ACTE I, SCÈNE IV. il
héritage, iju’un beau jour, en réponse à une demande d’argent, je reçus des comptes de tutelle qui me constituaient son débiteur de sommes assez considérables, ma foi!... mais dont, généreusement, il me faisait remise.
LE BARON, vivement.
Corbleu ! des antipodes je serais accouru, le pistolet au poing, pour lui faire rendre gorge.
ARTHUR
Oui, mais lui, mon tuteur, comme si après un pareil chef-d’œuvre de procureur il n’avait plus*qu’à clore sa brillante carrière,... il mourut!
LE BARON
Ah ! voilà qui est traître.
ARTHUR
Cependant, un autre arabe, je veux dire un autre procureur, à qui j’avais confié mes intérêts, m’écrivit qu’en examinant mieux l’affaire, il y dé;:ouvrait de telles énormités, qu’il y avait do quoi faire pendre trois fois son confrère défunt, s’il ne s’éiait pas déjà mis à l'abri,... mais qu’au moins on pourrait piloricr sa mémoire... Bravo! répondis-je,... poursuivez, déshonorez,... faites exécrer le misérable... Puis, je continuai la campagne, je fus blessé,... on me crut mort.
BOURGILLON.
Et cette Marie,... la fille du procureur?
ARTHUR
Je n’y pensais pas, moi, dans ma fureur... II paraît que, pendant mon absence, et tandis qu’on me disait défunt, nous avons plaidé...
LE BARON
Et la partie adverse était-elle jolie ?
ARTHUR
Oui, monsieur ; on la dit fort jolie, fort spirituelle.
LE BARON
Vous perdîtes alors?
ARTHUR
Je perdis avec frais et dépens... C’était juste, n’est-ce pas?
Non, mais tout naturel..,
MiDELON.
ARTBDR.
Infamie !
BOüRGILLOIf.
Ah çà ! vous ne l'avez donc pas revue, votre Marie...
ARTHUR
Moi, la revoir,... jamais :... je l’ai juré.
BOURGILLON.
Ah ! il y a un serment?
ARTHUR
Oui, monsieur, un serment... Quand elle m’a su à Pa> ris, elle m’a écrit : je n'ai pas répondu... El le est venue; ... je lui ai fait fermer ma porte.
LE BARON
Oh ! à une jolie femme ! vous n'avez jamais voyagé au Royaume de Tendre ! [li M’éloigne,)
ARinUR.
C’est alors que vous m’avez invité, Monsieur Bourgillon, à me rendre à Saint-Germain, à cette auberge des Barreaux Verts, pour me remettre un dépôt de mon père.
BOUBGILLON.
Sur lequel vous ne comptiez guère, n’est-ce pas ?
ARTHUR
Oh ! c’est bien vrai. Mais il arrivait à propos... Des dettes, mon équipage à faire, et pas une obole... C’était là surtout ce qui me rendait furieux... O femmes! maudites femmes,... je vous hais:... je...
BOURGILLON.
Soit, mon cher Monsieur... maudissez-en une, .. maudissez votre Marie;. ..mais rendez justice à notre Madelon !
ARTHUR
Bah! quelque coquette, intéressée comme les autres...
LE BARON
Quoi! ne l’avez-vons donc pas aperçue?
ARTHUR
Je ne sais:... je n’y ai pas fait trop attention...
BOURGILLON.
Tenez,... vous pourrez en juger vous-méme:... la voici.
ARTHUR
Ma foi ! cela m’intéresse fort peu... (// va s’asseoir à ta table, a gauche cl réfléchit.)