SCÈNE V
Lu Mêmes, M“* DE FRANCHËV1LLE, GEORGES, puis PIERRE.
Georges, entrant et hypocritement.
Qu'avons nous appris, grand Dieu! Madeleine accusée d'infanticide!...
Victor , courant à Madeleine.
D'infanticide, elle!...
LAMBERT
Ah! taisez-vous! Voulez- vous donc la tuer, la pauvre folle!...
U®* db PRANCiiEviLLB , avec étonnement.
Folle !
VICTOR
Oui, folle! Regardez, tous les deux ! voilà votre ouvrage l Je laisse a Dieu cl à vos remords le soin de vous punir, madame! Quant à vous, monsieur...
GEORGES
Victor, écoutez-moi.
Lambert, se plaçant entre Victor et Georges.
Victor... (désignant Madeleine) c’est a elle, à elle seule qu’il faut songer en ce moment. Rien ne prouve encore qu’elle soit coupable.
VICTOR
Elle, coupable! Oh! c’es^ impossible l...
A ce moment, Pierre cnlre lentement et tristement, tenant à la main un morceau de mante ensanglanté. Stupéfaction générale.
LAMBERT
Pierre !
pierre , à mi-voix.
Oui, c'est moi, monsieur le curé; j’arrive de là bas, et j’ai trouve...
VICTOR et LAMBERT.
Quoi donc?
PIERRE
Ce morceau d’étoffe.
Victor le preod.
MARIANNE
C'est un morceau de la mante de Madeleine.
P1BRRB.
Oh 1 je l'ons bien reconnu, moi et les autres; il était sur le bord de l’ablme de Ressac.
LAMBERT
L’ablme de Ressac!
PIERRE
Et...
VICTOR, LAMBERT et MARIANNE.
Eh bien? •
PIERRE
Et... il est taché de sang.
Georges, à part.
De sang!
Il cache vivement sa main droite.
Victor, regardant le lambeau, et pleurant Oh ! le sang de mon SU !... (Pendant ce temps Madeleine , qui revenait à elle et que Marianne O quittée un moment pour aller à Pierre, se lève
et court se placer entre Victor et Georges. Elle arracheà Victor le lambeau de mante. Victor à 3fadeleine. Qui donc l’a tué? Oh ! l’assassin ! quel est-il ?... Nomme-le, Madeleine, nomme-le!
Madeleine, prenant sa tite dam ses mains.
Attendez! attendez!
l)n éclair de raison, mon Dieu, un éclair de raison !
georgbs, à part Elle n’a pu me reconnaître.
J'ai une preuve!
LAMBERT
Que dit-elle?
VICTOR et MARIANNE.
Une preuve!
Oui.
VICTOR
Oh ! parle ! parle site!
Tous les personnages se groupent ici avec anxiété autour de Madeleine, excepté Georges, qui se lient un peu plus éloigné d'elle en la regardant avec un trouble mal déguisé.
Georges, à part, portant vivement la main à sa poitrine.
Ah! je me souviens!
MADBLEtNB, mettant la main sur su poitrine.
Je l’ai la.
LAMBERT
Donnez, donnez, Madeleine!
Elle fouille dans sou sein pour le prendre.
Georges, à part, et se troublant.
Je suis perdu!
m“*db franciirville. à part , regardant Georges. Comme il se trouble!
madeleine, après avoir cherché.
Je ue l’ai plus.
VICTOR. MARIANNE Ct LE CLUE.
Ah !...
madeleine, comme frappée d'une nouvelle idée.
Ah! celte nuit!... quand j’étais seule ici... je l’ai cachée!...
LAMUEKI ET VICTOR.
Où donc?...
GEORGES
Où doue, Madeleine?
Madeleine, avec égarement.
Ah! vous voulez me (a piendrc, vous?
VICTOR
Nous voulous te sauver! celte preuve...
LAMBERT
Celte preuve? donnez-la, donnez-la...
Madeleine, après un long silence.
Je ne sais plus... je ne me souviens plus... Par moment, j’ai peur d 'être folle... Des larmes!... Pourquoi donc ai-je pleuré? Ohl c’est mou rêve... oui, c’était un rêve... Car Dieu est bon ; il ne reprend pas aux meres le trésor de bonheur et d'amour qu’il leur a envoyé, et mon trésor, a moi. est I là. (Elle veut aller à sa chambre ; on la retient.)
Ne craignez rien; je prierai tout bas, pour ne pas l'éveiller... car il dort, il dort du sommeil des anges!
On n’o«eplu' la retenir. Elle entre dans la chambre et va s'agenouiller devant le berceau.
victor, tombant omis, et avec désespoir.
Madeleine!... Madeleine!
i aubert. ci M m ' de Francheville et à .Marianne.
Suivez* la !... suivez-la!
Ell*s entrent dans la chambre de Madeleine et referment
la porte.
rtrrmF., qui \ est tenu au fond pendant la der“
niire partie de cette scène, qu'il a suivie tout
tn regardant au dehors , s'approche du Curé ]
et de Victor.
Pardon, excuse, monsieur le curé ; je crois que si vous voulez sauver cette pauvre fille, vous n’avez pas de temps à perdre... Quand je suis venu tout a l'heure, il y avait déjà beaucoup de monde sur la place. On causait de Madeleine : on disait qu'il fallait la livrer à la justice. Pour sûr, les magistrats vont être instruits : d'un instant o l’autre on ne peut manquer de venir l'arrêter.
LAMBERT
L’arrêter !
victor, se levant.
Oh I je la défendrai !
LAMBERT
Tous vos eiïorts seraient Inutiles; ce serait la perdre plus sûrement encore. Bien que dans l’état déplorable où se trouve Madeleine il ne soit possible ni de In juger ni de la condamner, je crois qu'avant tout il faut la soustraire aux poursuites !
VICTOR
Oui. vous avez raison, monsieur Lambert; il faut qu'elle parle, qu’elle s'éloigne !
LAMBERT
Pierre, tu nous aideras, n’est ce pas?
pierre.
Oui, monsieur le curé; comptez sur moi. Que faut-il faire? je suis prêt!
victor, à Pierre
Merci, Pierre! merci... [Il lut serre la main , puis s'adressant au Curé.) Atteudez : [Il va ouvrir la porte de la chambre de Madeleine; puis 1 1 appelle doucement:) Marianoe! Marianne!
> Marianne entre.) Vous allez faire à la bâte vos préparatifs de départ.
De départ...
VICTOR
Oui, Marianne, vous allez quitter ce pays; »*ï:c voilure vous attendra dans une demi -heure •t la porte de votre jardin, qui donne heureusement sur une ruelle isolée.
MARIANNE
Mais, monsieur...
VICTOR
P rre aura reçu mes instructions ; c’est lui qui vou* conduira.
MARIANNE
Mais...
VICTOR
Il le faut, vous dis-je! Allez l allez vite
MARIANNE
Oui, monsieur.
Elle rentre.
LAMBERT
Pendant ce temps, je vais me rendre sur la j place; je tâcherai de calmer la fureur de ceux qui accusent Madeleine, et je faciliterai ainsi vos projets de fuite.
Georges, d part, regardant du côté de la chambre de Madeleine.
Je ne sors plus d’ici. [Haut.) Allez, monsieur, je resterai, moi, pour veiller sur Madeleine...
I pour la défendre, au besoin.
LAMBERT
C’est cela, monsieur, restez ici.
VICTOR
Aidez-nous du moins à réparer le mal que vous avez fait [Au Curé et à Pierre.) Hâtons-nous, venez! venez!
Pierre, Victor et le Curé sortent par le fond. de Fran- : cheville sort de la chambre de Madeleine; elle s'arrêta
presque sur le seuil, puis, immobile, elle considère | («aorges en silence.