‹ Madame Swetchine: Journal de sa conversion; médiations et prièresChapitre 30 sur 63 · LE PARADIS · texte numérisé non relu

LE PARADIS

La gloire de la terre est de nous faire pressentir le ciel; il en est de même de ses joies, de son bonheur. Tout ce qu'il y a de meilleur ici-bas vient d'une origine plus élevée. Le rayon de lumière est étranger à la terre qu'il éclaire , qu'il échauffe ; c'est de lui qu'elle attend tout, et c'est là aussi notre état présent et notre avenir.

Aimer sans division. — L'unité est le plus impérieux besoin de notre âme ; l'âme humaine est une, elle a besoin d'un amour unique. Tout ce qui la divise l'éprouve, l'affaiblit et la distrait de son bonheur.

Aimer sans limites. — Ne plus souffrir de ne pas aimer assez, ne pouvoir aimer trop, aller aussi loin qu'on peut, sans obstacle, sans arrêt, sans retour.

Aimer sans crainte. — Avec la parfaite liberté des enfants de Dieu, sans craindre l'excès ni le danger, ni le malheur de blesser ou de se rendre

indigne de ce qu'on aime. Posséder Dieu, sentir son âme en possession de Dieu! Se sentir riche de Dieu, comme substanté de son amour; posséder avec plénitude, absorber à chaque instant de l'éternité le bien divin que l'on possède, s'en laisser posséder! Ne plus seulement porter ses lèvres incertaines et tremblantes à la coupe des délices, mais la boire à grands traits ; posséder, se sentir au centre de ses trésors, les compter, les découvrir, les retrouver toujours !

Aimer librement. — Plus de chaînes, plus de servitude , plus d'obstacles. Dans le ciel, l'âme peut tout ce qu'elle veut, rien n'arrête l'énergique et continuel déploiement de toute son activité et de toutes ses forces. Ses mouvements sont à la fois faciles, rapides et forts ; elle s'élance dans l'atmosphère d'une félicité à la fois vive et pure ; elle est tout entière à Dieu, sans cesser d'être à elle-même ; la fausse unité a fait place à la domination exclusive de l'unité vraie.

Depuis la plante jusqu'à l'homme, tout tend à sa fin, tout tend à son plus haut point de perfection possible. Sur la terre, ce qui achève met fin à l'existence ; dans le ciel, ce qui consomme est le commencement du bonheur infini. Là est le repos, mais là surtout est la vie, la vie rendue à son principe et ne faisant plus qu'un avec lui.

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