CHAPITRE XXXV
— C'est nourrice, s'écria-t-elle, qui va être contente d'échapper à l'Italie, presqu'aussi contente que moi!
— Et ton père ? fit Théo, saisi tout à coup d'une nouvelle angoisse, que dira-t-il?
— Papa, mais il sera le plus content de tous, puisqu'il désire que ses trois fils deviennent des Théo.
— Des Théo ?
— Et moi aussi je voudrais être... non, mais te ressembler, s'écria-t-elle, dans un élan d'enthousiasme si sincère qu'il ne put s'empêcher de sourire, je l'ai demandé à Dieu je ne sais combien de fois, mais jusqu'ici II n'a pas réussi, je pense qu'il y a trop à faire.
Théo ne répondit pas tout de suite, parce qu'il avait à la gorge quelque chose qui le serrait horriblement fort, mais il ne quittait pas du regard cette innocente petite figure qui se levait vers lui, si radieuse, si confiante, que tout à coup, il se baissa, la prit entre ses deux mains et l'embrassa de tout son cœur.
— Chérie, chérie, je ne suis pas meilleur que toi, tout ce que j'ai fait, j'étais obligé de le faire, mais, ensemble, nous tâcherons...
Un pas cria sur le gravier.
— C'est ma mère, murmura Théo, elle va être heureuse.
Alex prêta l'oreille, et, se redressant brusque-
ment, fit quelques pas dans la chambre, puis revint à sa place.
— Tu me promets, Théo, oh ! tu me promets, s'écria-t-elle, très agitée, que tu ne lui diras pas, que tu ne diras à personne que c'est moi... moi qui... qui la première...
— Jamais, fit-il, gravement, je te le promets, ce sera notre secret, notre premier secret, et nous le garderons tout pour nous, murmura-t-ilen l'attirant de nouveau sur son cœur.
La porte venait de s'ouvrir.
Madame Rose poussa un cri de surprise.
— Mère, fit Théo, en lui tendant la main, pendant que sa figure s'illuminait d'un beau sourire, mère, elle ne partira pas, elle est à nous.