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CHAPITRE XXX

Oui, elle voulait être bonne, juste, vraie, et pour commencer, elle voulait reconnaître qu Irène était meilleure, beaucoup meilleure qu'elle, puisqu'elle savait s'oublier pour les autres et penser à leur bonheur avant de songer au sien... mais... qu'avait-il besoin d'être si content qu'elle lui rendît justice? était-elle déjà si précieuse à ses yeux qu'il fallait que tout le monde fût à ses pieds pour l'adorer? Alors, non, M lle Alex ne saurait pas faire cela ; d'ailleurs Irène n'avait rien fait de si extraordinaire, et rien surtout qui lui valût... l'affection de Théo. Oh ! mon Dieu, mon Dieu, qu'allait-elle devenir, qu'allait-elle faire?

Et tout effrayée de ce qu'elle voyait et sentait au dedans d'elle, la pauvre petite demoiselle Alex joignit ensemble ses deux mains pour demander à Quelqu'un de la rendre meilleure.

Et voilà comment elle en était arrivée à préférer l'enseignement de l'alphabet à tout autre distraction; et maman avait beau lui dire qu'elle ne devait pas toujours rester auprès d'elle, qu'elle devait aussi se joindre à ses amis et prendre part à leur gaieté, elle secouait la tête, et maman convaincue, bien qu'un peu étonnée, était toute fière de l'emporter sur les autres et de garder pour elle seule sa grande fille, qui semblait vraiment n'avoir d'autre désir que de la choyer et de liii épargner toute peine, toute fatigue.

Et comme M 1,e Alex ne faisait rien à demi, elle

ne s'accordait pas une minute de répit, voilà sans doute pourquoi ses joues étaient moins rondes et moins roses qu'à son arrivée; mais elle n'en était que plus ravissante, c'était du moins l'opinion de Théo, que les affaires de la fonderie amenaient souvent aux Peupliers. Et quoique tout à la discussion, il ne pouvait empêcher ses yeux de voir ce qui se passait autour de lui et de remarquer que sa petite amie d'enfance se faisait un peu plus mignonne chaque jour et que sa voix devenait très douce, surtout quand elle l'adressait à maman, cette maman qui maintenant l'absorbait presqu'un peu trop, lui semblait-il. Quelquefois, il la voyait amuser les petits frères et trouver dans ce but toutes sortes d'idées baroques, dont il ne pouvait s'empêcher de sourire, bien qu'il fût tout à la discussion, mais M lle Alex ne s'en apercevait pas, car elle n'avait d'yeux que pour les pierrots.

Parfois ses visites se prolongeaient assez tard, surtout les soirs de clair de lune ; alors il descendait lentement l'allée de peupliers, et puis... il la remontait, une, deux, trois fois, sans doute pour avoir le plaisir de la redescendre et de voir les jolis rayons folâtrer à ses pieds ou jouer à cachecache tout le long de l'avenue, comme il les avait vus, certain soir, jouer sur le front et dans les cheveux dorés de son amie...

Et, tout en marchant, il s'arrêtait pour prêter

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