‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 26 sur 152 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

— Nous avons faim, n'est-ce pas mignonne ?

dit nourrice.

Mais on eut beau faire, petite Alex ne voulut ni rire ni manger. Elle laissa retomber sa tête sur la poitrine de papa et resta toute tranquille, blottie sur ses genoux, sans regarder ni voir ce qui se passait autour d'elle. .

Vers le milieu de l'après-midi, tante Catherine entra dans la chambre, suivie d'un monsieur tout petit, tout blond, tout rose et tout rond.

— Ah ! c'est toi, Alphonse, dit M. Délie en lui tendant la main ; merci d'être si vite venu.

— Ça, ce n'est pas de ma faute, répondit le visiteur en souriant, c'est à Catherine que tu le dois; elle ne m'a pas laissé libre de retarder ma visite d'une minute ; du reste, tu la connais et tu sais qu'avec moi elle use et abuse de son pouvoir ; mais, voyons, qu'est-ce qui t'inquiète ? elle me dit que béhé est un peu enrouée.

— Oui, et puis ce n'est pas tout, elle a certainement de la fièvre et n'a rien voulu manger.

— Pourrais-tu glisser ton fauteuil en face de la fenêtre ? Bien, c'est cela.

11 y eut un silence.

— La fièvre est insignifiante. Maintenant, je voudrais regarder sa gorge.

Mais bébé Alex, qui jusque-là n'avait pas dit un mot, se mit à pleurer et à se débattre, en serrant les unes contre les autres ses jolies petites dents.

— C'est inutile, dit papa ; il vaut mieux la laisser, je ne peux pas souffrir qu'on la tourmente.

Alors, comme s'il n'eût pas entendu, le docteur prit tranquillement petite Alex et la mit dans les bras de sa tante.

— Tu la tiendras, Catherine, à nous deux nous réussirons. Tu peux t'en aller, Edouard.

Et papa s'esquiva pour ne plus voir se débattre sa petite fille. Quand il rentra, elle était de nouveau toute paisible, sur les genoux de tante Catherine, et avait fermé ses jolis yeux.

— Eh bien ? fit-il.

Pauvre père, il était si anxieux et il tâchait d'avoir l'air très calme.

Tante Catherine garda le silence et le docteur se mit à tortiller sa petite moustache jaune.

— J'espère, dit-il enfin, que ce ne sera rien, mais il faut surveiller le mal de près. Je reviendrai ce soir ; avec les enfants, les maladies de la gorge peuvent s'aggraver tout d'un coup. D'ici là, il faut lui mettre des compresses chaudes imbibées de vinaigre. Catherine le fera, elle a l'expérience de la chose, la moitié des enfants qui courent la grande route à cette heure, lui doivent leur guérison ; mais je compte que demain nous serons hors d'affaire.

En disant cela, ses honnêtes yeux bleus s'arré- . tèrent sur M lle Catherine, avec la sympathie la plus évidente.

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