dans cette direction, obéir à l'instinct de sa nature réhabilitée, à un mouvement spontané, souverain, sans contrôle, comme par une espèce de gravitation spirituelle et nécessaire.

Un cœur vraiment touché de Dieu est moins préoccupé de la gloire de la béatitude qu'il lui prépare, que de ce cœur qu'il lui ouvre, de cette main qu'il lui tend , de cette union qu'il lui promet , asile mystérieux où l'âme se cache, se perd et se repose. Hors de l'élément paternel , il demande à y rentrer ; inquiet , loin de son centre, il soupire après lui. Le pur amour n'exclut nullement la récompense, mais il n'y laisse pas songer. Aimer d'une manière qui réunisse toutes les formes

de l'adoration et de l'amour, se perdre comme un point dans l'espace infini des innombrables perfections de Dieu, se retrouver en lui, s'y replonger sans cesse et plus avant, afin de le mieux sentir et l'oublier davantage, voilà les mouvements pour lesquels l'âme accomplit presque à son insu sa destinée intérieure. C'est sa nature même qui l'y force, au moment où sa régénération est commencée.

bonheur intérieur. — La mesure de notre bonheur intérieur n'est souvent que la mesure de nos progrès. Que de maux pour le cœur criminellement replié sur lui-même, dominé par un faux amour personnel qui s'identifie à chacune de nos passions, que de douces et ravissantes impressions pour le cœur dont le regard pur et serein ne se repose sur les objets qui l'environnent que pour s'élever plus haut; pour le cœur qui sait se quitter, qui voit Dieu partout et tout ce qu'il aime en Dieu !

a Un cœur contrit, dit le psaume, et un esprit humilié. » Un sens profond est caché dans le choix de ces adjectifs : la contrition ne coûterait pas assez

à l'esprit, ni l'humiliation au cœur; il faut que l'esprit soit frappé dans son orgueil, et le cœur dans sa douleur.

présence de dieu. — Où sont les preuves de l'existence de Dieu portant dans l'esprit la conviction de la présence telle que la sent notre cœur? Pour que la foi soit une vertu, il faut que pour elle il y ait combat. C'est contre les ténèbres qu'elle lutte ; aussi l'Ecriture l'appelle-t-elle « la lampe qui luit dans un lieu obscur. » Dans la vive et paisible émotion de l'âme recueillie, n'avez-vous pas senti une puissance de réalité telle qu'aucune chose visible et saisissable ne saurait la donner? Quand on retrouve Dieu dans les profondeurs de son Etre, profondeurs sans lui inaccessibles à nous-mêmes, et que dans le silence de cette solitude on croit le voir face à face, ne respire-t-on pas un air de patrie, ne se sent-on pas vivre dans une atmosphère de vérité, dont tout le reste n'est pas même l'ombre? A cette vie congéniale, à ce repos, à cette liberté, à cette mise au large, que le monde oppose ses contraintes, ses petitesses, ses mesquins et poignants débats !

absence de dieu. — A la vue des tabernacles ouverts et vides, il semble que tout à l'entour soit frappé de stérilité et de néant. La solitude- du désert s'étend sur toute l'enceinte sacrée, la vie s'est retirée, voilà, voilà la solitude. L'âme fidèle, s'erablable à Marie-Madeleine , cherche inutilement son maître dans le sépulcre ouvert; elle n'oublie pas ses promesses, elle sait qu'elle ne le perd que pour un temps, pour un court instant qui attriste son amour et ne décourage pas sa foi.

effets de la communion. — ■ La communion ne donne pas les facultés qu'on n'avait pas ; elle met en œuvre celles que Ton a, les bénit, les déploie, les greffe et les arrose ; elle les échauffe, les éclaire, les vivifie d'un soleil meilleur; elle les oriente et les dirige.

Le sacrement de l'Eucharistie est la plus digne expression de l'amour, qui répugne à toute limite, à toute séparation, à tout obstacle. C'est par cet adorable sacrement que nous sentons la présence de Dieu en nous-même, son union intime, non-

seulement avec l'esprit, mais encore avec la chair et le sang. L'amour de Dieu, tout-puissant comme lui, ne pourrait pas aller plus loin ; mais il pouvait aller jusque-là, et en miséricorde, Dieu ne s'est arrêté qu'aux dernières limites.

La réalité de la présence de Notre-Seigneur dans la sainte Eucharistie, émanait presque nécessairement de la rédemption, comme la suprême conséquence et le plus haut développement de l'amour infini.

L'Eucharistie est l'effet naturel d'une charité surnaturelle.

le repos et la paix. — On confond trop souvent dans sa pensée, dans son estime et dans ses vœux, le repos qui n'est pas de ce monde, et la paix qui en est la récompense. La paix est compatible avec l'activité qui fait notre condition ici-bas. Le repos absolu en serait la suspension, pitoyable quiétisme moins sa béatitude.

le temps. — Le temps est la richesse du chrétien, le*temps est sa misère, le temps c'est la

terre; le temps, c'est le Ciel, puisqu'il peut le donner. Le temps est le moment fugitif, le temps est l'éternité, c'est le temps qui la fait mériter, c'est aussi lui qui la met en péril. Obstacle et moyen à la fois, il est par excellence le glaive à deux tranchants ; principe de rapprochement et de séparation, impuissant par lui seul et le plus puissant des auxiliaires, rien ne se fait ni par lui, ni sans lui.

le prêtre. — Jésus-Christ dans l'Évangile a tout fait pour le prêtre, on le voit à ses sévérités , à cette manière spéciale de lui révéler sa misère et de la dénoncer au monde. S'il y a de l'amer sarcasme dans la pensée évangélique, c'est contre le prêtre, le lévite et même l'observant catholique, dans le pharisien immolé au publicain. Les hommes, fiers de s'entendre appeler les ministres de la vérité, doivent répondre par la vertu à cette précieuse vocation, et nulle part je ne vois Dieu plus jaloux, plus ardent qu'alors qu'il s'agit de leur perfection. La vie du prêtre peut être une souffrance, mais c'est une souffrance dont l'Eucharistie le relève et le console chaque mafin.

les casuistes. — C'est peut-être dans la casuistique même, considérée comme science, que sont les dangers auxquels les casuistes ont succombé ou .n'ont pas tout à fait échappé. La corruption qu'on l'accuse d'introduire dans la morale > ne vient pas seulement de l'imprudence ou de l'ignorance d'hommes pieux d'ailleurs, mais peu éclairés, ni du relâchement de l'infidélité et de la molle complaisance de faux docteurs, mais de la nature même de ce genre de recherches. En se rendant attentif à renfermer le bien ou la notion du devoir dans les plus étroites bornes possibles, à élargir, à allonger d'autant le principe de toute satisfaction personnelle, on se place déjà dans une mauvaise position ; car on ne saurait trop le répéter, il n'y a de sécurité qu'en allant au delà de tous les devoirs imposés et en restant en deçà de tous les plaisirs permis *. Cette manière de subtiliser sur tout principe de morale, de le soumettre à toutes les expériences, et par cela même à tous les dissolvants, de vouloir déterminer le moment précis

1 Mme Swetchine^ en effet, se répète ici,, car la même pensée se trouve dans le volume de ses œuvres, p. 35.

où le bien devient le mal, où le mal peut avoir encore un faux semblant de bien ; toutes ces imprudentes stations dans la région du douteux et de l'équivoque , cette prétention de déterminer le degré de toute culpabilité, de toute déviation possible en se mettant en frais d'imagination, de circonstances atténuantes, toute cela constitue un dédale dans lequel, il faut en convenir, l'intelligence la plus vigoureusement saine court grand risque de s'égarer. Il est incontestable, et ce qui est plus rare encore, il est incontesté que le mal est absolu et la culpabilité relative ; mais ce principe, que notre raison proclame hautement en le laissant dans sa généralité, n'est applicable avec certitude, dans ses détails, que par Dieu qui, dispensateur des grâces pour ces mêmes cœurs que lui seul sonde et connaît, peut déterminer ce que la force des circonstances extérieures, la disposition morale d'un être, la mesure des grâces qui lui sont données, ôtent ou ajoutent à sa prévarication. Établir ainsi, à priori^ de dangereuses distinctions, professer, admettre, légitimer sous de trop légers prétextes, deux poids et deux mesures, c'est aplanir sous les pas des hommes des routes déjà trop faciles, ajouter à leur dangereuse déclivité, affaiblir les âmes d'une part, et de l'autre ôter au précepte sa sévère et majestueuse unité,

le parfiler, si j'ose dire, et lui ôter sa vertu en prétendant faussement l'assouplir à nos besoins. Qu'on ne s'y trompe pas, ce n'est pas parce que la morale est aimable qu'on l'aime, ce n'est pas parce qu'elle est douce qu'elle plaît, c'est parce qu'elle est belle et qu'elle est pour l'intelligence la beauté même. Sa sévérité fait partie de sa régularité, c'est elle qui subjugue et on n'altérera jamais aucun de ses traits sans ôter à sa sainte séduction.

les livres pieux. — Les livres pieux parlent bien mieux du fidèle que de l'incroyant : ils sont vrais en peignant les mérites et le bonheur du premier , ils l'ont étudié de près , ils le connaissent, tandis qu'ils représentent l'incrédule avec des traits généraux, souvent forcés et qui excluent du mal toute espèce de bien. Ce n'est pas ainsi qu'est la réalité ; les contrastes , les nuances sont partout et même les anomalies. Personnes ou choses , on en parle mal quand on n'en parle que pour les réfuter.

Pour connaître, il faut aimer de cette bienveillance qui cherche à comprendre et à pénétrer. Dans la polémique religieuse il en est encore ainsi ;

la piété arrive toujours avec une sorte de désavantage qui devient bientôt de la défaveur : la réfutation l'amoindrit , la dessèche ; la petite guerre ne lui va pas ; cette manière de suivre l'ennemi dans tous ses pièges et ses manœuvres, lui fait perdre ses caractères sublimes d'unité et de simplicité. Rien ne lui va si bien que la synthèse, lorsqu'au lieu de signaler l'erreur et le vice, elle déploie toutes les magnificences de la vérité et de la vertu; là, comme du sommet d'une haute montagne, d'un centre qui lui appartient, elle découvre toute la richesse, l'harmonie, l'immense étendue du cercle qu'elle embrasse et le rend sensible à l'esprit.

le livre de l'imitation. — La flamme qui éclaire n'est pas toujours la flamme qui réchauffe, et ce qui fait pénétrer dans le cœur d'un autre pour l'émouvoir et l'attendrir , est un don à part de l'intelligence, de la vertu, de l'amour luimême. On peut aimer sans faire aimer ce qu'on aime , on peut le faire paraître respectable , utile , aimable, sans pour cela le faire désirer ; c'est encore un autre miracle que ce contact intime qui ébranle spontanément, qui fait jaillir l'étincelle

et opère une véritable fusion qui s'accomplit dans un commun embrasement. Certaines voix ont possédé cet admirable privilège , elles ont retenti à travers les siècles ; elles ont possédé en plein le beau droit de faire vibrer , à l'aide de quelques sons , toutes les cordes analogues ; elles ont été constituées comme types des formes les plus universelles d'un certain ordre d'idées et de sentiments.

Plus d'une fois, depuis l'auteur de l'Imitation, des âmes tendres et fortes ont exprimé l'amour divin dans leurs pieux accents, mais qui l'a fait sentir, goûter, partager comme lui? Parmi les bienheureux qui jouissent de la béatitude céleste, il en est bien peu dont cet admirable livre n'ait avancé la sainteté. C'est lui qui nous a vraiment appris que le vrai culte était l'imitation, et combien la sagesse humaine , l'esprit , le génie même des hommes restent au-dessous de ces humbles et profonds enseignements !

Quand Jésus-Christ voulut se faire reconnaître par celle dont les larmes seules avaient exprimé l'amour, il lui sufût de l'appeler par son nom : — Marie, lui dit-il. Que de grâce, quelle effusion d'amour dans la seule impression de ce nom , de cet accent , de ce regard ! Et comment lui répondit-elle : — Mon maître ! C'est là tout l'entretien

qui sans cloute émut le Ciel et trouvera la terre attentive à jamais.

la quête dans l église. — Un utile enseignement se reproduit pour nous au milieu de l'office divin interrompu par la quête. Dans quelque région que nous transporte la prière, nous devons toujours être prêt à en descendre pour aller au secours de nos frères. Il n'est permis de goûter la céleste contemplation, ce fruit du Ciel, qu'alors que la terre cesse de réclamer notre activité. Il n'est pas de spiritualisme qui rachète de l'action, et l'obéissance qui fait ployer les ailes, vaut plus dans notre vie de labeur et de combat, que la joie même pieuse et pure des saintes consolations.

rester ou isous sosies. — Les fleurs des champs ne changent pas de place pour rechercher les rayons du soleil. Dieu prend soin de les féconder là où elles sont, elles ne se jalousent pas ; le brin d'herbe a sa beauté, comme la fleur et comme le fruit, parce qu'il a son utilité.

Pourquoi vous plaindre de votre rôle ; pourquoi

le trouver trop borné, trop humble? Pourquoi vous inquiéter et vouloir faire tant de choses? Restez où Dieu vous a mis, et portez les fruits qu'il vous demande.

le juste et le pécheur. — Le juste tremble, le pécheur se confie , tous deux glorifient le Seigneur. Là sécurité pour le juste et le frémissement pour le pécheur, n'auraient rien au-dessus de la raison humaine et rien qui n'exaltât à nos yeux les attributs de Dieu ; mais ici l'enseignement est profond et sublime. Le juste, le saint rend hommage à la sainteté du Dieu des justices, en redoutant que ses fautes les plus légères n'aient été ni assez réparées, ni assez pleurées. Le pécheur loue bien autrement le Seigneur en fuyant dans les embrassements de la miséricorde cette justice qui le condamne, et en s'armant de sa foi et de son espérance pour faire triompher son amour. Dieu reconnaît les droits du juste , il veut être vaincu par le pécheur !

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