CHAPITRE XXX
Et en attendant ce qu'il allait ajouter, elle s'était mise à gratter du bout des doigts la jolie mousse attachée au pilier de la grille.
— Non, ce n'est pas extraordinaire, dit-il, mais c'est assez rare de rencontrer quelqu'un de vraiment bon et plus préoccupé du bonheur des autres que du sien, ne trouves-tu pas ?
— Est-ce que tu parles d'Irène ? murmura Alex, tout en continuant à débarrasser la pierre grise de son bel ornement.
Théo la regarda travailler à son œuvre de destruction pendant quelques secondes.
— Oui, dit-il, je parle d'Irène; du reste tu l'as vue à présent et tu lui as déjà rendu justice, j'en suis très content; mais, ajouta-t-il plus bas, j'en étais sûr.
Alex releva la tête et ses yeux rencontrèrent les siens.
— Content, murmura-t-elle, je ne comprends pas ce que cela peut te faire, ni pourquoi tu tiens tellement à ce que je l'admire?
Il sourit, et soudain le petit cœur de M lle Alex, qui, depuis quelques instants dansait dans sa poitrine, s'arrêta de battre ; ses lèvres roses devinrent toutes blanches, ses sourcils se rapprochèrent, un nuage passa devant ses yeux.
Toute sa joie était partie devant... sa joie à lui. . La minute d'après, Théo poursuivait son chemin sans trop comprendre ce qui était arrivé, ni
pourquoi Alex l'avait quitté si brusquement, sans un regard, sans un sourire. Oh î le gentil rayon de lune aurait-il menti, l'aurait-il trompé?
Pendant ce temps. Alex était remontée l'allée de peupliers, d'un pas correct cette fois, puis elle était entrée dans sa jolie chambre et s'était assise toute droite. sur le tabouret de son piano, les bras croisés, le regard vague, la tête penchée en avant, comme quelqu'un qui écoute ou qui voit en dedans.
Et ce qu'elle voyait ou entendait devait être très laid ou très douloureux, car sa figure était toute décomposée.
De temps à autre, un petit tremblement agitait sa lèvre inférieure, comme si elle avait peur de ce qu'elle voyait ou entendait, si peur qu'elle se leva tout à coup, promena autour d'elle un long regard d'effroi et vint se jeter aux pieds de son lit.
« Dis à Quelqu'un de te rendre bonne, mon agneau, et II le fera, Il est puissant, Il peut aussi changer les pensées, » avait dit vieille nourrice .
— Oh! si c'était vrai, s'il pouvait changer les pensées, les méchantes, affreuses pensées qui remplissaient son cœur; s'il pouvait l'aider, l'aider à supporter, l'aider à devenir bonne !...
Et dans son désir passionné d'être exaucée, M lle Alex tendait vers le ciel ses deux mains réunies.