‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 67 sur 152 · CHAPITRE XVÏÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVÏÏ

— Que dois-je faire, alors ?

— D'abord, planter là ton bureau ; l'épouseur de M lle Alex pourra se contenter d'un million, c'est inutile de lui en ajouter un second.

— Et après?

— Après, tu partiras pour un voyage, n'importe où, au nord, au midi, pour le pays des beaux-arts et de la fleur d'oranger ou pour la Laponie, comme tu voudras, l'essentiel est de t'èloigner de cette maudite fonderie.

M. Délie sourit.

— Tu lui en veux terriblement.

— Oui, je lui en veux, parce qu'elle est cause de l'état où je te vois ; tu as une mine à faire peur et des symptômes très peu rassurants ; il y a longtemps que tu aurais dû te donner un peu de relâche.

— C'était difficile ; d'abord, j'ai tant travaillé pour essayer de me distraire, ensuite j'ai continué pour assurer l'avenir d'Alex, puisque je n'avais pas de fils pour me succéder.

Le médecin haussa les épaules.

— Tu n'as jamais eu un atome de raison, et maintenant le résultat est beau, une santé détruite et une fille... Dieu me pardonne, je ne voudrais pas être son père en peinture. Mais, si au lieu de te massacrer de la sorte, tu avais fait comme tant d'autres, si tu t'étais bravement remarié, tu aurais eu une marmaille à laquelle tu

aurais dû consacrer une partie du temps que tu as donné aux affaires, et M ,le Alex ne serait pas, à cette heure, la petite sauvage indisciplinée qu'elle est devenue, faute d'une mère pour l'élever et la corriger.

— A t'entendre, on dirait que ma petite fille est la pire des créatures.

— Je n'ai pas dit cela, je crois même qu'elle a plus de bon qu'elle n'en laisse voir ; mais je sais aussi qu'on irait loin avant de trouver sa pareille, et qu'on ne pourrait pas compter sur les doigts toutes les frayeurs qu'elle nous a causées depuis qu'elle est au monde.

— Tu dis donc qu'il faut que je m'en aille.

— Oui, et promptement.

— Il va sans dire que j'emmènerai Alex, sinon je mourrai d'ennui.

— Non, tu ne l'emmèneras pas, car si tu ne meurs pas d'ennui, tu mourras des frayeurs continuelles qu'elle te causera ; d'ailleurs, la vie de voyage et d'hôtel est la pire des choses pour les enfants.

Ce dernier argument acheva de convaincre M. Délie, et son prochain départ fut immédiatement décidé, à la consternation de tante Catherine et au désespoir de sa petite fille.

Quant à M lle Uranie, elle découvrit, deux jours après, qu'elle souffrait depuis assez longtemps do symptômes semblables à ceux de son beau-frère

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