SCÈNE V
LAMBERT, M“« DK FR ANCII8V1LLK.
LAMBERT
Vous paraissez faible et soutirante, madame... 11 lui avance la chaise près de U table à gauche, sur la quelle elle se place, et fait signe à Mathurine de sortir.
M mc DE francheville, essuyant ses pleurs.
Dieu m’a cruellement éprouvée, monsieur Lambert.. Partie il y a dix-huit mois pour l'Italie, dont le climat devait rendre la santé à ina fille bien aimée, tombée subitement malade a Paris... je reviens seule en France... seule!
Elle sanglote.
LIMBBBT.
Celte perte si douloureuse était tout à fait imprévue . ce n’était pas lu jeune fille de M. lo baron de Francheville que la mort semblait devoir frapper si tût!
»|® # DK FRANCHEVILLE, d part .
C’est un châtiment peut-être!
28 MAGASIN THEATRAL
LAMBERT
A une mère qui pleure son enfant, on ne peut faire entendre une parole de consolaiion... Mai* vous êtes chrétienne, madame!., gardez vos prières et vo s pleur* pour l ange que vou* avez perdu !... gardez votre tendresse et vos soin* pour l’infortuné qui souffre...
M m * DE FRANCHRVÎLLB.
Oui, monsieur... à Victor je consacrerai tout ce qui me reste de force et de courage... Mais, hélas! je devrai voir se flétrir et s'éteindre aussi ce dernier rejeton des Francheville !
LAMBERT
Durant votre absence , nous avons, en effet, , tremblé pour les jours de M. Victor... Grâce au ciel, un mieux sensible est survenu, et ce malin,
M. Victor a pu aller jusqu'à Toulouse!... on annonçait même qu’il voulait rentrer au barreau...
M“ e DE FRANCHEVILLE.
Le médecin n’espère plus, monsieur... dans huit jours, demain, ce soir, me disait-il, le danger peut renaître. Aussi n’est-ce plus qu’en la bonté de Dieu que je mets mon espoir et ma foi !... Oh! dties-moi , monsieur, diles-moi comment je puis appeler sur nous sa miséricorde!
F.n accomplissant Ips deux plus saints devoirs que la religion nous impose : la prière et la charité. de *FR A N4.lt t VILLE, flvw exaltation.
Oh ! je prierai, monsieur, je prierai jour et nuit, s'il le faut'... Prosternée sur le marbre du temple, je le baignerai de mes larmes... vous ne me signalerez pas une misère qu'elle ne soit à l’instant secourue .. Mais ce n'est pas assez de la prière !... On arrive à Dieu par la pénitence. .. quelque dure que soit celle que vous m’imposerez, je l’accomplirai, monsieur !
Elle tombe k genoux.
LAMBERT
Madame!
M œe DP. KRANCHRVILLB.
Oh! c’est que vous ne savez pas tout ce que je souffre!... Dieu repoussera mes prières! Je lui demande grâce., et je n’ai pas fait grâce... et je n’ai pi.s eu de pitié, moi... Une image me poursuit partout! .. c'est un fantôme qui s’attache à ma vie... quand je priais pour mon enfant... ce fantôme se dressait devant moi ! quand je pleurais ma fille morte!... ce fantôme était encore là!... ce spectre... cette menace, ce châtiment... c'était Madeleine l..
lambf.rt. la relevant.
Calmez-vous, madame., c’est involontairement que vous avez fait le malheur de cette pauvre fille...
M“ e DE FKANCHKVtl.LB.
Qu'est-elle devenue?... Oh! diles le-moi !... et tout ce que je pourra! faire pour elle, je h* ferai. . car elle est innocente, monsieur, (mouvement du Curé) je 1a crois iouo* eulc.
Hélas! madame je l ait dit à M. Victor, qui lui 0« n plus ne la croit pas coupable. Depuis le jour
ou, dans un accès de délire, elle s’est enfuie de la retraite que je lui avait choisie, on n’a plus entendu parler d'elle!... Partie seule, il y a quinze mois, «u milieu de la nuit, sans argent, sans guide!., elle sera morte, sans doute, de misère et de faim.
u me i)R francheville, à part.
Oui, morte!., et Dieu m’en a punie! et Dieu m’a frappée dans ma fille, qui est morte aussi!... Oh! mais je vous dirai t4»ut, mon père... car je ne veux pas vivre maudite et mourir désespérée!... Je vous dirai tout... Madeleine...
Ici, Georges, qui est entré pendant les derniers mots, s’avance vivement entre le Curé et M®* de Francheville.