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CHAPITRE XXXI

— Alex, cria-t-ilen se retournant, tu viens nous accompagner, n'est-ce pas?

Mais Alex n'avait pas répondu, elle était déjà dans sa petite chambre, et là, sans prendre le temps de faire de la lumière, dans l'obscurité la plus complète, elle se déshabillait à la hâte, puis, quand sa petite tête fut sur l'oreiller, elle ferma les yeux et joignit les mains pour faire sa prière, mais aucune pensée, aucune parole ne monta de son cœur à ses lèvres; elle était trop, beaucoup trop fatiguée, trop fatiguée même pour dormir. L'été qui venait de prendre fin, cette dernière soirée, les pruniers, les lanternes, les robes blanches, les habits noirs, tout cela, dans un affreux pêle-mêle, passait et repassait devant ses yeux qu'elle avait rouverts sans le savoir; jamais sa petite cervelle n'avait battu pareille campagne. L'été était fini... fini... il ne pourrait plus revenir, et elle en était bien contente, car il n'avait pas été aussi amusant qu'elle l'avait espéré, du moins pas pour elle; quant aux autres, elle était sûre qu'ils étaient parfaitement satisfaits, c'était visible, ce soir encore, lorsqu'elle était revenue de chez nourrice avec Raymond... Mais, pourquoi pas? jamais elle n'avait pensé... quelle bêtise! non, elle était contente, si, si contente de le savoir meilleur que... au-dessus de... Mais alors, pourquoi son petit oreiller venaitril de se changer en éponge ? Oh î mon Dieu si elle allait faire comme Ondine, se fondre et

disparaître dans ses larmes ! non, non, elle ne voulait pas ; quel affreux chagrin pour son père, pour maman, pour les petits frères! Quant à Théo... mais... c'est lui qui la regarde du sommet de cette montagne et... et il lui fait signe de le rejoindre ; certainement elle ira, mais comment grimper jusqu'à lui, il est tellement, tellement audessus d'elle. . .Gest égal, elle ira. Et elle commence à gravir la pente abrupte au sommet de laquelle il se tient. Oh ! quels énormes rochers il lui faut escalader ! A présent, ce sont des arbres gigantesques qui lui barrent le chemin, mais qu'est-ce que cela fait? Rien ne lui coûte, et la voilà qui saute de branche en branche comme un écureuil, le regard toujours fixé sur cette figure grave qui plane au-dessus d'elle; puis, d'un bond aussi aisé que vertigineux, elle arrive au faîte du clocher de l'église. Ah î maintenant, elle peut aussi regarder au-dessous d'elle, elle n'a qu'à se pencher pour voir ce qui se passe là-bas, là-bas, dans le vide. Et M Ue Alex se penche, se penche et aperçoit... oui, c'est ce petit bout d'Irène qui court, court, comme si elle voulait, elle aussi, rejoindre quelqu'un... oui vraiment, elle commence à grimper, oh ! comme elle avance ! elle arrivera la première !

Alors, avec un grand cri, M Ue Alex roule le long de la toiture, où elle essaie en vain de se cramponner aux tuiles, qui cèdent sous ses doigts et

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