CHAPITRE XVII
et qu'elle avait aussi un puissant besoin de repos.
A J'ouïe de cette découverte, M. Deile demeura muet d'étonnement, tante Catherine se sauva dans sa chambre pour donner un libre cours à sa gaîté et M. Alphonse, qui fut appelé de nouveau, déclara que le repos ne pouvait nuire qu'aux personnes trop replètes, et ce n'était pas le cas de M Ue Uranie.
Une semaine plus tard, pour la première fois depuis qu'elle avait labouré de coups de pieds la poitrine de son père, petite Alex se trouva séparée de lui.
D'abord, elle fit comme c'est l'habitude, elle pleura jusqu'à ce que son petit nez et ses yeux fussent complètement rouges et gonflés, puis elle se laissa docilement emmener par tante Catherine au presbytère, où sa figure décomposée par les larmes émut de pitié le cœur deM me Rose, qui l'attira à elle, embrassa ses pauvres yeux, la caressa et ne lui rendit la liberté que lorsqu'elle l'eut entendue rire pour de bon ; alors seulement, Raymond et Nini eurent la permission de l'emmener.
Mais quand le soir vint, quand il fallut dire adieu à ses amis pour rentrer dans cette grande maison qu'avait désertée la chère figure de papa, le cœur de petite Alex fut près de se briser de chagrin, et Madame Vidal, tout en la caressant, échangea avec tante Catherine une pantomime des
plus expressive, dont le résultat fut que cette dernière s'en retourna toute seule chez elle. De ce moment, Alex ne voulut plus entendre parler de quitter le presbytère, et il ne s'en fallut pas de beaucoup qu'elle ne se crût pour de bon de la famille.
Oh ! les belles, les bonnes, les joyeuses semaines ! Jamais elle ne les oublia. C'était si nouveau, si délicieux d'avoir toujours autour de soi une armée de gentils frères et sœurs, avec lesquels on faisait mille choses qu'il est détestable de faire seul, par exemple : égrener des pois ou effiler des haricots pour le dîner, mettre le couvert, faire son lit, essuyer la poussière des meubles, courir k la boutique et en revenir chargée de provisions, autant de choses qu'elle n'avait de sa vie faites et qui la ravissaient à tel point que ses lettres à son père étaient toutes remplies de son bonheur. Pourtant, elle se réjouissait terriblement de le revoir, mais, en attendant, on menait joyeuse vie, et l'on n'avait plus la moindre crainte de M. le pasteur, que l'on venait matin et soir embrasser à la file, tout comme les autres. Et puis, tante Catherine arrivait chaque jour, fidèleau rendez-vous, ettoute la bande la reconduisait, le soir, jusqu'à la grille, et s'en revenait en courant et piaillant comme de joyeux pinsons, pendant que M me Rose et Théo les suivaient gaiement, en se donnant le bras.
Alors, il arrivait quelquefois que petite Alex