MADAME THÉRPSE
noblesse d’épée, la noblesse d'épée sous le roi, et le roi sous le pape, représenté par ses cardinaux, ses archevéques et ses évêques. Voilà l’ordre naturel de jghoses.
‘* On aura beau faire, jamais un chardof ne pourra s’élever à la hauteur d’un chêne, et jamais un paysan ne pourra tenir le glaive, comme un descendant de l’illustre race des guerriers.
‘Ces Républicains ont obtenu quelques succès éphémères, à cause de la surprise qu'ils ont causée À l’univers par leur audace vraiment incroyable et leur absence de sens Commun. En niant toutes les doctrines et tous les principes établis, ils ont frappé les gens raisonnables de Stupéfacticr;" c’est là l'unique cause de ces bouleversements. Je même qu’il arrive quelquefois de voir un bœuf et même un taureau s'arrêter tout à coup et s’en-
fuir à la vue d’un rat qui sc:t subitement de dessous terre et se dresse devant lui, de même nous Voyons nos soldats étonnés et même déroutés par une semblable audace, Mais tout cela ne peut durer longtemps, et la première surprise une fois passée, je suis bien sûr que
, nOS vieux généraux de la guerre de Set ans battront ce 4 + AL . + * à AE L*° ramassis de Va-nu-pieds à plate couture, et qu’il n’en j
rentrera pas un seul dans leur malheureux pays!”
Ayant dit cela, M. Karolus rallumait sa pipe et continuait à se promener de long en large, les mains derrière le dos, d’un air satisfait de lui-même.
Tous les autres réfléchissaient à ce qu’ils venaient d'entendre, et ie mauser prenait enfin la parole à son tour, |
“Tout ce qui doit arriver arrive, faisait-il. Puisque ces Républicains ont chassé leurs seigneurs et leurs religieux, c’était écrit dans le ciel depuis le commence-
ment des temps: Dieu l’a voulu ! Maintenant, de savoir
s'ils reviendront, cela dépend de ce que le Seigneur
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Dieu voudra; s’il veut ressusciter les morts, cela dépend de lui. Mais l’année dernière, comme je regardais travailler mes abeilles, je vis que tout à coup ces petits êtres, doux et même jolis, se mettaient à tomber sur les frelons, à les piquer et à les traîner hors de la ruche. Cela revient tous les ans. Ces frelons font les jeunes et les abeilles les entretiennent tant que la ruche a besoin d’eux; mais ensuite elles les tuent: c’est quelque chose d’abominable, et pourtant c’est écrit !—En voyant cela, je pensais à ces Républicains: ils sont en train de tuer leurs frelons ; mais, soyez tranquilles, on ne peut jamais se passer d’eux; il en reviendra d’autres; il faudra les remplumer et les nourrir; après cela les abeilles se fâcheront encore et les tueront par centaines. On croira que tout est fini, mais il en reviendra d’autres... ainsi de suite ; il en faut. il en faut !...”
Le mauser alors hochaiït la tête, et M. Karolus, s’arrêtant au milieu de la chambre, s’écriait:
‘€ Qu'est-ce que vous appelez frelons ? Les vrais frelons sont les orgueilleux vermisseaux qui se croient capables de tout, et non les seigneurs et les religieux.
— Sauf votre respect, monsieur Richter, faisait le mauser, les frelons sont ceux qui ne veulent rien faire et jouir de tout ; ceux qui, sans rendre aucun service que de bourdonner autour de la reine, veulent qu’on les entretienne grassement. On les entretient, mais finalement, il est écrit qu’on les jette dehors. C’est arrivé mille et mille fois, et cela ne peut manquer d’arriver toujours. Les abeilles travailleuses, pleines d’ordre et
d’économie, ne peuvent nourrir des êtres propres à rien.
C’est malheureux, c’est triste, mais voilà: quand on fait du miel, on aime à le garder pour soi.
Vous êtes un jacobin ! s’écriait Karolus indigné. — Non, au contraire, je suis un bourgeois d’Anstatt,
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taupier et éleveur d’abeilles; j'aime mon pays autant que vous; je me sacrificrais pour lui, peut-être plutôt que vous. Mais je suis bien forcé de dire que les vrais frelons sont ceux qui ne font rien, et que les abeilles sont celles qui travaillent, puisque je l’ai vu cent fois.
— Ah! s’écriait Karolus Richter, je paricrais que Koffel a les mêmes idées que vous !”
Alors le petit menuisier, qui n’avait rien dit, répondait en clignant de l'œil:
“Monsieur Karolus, si j'avais le bonheur d’être je petit-fils d’un domestique de Yéri-Péter ou de Salm- Salm, et si j’en avais hérité de grands biens, qui m’entretiendraient dans l'abondance et la paresse, alors je dirais que les frelons sont les travailleurs et les abeilles les fainéants. Mais de la façon dont je suis, j'ai besoin de tout le monde pour vivre, et je ne dis rien. Je me tais. Seulement je pense que chacun devrait obtenir ce qu’il mérite par son travail.
— Mes chers amis, reprenait alors l’oncle gravement, ne parlons pas de ces choses, car nous ne pourrions nous entendre. La paix! la paix ! voilà ce qu’il nous fant. C’est la paix qui fait prospérer les hommes et qui remet tous les êtres à leur place véritable, Par la guerre, on voit les mauvais instincts prévaloir: le meurtre, la rapine et le reste. Aussi tous les hommes de mauvaise vie aiment la guerre; c’est le seul moyen pour eux de paraftre quelque chose. En temps de paix, ils ne seraient rien ; on verrait trop facilement que leurs pensées, leurs inventions et leurs désirs ge rapportent à de pauvres génies. L’homme a été créé par Dieu pour la paix, pour le travail, l'amour de sa famille et de ‘ses semblables. Or, puisque la guerre va contre tout cela, c’est un véritable fléau, Maintenant, voici dix heures qui sonnent, nous pourrions nous disputer jusqu’à demain
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sans nous entendre davantage. Je propose donc d’aller nous coucher.”
Tout le monde se levait alors, et le bourgmestre, appuyant ses deux gros poings aux bras de son fauteuil, s’écriait:
‘< Fasse le ciel que ni les Républicains, ni les Prussiens ni les Impériaux ne passent par ici, car tous ces gens ont faim et soif! Et comme il est plus agréable de boire son vin soi-même que de le voir avaler par les autres, j'aime beaucoup mieux apprendre ces choses par la gazette que d’en jouir par mes propres yeux. Voilà ce que je pense.”
Sur cette réflexion, il s’acheminait vers la porte; les autres le suivaient.
‘€ Bonne nuit ! criait l’oncle.
— Bonsoir !” répondait le mauser en s’éloignant dans la rue sombre.
La porte se refermait, et l’oncle soucieux me disait:
‘€ Aïlons, Fritzel, tâche de bien dormir.
— Pareillement, mon oncle,” lui répondais-je.
Lisbeth et moi nous montions l'escalier.
Un quart d’heure après, le plus profond silence régnait dans la maison.