CHAPITRE VIII
Mais le lendemain, comme la veille, bébé Alex refusa toute nourriture et n'eut de sourire ni pour papa ni pour personne. Pourtant, à part quelques moments d'angoisse qu'on ne pouvait s'expliquer, et pendant lesquels elle toussait et pleurait de cette voix rauque qui glaçait d'effroi le cœur de son pauvre père, elle ne paraissait souffrir que d'un extrême abattement.
Ce jour-là, M. Délie ne quitta pas la maison, et sans faire part de "ses pensées à personne, il garda sa petite fille sur ses genoux, -la promena dans ses moments d'inquiétude, en un mot, la soigna comme s'il n'eût fait autre chose toute sa vie.
Dans le courant de la matinée, le docteur revint, mais sa bonne mine ffaîche et sereine resta impénétrable.
— Gomment la trouves-tu, Alphonse ?
— C'est difficile à dire, il faut attendre encore et continuer les compresses.
— Tu n'es pas inquiet ?
— Non, certainement, cependant il vaut mieux être trop prudent que pas assez ; une seule négligence peut avoir des suites fatales. Je reviendrai cet après-midi ; mais où est Catherine ?
— Je ne sais pas.
— Moi, je sais, fit nourrice, Mademoiselle est allée au bûcher fendre un peu de bois, pour se réchauffer.
fi 4 BÉBÉ ALEX
Un éclair d'enthousiasme brilla dans les yeux du médecin. Il quitta la chambre, mais au lieu de prendre par l'avenue, il se dirigea derrière la maison ; puis, comme quelqu'un qui en connaît tous les mystères, il s'en fut directement au hangar où tante Catherine était en train de se réchauffer et de se servir des muscles que le bon Dieu lui avait donnés.
À la vue du docteur, elle posa sa hachette et lui tendit la main en riant.
— J'étais toute endolorie, fit-elle en manière d'explication.
— Tu as raison, il n'est rien comme l'exercice pour entretenir la souplesse des membres ; si toutes les femmes te ressemblaient, Catherine...
— La petite ne va pas plus mal, n'est-ce pas ? interrompit-elle.
— Je ne sais trop, je suis justement venu pour en parler avec toi ; certains indices prouvent au contraire que le mal a fait des progrès; j'aimerais que tu ne la quittes pas et que tu me fasses chercher à quelle heure que ce soit du jour ou de la nuit, si tu le juges nécessaire. Tu comprends, Edouard n'y entend absolument rien.
La figure joyeuse de tante Catherine n'était plus joyeuse du tout; elle reprit sa hachette et garda le silence ; peut-être se demandait-elle si, après tout, elle n'avait pas eu tort et M lle Uranie raison.