CHAPITRE XXXV
toi, la première fois que je l'ai vue, qu'elle était gentille, et beaucoup, beaucoup meilleure que moi ; mais... tu comprends, s'écria-t-elle, désespérée, Nini m'avait dit...
Elle s'arrêta.
— Que... que tu l'aimerais un jour plus que tout au monde, et j'avais peur de le voir, voilà tout.
En achevant ces mots, sa pauvre petite tête touchait presque ses genoux.
— Mais... mais, je comprends de moins en moins, fit Théo d'une voix sourde; pourquoi alors avais-tu l'air si radieux en accourant l'autre jour à ma rencontre ?
— Radieux! Oh ! si tu savais! Mais... est-ce que je pouvais te laisser voir, te montrer?...
Et incapable d'en dire plus, M 1,e Alex se leva pour lui dérober sa confusion.
Pauvre Théo, la surprise, la joie, la crainte, l'espoir, depuis quelques instants, faisaient battre son cœur d'une façon si désordonnée que, saisi tout à coup de défaillance, il se renversa sur son oreiller, si pâle, l'air si fatigué, si malade qu'Alex courut à lui.
— Théo, Théo, je t'en supplie, pardonne-moi, ne meurs pas, oh ! Théo, ne meurs pas !
Et, dans sa détresse, elle s'agenouilla près de son fauteuil et l'entoura de ses bras.
Il ouvrit les bras et essaya de sourire.
— La veux-tu, Théo ? murmura-t-elie, en glissant sa menotte dans la main valide qui reposait sur son genou.
D'un air effaré, comme s'il n'eût pas compris, il regarda pendant quelques secondes cette main mignonne qu'il ne tenait qu'à lui d'emprisonner.
— Jamais, jamais, s'écria-t-il tout à coup, en repoussant cette pauvre petite main qui ne savait où se réfugier; laisse-moi, Alex, tu ne sais pas ce que tu fais ; c'est parce que tu as pitié, parce que tu vois combien je suis faible, misérable, malheureux, parce que tu vois que je t'aime!
Sans rien dire, Alex remit sa main où elle la voulait, dans celle de son ami; et ses doux yeux bleus attachés sur les siens :
— Et si ce n'est pas par pitié, Théo, si c'est... si moi aussi je t'...
Elle n'eut pas besoin d'achever, de son bras valide il l'avait prise et la gardait sur son cœur, sans plus rien dire, parce que, lorsqu'on est parfaitement heureux, l'on n'a plus rien à dire ; seulement, de temps à autre, il se retirait un peu en arrière pour voir si c'était bien la tête mignonne de M ,le Alex qui reposait si tranquillement, si sagement sur sa poitrine.
Et tout à fait rassuré, il se remettait à caresser le joli nuage de ses cheveux blonds.
Mais le silence et l'immobilité ne pouvaient être longtemps du goût de M lle Alex, elle se dégagea.