‹ Madamoiselle de MaupinChapitre 4 sur 7 · SI SS · texte numérisé non relu

SI SS

MADEMOISELLE DE MAÜPIÏ».

sortis des salons et des théâtres : je pressentais dans leur vie beaucoup de côtés défectueux et obscurs, soigneusement voilés à nos regards, et qu’il nous importait beaucoup de connaître ; quelquefois, cachée derrière un rideau, j’épiais de loin les cavaliers qui venaient à la maison, et il me semblait alors démêler dans leur allure quelque chose d’ignoble et de cynique, une insouciance grossière ou une préoccupation farouche que je ne leur retrouvais plus dès qu’ils étaient entrés, et qu’ils semblaient dépouiller comme par enchantement sur le seuil de la chambre. Tous, les jeunes comme les vieux, me paraissaient avoir adopté uniformément un masque de convention, des sentiments de convention et un parler de convention, lorsqu’ils étaient devant les femmes. — De l’angle du salon où je me tenais droite comme une poupée et sans appuyer le dos à mon fauteuil, tout en roulant mon bouquet entre mes doigts, j’écoutais, je regardais ; mes yeux étaient baissés cependant, et je voyais tout à droite, à gauche, devant et derrière moi : — comme les yeux fabuleux du lynx, mes yeux perçaient les murailles, et j’aurais dit ce qui se passait dans la pièce à côté.

Je m’étais aussi aperçue d’une notable différence dans la manière dont on parlait aux femmes mariées ; ce n’étaient plus les phrases discrètes et polies, enjolivées puérilement comme on en adressait à moi ou à mes compagnes, c’était un enjouement plus libre, des façons moins sobres et plus dégagées, les claires réticences et les détours aboutissant vite d’une corruption qui sait qu’elle a devant elle une corruption semblable : je sentais bien qu’il y avait entre eux un élément commun qui n’existait pas entre nous, et j’aurais tout donné pour savoir quel était cet élément.

Avec quelle anxiété et quelle furie curieuse je suivais de l’œil et de l’oreille les groupes bourdonnants et rieurs de jeunes gens qui, après s’être abattus sur quelques points du cercle, reprenaient leur promenade tout en causant et en jetant au passage des œillades ambiguës. Sur

MADEMOISELLE DE MAUP1N.

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