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CHAPITRE IV

gré malgré, prendre bébé Alex dans ses bras et remonter dans la grande chambre.

Mais, comme les oisillons auxquels on a donné un moment de liberté vont dans leur détresse se heurter contre le grillage de leur prison, bébé Alex se prit, elle aussi, à pousser des cris d'aigle et à battre de ses petits poings la porte que nourrice venait de fermer.

— Demain, ma mignonne, répétait la vieille femme, demain, nous retournerons dans l'herbe chercher de jolies fleurs.

Mais, à l'âge d'Alex, demain ne veut rien dire du tout, l'enfant ne connaît que l'heure présente, c'est pourquoi elle continua à crier et à frapper jusqu'à ce que la fatigue l'emportât sur la colère ; alors, nourrice la prit sur ses genoux, essuya ses larmes, la dorlota et fit si bien que le radieux sourire reparut enfin sur le visage de son enfant.

Mais la tranquillité ne faisait pas longtemps l'affaire de M lle Alex qui se trouva bientôt debout, sur les genoux de nourrice, labourant de ses petits talons son beau tablier blanc, tiraillant les dentelles de son bonnet, ébouriffant les pauvres mèches de ses cheveux gris.

— Là, là, mignonne, dans quel état me voici ? Que dirait M lle Uranie, elle qui est toujours si bien lissée ? Non, mon trésor, il faut laisser en paix mes pauvres vieux cheveux, regardons un peu ce qui se passe là dehors.

Et elle rapprocha sa chaise de la fenêtre ouverte, par où Ton voyait la jolie pelouse et l'allée de peupliers qui la bordait.

— Ah ! voici tante Catherine ; mais que fait-elle ? Je crois vraiment qu'elle va pousser cette brouette, il faut avouer que pour une dame, elle a de drôles de goûts. Et voici papa. Est-ce que bébé voit ce monsieur qui s'avance vers tante Catherine ? C'est papa, notre papa.

— Papa ! répéta l'enfant d'une voix si grave et si distincte que nourrice tressaillit.

— Qu'as-tu dit, ma mignonne ? répète encore une fois : papa, oui, c'est papa !

Mais elle eut beau supplier, M ,,ft Alex resta muette, ses yeux profonds fixés sur ceux de la vieille femme, qui continuait à parler sans trop savoir ce qu'elle disait, seulement pour faire redire à l'enfant le nom qu'elle s'obstinait maintenant à taire.

— Oui, ce monsieur qui se promène le long de l'allée, c'est papa ; ces hautes cheminées que bébé voit là-bas, c'est la fonderie où papa a ses bureaux, c'est là qu'il va chaque jour ; mais bientôt papa aimera mieux rester à la maison avec sa petite fille, comme il restait si souvent avec sa jolie maman, cette maman qui était si bonne, si douce et à qui bébé ressemble déjà et ressemblera toujours plus. Oh ! méchant bébé, qu'as-tu fait ?

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