DE FRANCHEVILLE
Je devrais peut-être vous reprocher une imprudence qui a failli compromettre sérieusement l’avenir de M. de Francheville, mais en vous voyant si pèle et si tremblante, je ne peux plus que vous plaindre et vous consoler: Victor, un moment entraîné par l’amour que vous lui aviez inspiré, vous avait fait une promesse qu'il lui était impossible de tenir.
GEORGES
Victor a compris ce qu’il devait à son rang, au nom qu’il porte, et, à grand’peine sans doute, il a résolu de rompre violemment avec le passé; ceci vous explique le silence qu’il a gardé avec vous tout cet hiver. Il n’a fait a madame de Francheville l’aveu de son amour pour vous que lorsqu’il s’est senti assez fort pour en triompher. Décidé à ne plus vous voir, c’est a nous qu’il a confié la pénible mission.
line m’aime plus, lui... Victor l... Ahl vous me trompez.
M®" DE FRANCHEVILLE, avec tivifité.
Ah ! pardonnez-moi. madame la baronne... oui, j’étais folle de croire a cet amour, j étais folle de croirequ’un serment fait a une pau>re tille devait être sacré. Pardonnez-moi, mais je l’aime et je mourrai de son abandon. 11 n y a qu un instant, là, dans celte chambre, j'ai tout dit a ma tante... Comme vous, elle me blâmait d’un «mour trop au-dessus de ma condition... mois elle pleurait avec moi .. Ah ! je suis si malheureuse !... si vous
saviez comme il semblait m’aimer, lui 1 Je n’ai
que toi, disait-il; quand je souffre, ta voie seule calmemes douleurs; quand de sinistres pressentiments me montrent une tombe ouverte avant l’âge, ta vue éloigne ces sombres pensées; je crois à la vie, au bonheur ; car ma vie , mon bonheur c’est toi. Et il fallait ne pas le croire, il fallait douter de son honneur, il fallait ne pas l’aimer surtout .. voila ce que. vous me demandez : Victor vous oublie... Victor manque a ses serments; j manquez aux vôtres, me dites-vous, oubliez-le... Ah! madame... ordonnez-moi de mourir, je suis prête, mais l’oublier, lui, oh! jamais, jamais!
Elle tombe aui genoux de la Baronne.
M*® de francheville, 6<u. à George».
Je sens ma résolution faiblir.
Georges, de même.
Songez à votre fille.
dr franchevtllk, relevant Madeleine.
Je comprends tout ce que vous devez souffrir, Madeleine, (avec hésitation' et je veux, autant que cela dépendra de moi, assurer votre repos. Il vous faut un appui contre vous-même... et pour cela, il faut mettre entre Victor et vous une barrière insurmontable. J'ai faitchoix pour vous d’un mari.
D’un maril
M œ ® DE FRANCHEVILLE.
Oui. André vous aime sincèrement, je lui ai promis d’obtenir votre consentement et celui de votre bonne tante, qui, j'en suis sûre, ne me désapprouvera pas... Réfléchissez, Madeleine... vous ne pouviez conserver l’espoir d être un jour la femme de Victor, et vous avez au cœur des sentiments trop purs , trop élevés, pour consentir à n'étre pour lui que l’objet d’un caprice.. (Mouvement de Madeleine.) Croyez moi .. le bonheur ne vous manquera pas quand le devoir sera rempli... Faites donc que je reporte a ce bon André, qui attend votre réponse, des paroles de joie... un seul mot, et dès demain nous signons le contrat... En attendant, Madeleine, comme gage de mon amitié, acceptez cette dot... et fiez-vous à moi du soin de votre avenir.
Elle lui offre un portefeuille que Georges a tiré de sa poche. Madeleine, qui est restée immobile pendant que M me de Francheville lui parlait, relève la tète et lui dit avec une expression froide et pleine de dignité, en repoussant doucement sa main.
Ah! madame!... si vous avez été jusqu’à ce
jour bonne et généreuse pour moi je crois
vous donner une bien grande preuve de reconnaissance en ne vous adressant pas même un reproche à l’instant où vous me méconnaissez si
cruellement Pour être bien certaine que je
ne chercherai plus à voir M. Victor, il n’csl point nécessaire de vouloir acheter ma vie... de me jeter aux bras d’un autre qu’il me faudrait épouser sans amour, qu’il me faudrait tromper, comme on m'a trompée, moi!... Je ne suis qu'une pauvre ouvrière, pourtant j’ai ma fierté aussi... Madame, laissez-moi ma misère et ma douleur, mais ne cherchez pas à m’enlever le peu d'estime que je puis encore avoir de moi même!
M me D £ fraNCHBVILLR.
Je me retire, Madeleine ... Le calme, je l'espère, vous fera mieux rendre justice à mes intentions. Georges, bat , à .Madame de Francheville .
Elle cédera.
DR francheville, avec douceur à Madeleine.
Nous nous reverrons ce soir; ce soir je parlerai à votre tante... nous triompherons d'un amour insensé, qui maintenant deviendrait coupable, car il ne vous conduirait qu’au déshonneur.
Ils sortent. Madeleine fond en larmes.