‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 128 sur 152 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

litude de sa maisonnette. C'est si douloureux d'avoir toujours une place vide près de soi; mais qu'est-ce qu'une mère ne fait pas pour ajouter au bonheur de ses enfants, et les siens avaient eu l'air si contents !

Après le dîner, les vieux de la société s'étaient réfugiés sur la terrasse pour échapper à l'humidité de la pelouse et jouir en même temps d'un coup d'œil inusité, quand, la nuit venue, les pruniers s'étaient mis à regarder autour d'eux avec leurs yeux de toutes couleurs. Quelle gaieté, quels extases de ravissement, surtout de la part des pierrots et deM Ue Alphonsine qui n'avaient encore jamais rien vu de pareil! Avec quelle tendresse mélangée d'orgueil elle avait suivi des yeux les groupes de promeneurs qui allaient et venaient sans trêve comme sans raison !

De temps à autre, une gentille figure habillée de blanc regardait de son côté et lui envoyait un petit signe d'amitié, ou bien c'était la voix joyeuse de Raymond qui lui criait quelque drôlerie ou le bon sourire de son fils aine.

Et, tout à coup, Rose et Nini s'étaient trouvées près d'elle; le moment de la séparation était si peu éloigné, qu'instinctivement on se rapprochait les uns des autres ; et puis Raymond avait disparu emmenant Alex à sa suite, pour une tournée d'adieu, où rien ne fut oublié, ni l'escarpolette, où il l'obligea à se rasseoir à ses côtés comme une dou-

zaine d'années auparavant, ni nourrice, à qui lion fit une longue visite, qui la laissa toute joyeuse et émue.

Mais quand ils reparurent, une grande demi, heure ^)lus tard, Théo et Irène furent introuvables; longtemps M me Rose les avait suivis des yeux comme ils passaient et repassaient sous les pruniers, au fond de la pelouse, puis elle les avait perdus de vue. Ils étaient sans doute allés s'asseoir dans quelque bosquet et n'avaient quitté leur retraite qu'aux appels réitérés de Raymond, qui avait alors malicieusement proposé à son frère de faire un échange avec lui ; et, sans attendre de réponse, il s'était emparé d'Irène, pendant qu'Alex courait rejoindre Nini sur la terrasse et que Théo reprenait seul sa promenade.

Et la soirée avait pris fin, l'on s'était dit adieu, et madame Rose, en embrassant Alex, lui avait recommandé de venir bientôt la voir puis, Nini et Irène s'étaient approchées pour avoir leur tour.

— A présent, c'est assez, cria Raymond, si vous continuez encore un moment, il ne restera plus rien d'Alex ; mais, où est Théo ? serait-ce lui, par hasard, qui se promène encore là-bas de l'air d'un Orphée cherchant l'Eurydice qu'on lui a volée?

Et le joyeux garçon descendit l'escalier en courant et s'en fut rejoindre la silhouette qu'on apercevait de temps en temps à la lueur des pruniers.

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