CHAPITRE XIV
je m'en souviens bien, mais heureusement ça passe vite.
— Ah ! fit petite Alex, dont la figure radieuse s'assombrit tout à coup, combien de jours est-ce que ça dure, nourrice ?
— Rarement plus d'un jour, ma mie.
La petite figure s'allongea encore un peu plus.
— Mais, continua la vieille femme, quand elle est très forte, il faut bien un jour ou deux pour se remettre tout à fait.
La petite figure s'éclaira de nouveau.
— Eh bien! fit nourrice, puisque tu n'as pas de leçons aujourd'hui, nous pourrons reprendre notre tricotage, je te montrerai une nouvelle maille.
— Oh ! s'écria la fillette d'un air terrifié, et tante Catherine qui est au jardin!
— Je comprends, je comprends, nos pieds n'y tiennent plus ; va, ma mie, et quand ils seront fatigués de courir, tu reviendras vers moi pour occuper tes mains.
Alex ne se le fit pas redire et courut rejoindre tante Catherine qu'elle trouva accroupie devant une plate-bande, dont elle égalisait la bordure de buis.
— Tu pourrais relever ces petits brins, à mesure que je les coupe, dit-elle à l'enfant.
Celle-ci obéit, mais elle en eut bientôt assez de ce travail monotone, elle planta là tante Catherine et sa corbeille et appela Pattaud.
Pauvre vieux Pattaud, il n'était guère d'humeur à goûter les exercices violents, aussi, quand il eut fait deux fois le tour de la pelouse au galop il se coucha haletant, résolu à tout souffrir plutôt que de recommencer.
Alex s'étendit près de lui, tirailla ses tronçons d'oreilles, bâilla et se mit à songer.
Elle ne regrettait pas ses leçons, certes, mais elle avait un besoin inconscient de faire quelque chose d'extraordinaire pour célébrer ce congé inattendu, et elle ne trouvait rien, mais rien du tout; l'escarpolette, le chien, les prunes, tante Catherine, nourrice, tout cela c'était si vieux et si connu, ça ne pouvait absolument pas lui aider àf marquer cette journée.
Enfin, d'une chose à l'autre, la matinée s'écoula, et papa revint pour le dîner ; mais il fallut bientôt se quitter de nouveau et demeurer seule, plus seule encore que le matin, car tante Catherine était attendue au dehors.
Une ou deux fois la pensée lui vint d'aller s'asseoir près de nourrice, qui était descendue au jardin, mais la vue de certain tricotage, qui reposait sur ses genoux, l'arrêtait.
A l'âge d'Alex on ne tricote qu'à la dernière extrémité. Elle se tenait donc prudemment à distance, se demandant si elle essayerait de grimper sur les plus hautes branches du prunier ou si elle irait au poulailler rendre visite au nouveau coq.