‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 12 sur 152 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

celle-ci ; la vue de son enfant ne ferait qu'ajouter à sa peine ; pour le moment, je suis seule capable d'apporter quelque adoucissement à sa douleur, de mettre un peu de baume sur sa plaie.

Mais nourrice, qui n'avait pas pour M ,,e Uranie le même respect que pour son maître, avait crânement répondu, qu'à son avis, le meilleur de tous les baumes serait, pour M. Edouard, d'avoir autour du cou les petits bras potelés de son bébé.

A quoi M I,e Uranie avait répliqué que nourrice n'était pas capable de comprendre.

Quant à M ,,c Catherine, elle continuait aussi à faire quotidiennement visite aux deux exilées, mais elle était toujours si pressée, avait tant à courir de ci de là, à aller des uns aux autres, à soigner gens et bêtes, sans compter le jardinage, que nourrice et bébé, qui se portaient à merveille, n'occupaient dans ses pensées qu'une place très secondaire. Elle se contentait de hausser les épaules en parlant de son frère et d'affirmer que les choses allaient changer.

En attendant, la vieille femme voyait, avec un malicieux plaisir, les petits pieds faire un pas de plus chaque jour. Déjà la grande chambre ne suffisait plus à les contenir : ils voulaient voir derrière la porte, ils voulaient courir tout seuls dans les grands corridors, ils voulaient aller partout et jusque dans la belle pelouse qui s'étendait devant la maison.

22 HÉBK ALEX

Bref, un beau jour, nourrice ouvrit toute grande la porte de la cage et vit, avec ravissement, son oisillon descendre à quatre pattes le large escalier. Mais, arrivée au seuil de la porte, M lle Alex eut une seconde d'hésitation, elle leva sa petite mine étonnée vers le ciel bleu, regarda autour d'elle, comme pour s'assurer de la présence de nourrice, et se prit à rire, parce que la liberté est une belle chose ; puis, tendant ses bras mignons à la jolie pelouse, elle s'avança hardiment vers l'inconnu.

— Nourrice !

C'était la voix de M ,le Uranie qui, d'un air de

désespoir, appelait, de la fenêtre de son petit sa-

Ion, autrefois celui de madame.

— Nourrice, quelle imprudence !

La vieille femme leva vers elle un regard étonné.

— L'herbe de la pelouse est parfaitement sèche, dit-elle, la petite ne risque pas de s'y enrhumer ; d'ailleurs, maintenant que nous savons pourquoi nous avons des pieds, il est inutile de vouloir nous retenir, n'est-ce pas, mon agneau ?

— Oh î reprit la dame, je ne crains rien pour bébé, seulement, ne vous éloignez pas trop pour que je puisse vous appeler aussitôt que je verrai M. Délie.

La chose se lit ainsi. Dès que l'habit noir du maître parut à l'extrémité de la pelouse, la voix deM ,lc Uranie se fit entendre, et nourrice dut, bon

Page 1